Juil 11

OPINION : DÉCONSTRUISONS LE MYTHE DU NUCLÉAIRE À BAS COÛT

Notre modèle énergétique est-il à la hauteur des enjeux de la transition écologique ? 

Le nucléaire, une énergie d’avant, mais pas d’avenir...

La hausse des tarifs de l’électricité de 6 % début juin qui sera suivie d’une nouvelle hausse en août bouscule les lignes de l’acceptation économique et sociale des Français. Au-delà des polémiques qui animent le débat public et de la légitimité de cette régulation, ce débat a le mérite de nous mettre face à nos propres contradictions et choix historiques en matière de politique énergétique.

À l’heure des comptes sur la responsabilité des parties prenantes de cette hausse contestée, certaines voix assènent que la hausse des tarifs réglementés serait en partie imputable à l’ouverture du marché de l’électricité aux concurrents d’EDF… sauf que la réalité est toute autre.

Comme dans bien d’autres domaines, le modèle énergétique français est bien singulier et présente trois caractéristiques uniques en leur genre :

1) Une situation de quasi-monopole d’EDF avec plus de 80 % de parts de marché, quand chez tous nos voisins européens le leader électrique n’a que 20 % à 30 % de parts de marché. 

2) Une part du nucléaire dans le mix énergétique qui est de loin la plus élevée au monde.

3) Une déréglementation hybride avec un secteur de l’énergie en théorie dérégulé depuis 2000, mais, en pratique, soumis à des règles du jeu largement contrôlées par les pouvoirs publics.

Jusqu’à récemment, une large frange de l’opinion était convaincue des vertus de ce système reposant sur une énergie nucléaire très largement présentée comme le Saint Graal de compétitivité du système énergétique français expliquant en partie des prix de l’électricité annoncés comme les moins chers d’Europe. Dès lors, pourquoi envisager un mix énergétique plus diversifié et quel intérêt d’introduire de la concurrence dans un système aussi efficace ?

Là où le bât blesse, c’est que ce constat ne correspond plus à une réalité tangible actuelle, mais repose sur trois mythes fondateurs à l’origine de notre méconnaissance du sujet :

La France est l’un des pays où l’électricité est la moins chère d’Europe

Si l’on se penche sur la cartographie d’Eurostats relative aux tarifs de l’électricité en Europe, la France se place à la 14ème position sur 28. Donc plutôt dans le milieu de la classe qu’en première position et la tendance est à la baisse du fait d’un nucléaire de moins en moins compétitif.

Le nucléaire, une énergie bon marché

C’est encore une fois une assertion qui, si elle a pu être véridique par le passé, n’est plus d’actualité : le coût du nucléaire a en effet été multiplié par 6 depuis plus de 60 ans alors que, dans le même temps, celui des énergies renouvelables a été divisé par 10 ! S’ajoutent à cela que notre parc nucléaire vieillissant doit être restauré et devra bénéficier d’investissements conséquents, et que les projets de construction de nouvelles centrales, comme l’EPR de Flamanville, ont engrangé beaucoup de retard, ce qui fera exploser les coûts encore un peu plus. Des facteurs qui tendent à montrer les limites de notre choix souverain pour le nucléaire et la nécessité d’agir pour que la France reste compétitive dans le marché électrique européen.

La libéralisation du marché de l’électricité est défavorable au consommateur

Un coup d’œil du côté du reste de l’Europe vient rapidement nuancer ce constat. Les pays de l’UE qui se sont mis en ordre de marche en ouvrant davantage leur marché aux opérateurs alternatifs ont au contraire contribué à alléger la facture énergétique des ménages. La compétition vient en fait compenser la hausse des TRV en offrant jusqu’à 30 % d’économies possibles en fonction des différentes offres des nouveaux fournisseurs.

Enfin, EDF, champion national et un temps valorisé comme la première entreprise européenne, ne fait désormais plus partie des 40 plus importantes capitalisations françaises. Un autre signe qui prouve qu’il est peut-être temps de faire évoluer le débat, ce qui passe d’abord par la déconstruction de ces 3 mythes et des freins qui le sous-tendent.

Aujourd’hui, nous sommes tributaires de notre exception française reposant sur le « presque » tout nucléaire. Demain, le changement de cap devra impliquer une plus grande compétition qui permettra l’émergence d’une pluralité d’acteurs qui se saisiront de la transition énergétique. L’impulsion des pouvoirs publics sera nécessaire pour permettre ce changement de paradigme. C’est la condition sine qua non de l’émergence d’une véritable diversification du mix énergétique français et d’une électricité à la fois plus écologique et plus économique..

Par François Joubert (directeur général chez Ohm Énergie), publié le 11 juillet à 08h49

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-deconstruisons-le-mythe-du-nucleaire-a-bas-cout-1037231