Juil 13

TRICASTIN : EDF À NOUVEAU SERMONNÉ ET RAPPELÉ À L’ORDRE PAR L’ASN POUR LES DÉFAILLANCES DE LA DIGUE DE PROTECTION DE SA CENTRALE NUCLÉAIRE

Le 27 septembre 2017, l’ASN avait imposé la mise à l’arrêt provisoire des quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin du fait d’un risque de rupture d’une portion de 400 mètres de la digue du canal de Donzère-Mondragon en cas de séisme. Le canal mesure  24 km. L’inondation résultant de la rupture de la digue pouvait conduire à un accident de fusion du « combustible » nucléaire des quatre réacteurs tout en rendant particulièrement difficile la mise en œuvre des moyens de gestion d’urgence internes et externes. Deux ans plus tard, ce 10 juillet 2019, l’ASN tape à nouveau du point sur la table. Mais mezza voce. Que la digue soit réparée pour … 2020 voire 2022. Et les réacteurs atomiques peuvent continuer à fonctionner. Ils se foutent de vous…

Par décision du 25 juin 2019 (1), l’ASN a prescrit à EDF le renforcement complémentaire d’une portion de la digue du canal de Donzère-Mondragon protégeant la centrale nucléaire du Tricastin (INB 87 et 88) et la surveillance de cette portion de digue. Cette décision avait fait l’objet d’une consultation du public, uniquement par voie électronique, du 4 au 18 avril 2018 sur le site Internet de l’ASN. Résultat : deux commentaires seulement ! Le 06/04/2018 par un citoyen et le 09/04/2018 par une association (Frapna Drôme Nature Environnement). On a connu mieux comme consultation publique.

De nouveaux travaux exigés

Alors ce mercredi 10 juillet, dans le cadre des normes post-Fukushima, l’ASN demande, une nouvelle fois, à EDF de respecter ses engagements et d’entreprendre de nouveaux travaux de renforcement sur la rive droite de la digue du canal de dérivation du Rhône (2). En effet, cette digue est censée protéger les installations atomiques des inondations, notamment en cas de séisme dit « majoré« . C’est que les sachants-savants ont implanté leur joujou de mort sur une zone sismique et en contre-bas d’un canal important charriant des millions de mètres-cube d’eau (1 970 m3/s à hauteur du barrage de Bollène). Comme souvent, les ingénieurs technophiles d’EDF ont une conception très particulière du risque. Surtout s’il est imposé aux autres. Un classique de la techno-structure sûre de son savoir et de ses choix.

EDF sait pourtant depuis de nombreuses années, et même depuis sa construction après-guerre et le choix d’implanter du nucléaire dans cette zone en 1970, que la digue est perméable et peu résistante. Tout comme que les réacteurs reposeront sur des marnes instables qui obligeront à pomper en permanence dans les soubassements (espace géo-technique) l’eau d’infiltration. Depuis belle lurette l’ASN demande le renforcement de la digue. L’électricien atomique répond systématiquement qu’il va procéder aux travaux puis fait durer les délais sans jamais rien entreprendre ou si peu. Et l’Autorité de Sûreté Nucléaire accompagne gentiment ce petit manège sordide jouant avec la vie de millions d’habitants et de la Provence.

Déjà il y a deux ans

Il a fallu attendre le 27 septembre 2017, six ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, pour que l’Autorité de Sûreté Nucléaire en ait assez de se faire balader par le nucléariste et lui adresse une mise en demeure sévère avec l’obligation de mettre immédiatement à l’arrêt ses 4 vieux réacteurs en pleine période hivernale. EDF, enfin, s’exécute. Mais à minima. Mais qu’à cela ne tienne, l’ASN donne son feu vert au redémarrage de la centrale atomique le 5 décembre 2017. Le parapluie a été ouvert c’est suffisant, chacun pourra dire qu’il a fait ce qu’il pouvait. Pourtant à l’époque la pseudo-autorité écrivait noir sur blanc que demeurait  « un risque de rupture d’une portion de 400 mètres« . Car les travaux entrepris par EDF et ses amis de Vinci-Construction n’écartent toutefois pas « le risque de brèche de la digue en rive droite« . Pas moins.

À présent, deux ans plus tard, EDF devra justifier que les travaux complémentaires à réaliser le seront avant le… 31 décembre 2019. Encore six mois de gagnés pour le nucléariste et six mois de menaces supplémentaires pour la population. Mais tout est apparence car ces travaux ne seront réalisés que sur la partie situés entre les points kilométriques 183,80 et 183,90, la portion de 100 mètres qui est la plus proche de la centrale. C’est peu. Vraiment peu. Et l’ASN, magnanime, encore et toujours, n’impose pas l’arrêt immédiat des réacteurs mortifères. Elle fait plus fort encore et accorde un délai d’un an supplémentaire pour que l’ensemble des travaux permettent d’écarter le risque de brèche sur la rive droite avant le… 31 décembre 2020. Voir même, pourquoi se gêner, au plus tard fin 2022.

