Juil 13

SOUS-MARIN NUCLÉAIRE FRANÇAIS : LE MONDE N’EST PAS PRÊT À SE DÉSARMER DE L’ATOME

La dénucléarisation de la planète semble une douce utopie. Les pays dotés de l’atome, même les moins importants, continuent d’investir des milliards dans l’innovation de leurs équipements. La France notamment, qui vient de dévoiler fièrement son nouveau sous-marin.

On dirait un gros suppositoire. Un long tube de 99 mètres de long et de neuf mètres de large, inauguré en grande pompe par le président Emmanuel Macron dans le chantier naval de Cherbourg ce midi. Le Suffren, du nom de l’ancien vice-amiral Pierre André de Suffren, premier outil d’une série de six sous-marins ultra perfectionnés, arrive avec trois ans de retard. Développés au travers du projet Barracuda, un programme de renouvellement de l’équipement nucléaire à neuf milliards d’euros, ces SNA (pour sous-marins nucléaires d’attaque) doivent remettre la France à la pointe de l’armement.

Seul pays européen avec la Grande-Bretagne à être doté de l’arme nucléaire, l’Hexagone n’est pas peu fier de ses nouveaux monstres d’acier discrets comme un banc de crevettes et dépourvus de périscope. Leurs missions : collecter des renseignements, chasser des sous-marins ennemis mais surtout protéger les sous-marins lanceurs d’engins (SNLE). Les SNA ne balancent donc pas de missiles atomiques et n’ont de nucléaire que leur moyen de propulsion. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne tireront pas, puisque, nouveauté pour des SNA, ils pourront balancer simultanément quatre missiles terrestres à une portée de 1.000 km.

Autre fait remarquable, le Suffren sera le premier à offrir une section dédiée à un équipage féminin, toléré depuis 2014 seulement. Bref, le Suffren et les cinq sous-marins qui arrivent sont vraiment supers. Mais les fanfaronnades du président Macron posent question dans un pays qui ne base pas sa défense sur l’atome et décide de consacrer près de dix milliards de son budget à un outil dont le but principal est de protéger son armement nucléaire.

Has-been le nucléaire

Pour les jeunes adultes d’aujourd’hui, nés après la guerre froide, l’investissement dans l’armement atomique parait anachronique et la notion de dissuasion nucléaire reste relativement abstraite. Ils ont grandi dans un monde qui se rêvait ouvertement dénucléarisé. Exprimée par la force nucléaire à l’époque de leurs parents, la puissance souveraine d’une nation semblait aujourd’hui davantage se révéler via le prisme de l’économie et du commerce international. Les positions de l’Amérique de Barack Obama, qui promettait au début de son mandat vouloir à terme délaisser l’arme nucléaire, l’investissement français et sa vision de la dissuasion nucléaire étonne quelque peu.

Comment les nations qui en sont dotées peuvent assurer vouloir lutter contre la prolifération nucléaire et les folies de grandeurs des pays émergents en continuant à favoriser son utilisation ? À l’origine cantonnée au duel américano-soviétique, clair et facilement analysable, elle s’est morcelée en une série de nations ayant mis la main sur l’arme atomique et brouillant totalement cette logique binaire. L’Inde, le Pakistan ou Israël ont multiplié leurs ogives, mais il est difficile de dire ce qu’ils comptent réellement en faire. Alors que l’Iran, dont la force nucléaire a toujours fait flipper la Terre entière, a vu ses ardeurs réchauffées par les provocations de Donald Trump.

Une « garantie de paix » 

La puissance de feu de l’atome fait craindre le pire, qu’elle soit entendue dans le cadre militaire ou énergétique, et tout le monde s’accorde à dire qu’il faudra tôt ou tard en sortir. On rit jaune dès lors devant l’hypocrisie des grandes puissances quand elles s’obstinent à justifier leur force nucléaire par la sacro-sainte dissuasion et promettent qu’elle n’est envisagée que dans le cadre d’une stratégie défensive. Elle l’annonce en plus comme un gage de stabilité, voir une garantie de paix. Selon elles, aucun pays ne prendra le risque d’en faire usage, sachant que le potentiel destructeur du retour de flammes. Plus que n’importe quel armement traditionnel, le nucléaire aurait largement participé à refroidir les derniers conflits mondiaux. Des arguments idéologiques qui rendent un éventuel abandon de l’arsenal atomique totalement illusoire. Pour la paix donc, parait-il.

Par Thomas Depicker, publié le 12/07/2019

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