Juin 30

RENCONTRE TRUMP-KIM : LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN « CROIT QU’IL A LA BARAKA » EN MATIÈRE DE POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Donald Trump a rencontré le leader nord-coréen, Kim Jong-un, dimanche 30 juin, dans la zone militarisée entre les deux Corées. Pour le chercheur Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis, le président américain n’a pas de stratégie précise : il croit qu’il « peut faire bouger les choses« .

Cette rencontre historique, à l’initiative du président américain, est une nouvelle preuve qu’il « croit qu’il a la baraka » en matière de politique étrangère, estime Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis, maître de conférences à l’université Paris II. Invité de franceinfo, l’auteur de Et s’il gagnait encore ? décrypte la stratégie de Donald Trump.

Franceinfo : Ces quelques pas en Corée du Nord peuvent-ils aider Donald Trump à gagner en 2020 ?

Jean-Éric Branaa : Je ne pense pas. La politique étrangère a peu d’impact sur les élections américaines. Les électeurs regarderont d’abord leur environnement immédiat au moment du vote. En plus, c’est une société très divisée, et cette polarisation amène les démocrates à ne plus écouter ce qui se passe du côté de Donald Trump, même s’il s’agissait de la paix mondiale, car les Américains sont en paix dans leur propre territoire. La Corée du Nord, c’est bien lointain, et c’est une bien vieille histoire, puisque l’armistice date de 1953. Donc même si c’est un ennemi, identifié comme tel, je ne pense pas que cela fera bouger les élections.

Quelle est la stratégie de Donald Trump en matière de politique étrangère ?

Il n’y en a pas ! Avec ces quelques pas en Corée du Nord, il essaie d’en faire un peu plus que les autres. Il pense qu’il a la baraka, que lui peut faire bouger les choses, qu’il a compris le monde et qu’il est capable de le faire évoluer. Souvenez-vous comment ça s’est passé avec la Corée du Nord. Le 8 mars 2018, il annonce qu’il va rencontrer Kim Jong-un, à la surprise générale, après qu’on l’ait informé que Kim Jong-un aimerait bien le rencontrer, ce qui était le cas depuis bien longtemps. Il dit banco, et ça s’est fait très rapidement. Trois mois après, il y a cette première rencontre qui est une prise de contact. Donc c’est vraiment très récent.

La rencontre d’aujourd’hui aurait été préparée deux jours avant, voire pas préparée du tout. 

L’histoire est belle, ce n’est peut-être pas comme ça que cela s’est passé, mais c’est comme ça que cela s’est vendu. Et il va très loin, puisqu’il est allé personnellement sur place, avec tous les risques que cela comporte pour un président américain. Il peut y avoir une balle perdue, il peut se passer absolument n’importe quoi. Mais Donald Trump pense qu’en faisant des coups, il peut faire avancer les choses. Et c’est vrai qu’en l’espèce, il a relancé le processus, qui était complètement à l’arrêt. Il renverse les codes, et les discussions vont arriver après la rencontre, alors que d’habitude, cela se passe dans l’autre sens. Donc on est obligé de saluer la performance.

Quel est l’intérêt pour les États-Unis ? Donald Trump craint-il réellement la bombe nucléaire ?

Je crois que oui. Sous Barack Obama, il y a eu tous ces essais nucléaires qui se sont succédés. Donald Trump, à son arrivée, a essuyé le sixième essai nucléaire, le 3 septembre 2017. Là, la ligne rouge était largement franchie, puisqu’il était annoncé que les Nord-Coréens étaient en capacité de toucher la Californie, voire Chicago, et pour sûr, l’île de Guam qui dépend des États-Unis. Il fallait donc que le commandant en chef de l’armée américaine, le président Trump, réagisse. C’est ce qu’il avait fait en annonçant le feu et la fureur, et sa capacité de détruire la Corée du Nord si les intérêts américains étaient touchés. C’est ce qu’attendait le peuple américain, parce qu’effectivement ça allait trop loin. Ce que veulent les Américains, c’est que la paix soit ramenée sur cette planète, en particulier pour leur propre sécurité.

Par Franceinfo Radio France, publié le 30/06/2019 à 15h42

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