Mais, comble de la duplicité ou de l’incompétence, une autre partie de la digue n’est pas intégrée dans la restauration demandée, celle des points kilométrique 183.35 à 183.80. D’ici là, si ça casse,… le soi-disant « gendarme du nucléaire » veille : si un séisme survient il faut qu’EDF ai sur place le matériel (remblais, engins de chantier…) et les moyens humains permettant de réaliser les travaux nécessaires au traitement des dégradations. Non vous ne rêvez pas. Tout sera sans dessus-dessous, détruit, inatteignable, mais le matos détruit sera sur place. Du grand art technocratique et énarchique.

On ne va pas se fâcher entre gens de bonne compagnie

Alors l’ASN veut qu’EDF mette en place une surveillance « précise » des portions de digue par une inspection visuelle et de la piézométrie dans la digue. Mais tranquilou quand même : à raison d’un coup d’œil 2 fois par mois et d’un relevé de hauteur d’eau de la nappe phréatique à l’intérieur du corps de la digue 1 fois par mois. On a connu plus sérieux, plus sévère et plus rationnel comme mesure. Mais dans la nucléocratie on travaille en confiance et on ne va pas scier la branche sur laquelle on est assis et rejeter la gamelle qui nous nourrit. Un petit « rapport de surveillance annuel » reprendra les éléments précédents et c’est dans la poche. Ici l’expérience ne sert pas, les tendances lourdes d’EDF à reporter les échéances et à gagner du temps ne font ni chaud ni froid. Il est vrai que depuis 60 ans les pouvoirs successifs assurent que le nucléaire français c’est du sérieux et de la haute technologie.

Le bon sens voudrait, notamment au vu de l’importance des enjeux et de la mauvaise volonté récurrente d’EDF, que ces travaux soient réalisés en priorité absolue et qu’un organisme extérieur et indépendant effectue les contrôles. Le danger existant toujours et sans savoir si les digues résisteront tant que les calculs ne seront pas faits, il est impératif que les 4 réacteurs soient mis à l’arrêt.

Mais EDF ne veux rien savoir : Tricastin est actuellement en chantier pour une durée de six mois afin de tenter prolonger la durée de vie des vieilles casseroles, pour dix ans de plus, au-delà des 30 ans initialement prévus. EDF y investit des millions d’euros qu’elle ne possède pas forcément, plombée par ses 30 Milliards d’€ de dettes et sa valorisation en chute libre de 40 milliards d’euros aujourd’hui contre155 milliards en 2007 (3). Les trois autres réacteurs du Tricastin doivent ensuite tenter de passer, à leur tour, la visite de contrôle de prolongation à 50 ans  (visites décennales) en 2021, 2022 et 2024. Encore de l’argent venu du ciel. Ou plutôt de l’État (donc de la poche des contribuables), qui a alloué, voici peu, 2 milliards € à l’atomiste. Mais les cuves des réacteurs nucléaires qui sont bombardées par les réactions atomiques et se trouvent au bout du rouleau ne seront pas changées. Et pour cause : ce n’est pas possible techniquement où alors il faudrait détruire toute l’enceinte de béton et tous les autres systèmes. Autrement dit démanteler en plein tumulte radioactif. Suicidaire. Et pas du tout prévu lors de la conception. Voir même inenvisageable selon les règles des promoteurs du nucléaire.

Lorsque l’on sait que la destruction atomique  (si dangereuse et mortelle pour des dizaines de milliers d’années) à l’œuvre dans le cœur des réacteurs ne produit pas d’électricité mais génère une forte chaleur visant à chauffer de l’eau et à générer de la vapeur pour faire tourner une turbine : on baigne en plein délire techno-scientiste.

Il n’y a donc pas d’issue autre que l’arrêt immédiat, inconditionnel et définitif du nucléaire.

Par Rédaction (Jean Revest), publié le samedi 13 juillet 2019 à 11h10

PS : le site internet de BFMTV qu’on ne peut soupçonner d’être antinucléaire a titré dernièrement  « La sûreté des centrales nucléaires françaises à la traîne. Toutes les mesures décidées après l’accident de Fukushima, en 2011, ne sont pas encore mises en œuvre. Huit ans après Fukushima, EDF n’a toujours pas installé les diesels d’ultime secours. Ce dispositif vise à garantir une alimentation en eau et en électricité en cas de catastrophe. Sur les 58 réacteurs du parc nucléaire français, seuls deux sont équipés. Il reste moins d’un an et demi à EDF pour mettre toutes les centrales nucléaires aux normes post-Fukushima.

