Juil 11

POINT DE VUE. NUCLÉAIRE : LA SÉCURITÉ DES FRANÇAIS EN DANGER

Le risque de guerre et d’emploi d’arme nucléaire n’a jamais été aussi élevé. Les accords de contrôle des armes nucléaires s’érodent et perdent en crédibilité. Face à cette situation alarmante, la diplomatie française contribue avec les autres puissances nucléaires à déstabiliser la pierre angulaire du régime de non-prolifération nucléaire et, en même temps, les parlementaires sont aux abonnés absents !

Depuis 1945, les relations internationales sont fondées sur l’équilibre de la terreur. Autrement dit, sur le pari qu’aucun État ne va employer en premier l’arme nucléaire. Pendant combien de temps ce pari est-il tenable ?

Cet « ordre » nucléaire est principalement fondé sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui vient de tenir son dernier comité préparatoire (28 avril-10 mai), avant la Conférence d’examen quinquennal de 2020. L’échec de ce comité, à se mettre d’accord sur le futur de ce traité, annonce la perte de crédibilité du régime de non-prolifération et donc d’une plus grande insécurité.

Alors à qui la faute ? Aux 186 États qui n’ont pas la bombe ou aux États qui ont adopté le Traité d’interdiction des armes nucléaires pour renforcer la norme internationale d’interdiction de cette arme de destruction massive ? Ces derniers estimant qu’il est de leur devoir d’agir contre le risque d’une utilisation — accidentelle, volontaire ou malveillante — de l’arme nucléaire aux conséquences catastrophiques pour l’ensemble de l’humanité. Évidemment non !

« Un petit gang »

L’ambassadeur sud-africain — dont l’État a volontairement éliminé son arsenal nucléaire — a apporté la réponse : « Certains États parties ne peuvent pas fonctionner comme un petit gang. » Ce « gang » est composé des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, de la France et de la Chine.

Ces cinq États, aux régimes politiques opposés, sont en effet dans une attitude des plus incohérentes qui risque d’entraîner le TNP vers sa fin. Tous ont refusé, avec des argumentaires communs, les recommandations exprimées par la majorité de ce comité qui constituaient pourtant un bon point de départ pour la conférence de 2020. Pire, ces cinq États renoncent à leurs obligations de désarmement (article 6 du TNP et multiples autres engagements acceptés en 1995, 2000, 2010) en poursuivant la modernisation et le renouvellement de leurs arsenaux nucléaires. La France, par exemple, augmente son budget nucléaire de 60 %, soit 37 milliards d’euros qui seront dépensés entre 2019 et 2025. Comme l’a clamé la ministre des Armées : « Nous affûtons nos armes, toutes nos armes ! »

Une menace constante

L’objectif du TNP est d’amener plus de sécurité. Or, par leur refus de mettre fin à leurs arsenaux nucléaires, ils renforcent l’insécurité mondiale. Le plus incompréhensible est qu’ils se menacent les uns les autres à travers des exercices simulant une frappe nucléaire !

Les parlementaires sont censés contrôler laction du gouvernement (article 24 de la Constitution), mais, dans ce domaine, nous observons tout le contraire. Il est inquiétant de voir que la réflexion engagée l’an dernier, avec la mission des députés Fanget et Lecoq, a disparu. Cela fait en effet près d’une année que nous attendons la création de la « délégation permanente à la dissuasion nucléaire, à la non-prolifération, à la maîtrise de l’armement et au désarmement », adoptée à l’unanimité par la commission des Affaires étrangères. Pourquoi n’est-elle pas encore en place ? Il est largement temps que les parlementaires prennent leur responsabilité.

La France, qui possède le troisième arsenal nucléaire au monde, doit arrêter de fuir ses engagements. Oui, il est possible de la complimenter pour ses efforts passés. Mais ils ne servent à rien, si son discours et ses actions restent figés dans une politique de défense datant du siècle dernier.

Les armes nucléaires représentent un problème de sécurité qui doit trouver une fin définitive autre que celles de la menace constante et du risque de leur utilisation. Croire que nous échapperons éternellement à une détonation nucléaire est une vision stratégique naïve et une erreur politique grossière !

Par Jean-Marie COLLIN, porte-parole de Ican France.

Source : Maville / Ouest France, publié le 11/7/2019 à 6h43

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