(1) https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Tricastin-renforcement-de-la-digue-protegeant-la-centrale-nucleaire (Date de la dernière mise à jour : 10/07/2019). Décision n°2019-DC-0674 de l’Autorité de sûreté nucléaire du 25 juin 2019 fixant à Électricité de France (EDF) des prescriptions complémentaires applicables à la centrale nucléaire du Tricastin (INB 87 et 88) compte tenu des risques d’inondation externe à la suite d’un séisme.

(2) Le canal de Donzère-Mondragon a été construit dans le cadre du plan états-unien d’après-guerre, dit Plan Marshall, visant à assurer aux sociétés américaines du nord les marchés européens de reconstruction. Les réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin (comme de l’ensemble des réacteurs de 900MW) sont construit sous licence états-unienne Westinghouse. La centrale nucléaire de Tricastin, est l’une d’une plus ancienne de France mise en service en 1980 avec ses quatre réacteurs de 900 MW, installée sur les bords du Rhône, à cheval entre les départements du Rhône et du Vaucluse.

(3) Pour le magazine « Capital » : EDF – Les points à surveiller : Faible visibilité en raison de la dimension « politique » de la valeur : intervention de l’État, notamment sur la hausse des tarifs de l’électricité, débat sur la sûreté nucléaire, interrogations sur les impacts sur la rentabilité de l’ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) et impact incertain du plan de transition énergétique ; critiques sur les compteurs Linky – 4,5 Mds€ d’investissements sur la période de déploiement 2014-2021 ; bilan alourdi par les provisions pour l’aval du cycle nucléaire et pour la déconstruction nucléaire, d’où 30 Mds € de dettes ; recul de la production nucléaire au Royaume-Uni, recul des marges des activités italiennes et belges et pertes de production au Brésil ; nouveau report du démarrage de l’EPR de Flamanville, précédemment prévu pour 2018 ; forte disparité de marge entre les divisions, la France et les énergies nouvelles étant les plus rentables; Secteur des « utilities » (producteurs d’eau, de gaz et d’électricité), traditionnellement considéré comme défensif mais actuellement considéré à risque dans un environnement de pression fiscale accrue ; activité encadrée par la loi NOME (libre concurrence entre tous les acteurs du marché et revente du quart de la production d’électricité nucléaire d’EDF à ses concurrents) avec des prix de l’électricité administrés en France d’où des difficultés à faire passer le coût de maintien du réseau dans les tarifs ; spéculations sur une scission d’EDF, imposée par le gouvernement, en deux sociétés, l’une dédiée au nucléaire l’autre aux renouvelables ;  avancées de la centrale de Flamanville 3 et respect du coût de la construction, fixé à 10,5 Mds€, et de celle de Heckley Point, ainsi que le démarrage du chantier chinois Taishan 1 et 2 ; société détenue par l’État à 84,3 %, dont 13,3 % ont été transposés à la BPI comme garantie pour son fonds d’innovation; chiffre d’affaire de 69 Mds€ et capacité de production de l’ordre de 140 GW, à plus de 50 % dans le nucléaire, devant l’hydraulique, le gaz et les énergies nouvelles, le charbon et le fioul devant sortir du portefeuille d’activités ; groupe intégré depuis des actifs d’Areva (conception et fabrication de réacteurs nucléaires) par le biais d’une société, Framatome, détenue à 75 %, aux côtés de Mitsubishi (19,5 %) et réalisant 3,3 Mds E de chiffre d’affaires avec 3 Mds€ de prises de commandes ;  du fait de la présence de l’État dans le capital, endettement noté A et taux de distribution élevé autour de 50 %, soit 0,31€ au titre de 2018. La valeur boursière des grands utilities européens a fondu sur les dix dernières années. La capitalisation d’Engie (ex-GDF Suez) est tombée autour de 34 milliards après un plus haut de 98 milliards en 2008. Quant à EDF, sa valorisation avoisine les 40 milliards d’euros, contre un point haut à 155 milliards en 2007.

Par Rédaction le samedi 13 juillet 2019 à 11h10 – Tricastin

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2019/07/13/Tricastin-%3A-EDF-%C3%A0-nouveau-sermonn%C3%A9-par-l-ASN-pour-les-d%C3%A9faillances-de-sa-digue-de-protection-de-sa-centrale-nuc%C3%A9laire