Juil 14

POUR L’EX-AMBASSADEUR KIM DARROCH, TRUMP EST SORTI DE L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN POUR CONTRARIER OBAMA

Analyse : L’hebdomadaire conservateur Mail on Sunday a divulgué, dimanche 14 juillet, une deuxième série de rapports émis fin mai par l’ancien diplomate britannique aux États-Unis. Ce dernier reprochait alors à Donald Trump d’être sorti de l’accord sur le nucléaire iranien pour écorner le bilan politique de son prédécesseur.

Un « acte de vandalisme diplomatique », apparemment pour des « raisons idéologiques et de personnalité ». Dans un câble diplomatique envoyé en mai 2018 et divulgué dimanche 14 juillet par le tabloïd anglais Mail on Sunday, l’ancien ambassadeur britannique Kim Darroch – en poste à Washington de janvier 2016 jusqu’à sa démission contrainte, mercredi 10 juillet, dans le sillage d’une première vague de fuites dans la presse – épingle très violemment la stratégie du président américain Donald Trump sur le dossier iranien.

Boris Johnson a tenté de convaincre Trump

Retour sur la genèse de cette tempête qui ne cesse de troubler les relations bilatérales entre le Royaume-Uni et son plus proche allié. En mai 2018, Boris Johnson, à l’époque ministre britannique des affaires étrangères, s’était rendu à Washington pour convaincre le président républicain de ne pas sortir son pays de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, entérinant à l’époque la levée d’une partie des sanctions internationales contre Téhéran en échange de son engagement à renoncer à l’arme nucléaire. Une vaine tentative de médiation de Londres.

Dans une note confidentielle envoyée par la suite à Downing Street, Kim Darroch pointait des divisions dans l’équipe de Donald Trump sur la décision – le 8 mai 2018 – du retrait unilatéral américain du pacte et critiquait l’absence de stratégie, à long terme, de la Maison-Blanche. « Ils ne peuvent formuler aucune stratégie pour le “jour d’après” ; et des contacts avec le Département d’État ce matin ne suggèrent aucune sorte de plan pour tendre la main aux partenaires et aux alliés, que ce soit en Europe ou dans la région », écrivait l’ambassadeur.

À lire aussi : En termes diplomatiques

« Ambassadeur loufoque »

Il rapportait également que le secrétaire d’État Mike Pompeo « s’était subtilement distancié en parlant de “la décision du président” », lors de ses discussions avec Boris Johnson. Toujours selon lui, Mike Pompeo aurait laissé entendre qu’il avait essayé, sans succès, de « vendre » un texte révisé à Donald Trump, révèle encore le Mail on Sunday. Une semaine plus tôt, une première salve de fuites de ses communications diplomatiques secrètes avait déjà embrasé les sphères médiatiques des deux côtés de l’Atlantique.

L’ambassadeur britannique y décrivait déjà notamment la Maison-Blanche comme un « environnement exceptionnellement dysfonctionnel » et « maladroit et inepte sur le plan diplomatique », provoquant aussitôt la fureur de Donald Trump. La riposte du sulfureux milliardaire n’avait pas tardé à tomber, taxant Kim Darroch d’« imbécile prétentieux » avec lequel il n’aurait « plus de contact ».

« L’ambassadeur loufoque que le Royaume-Uni a envoyé aux États-Unis n’est pas une personne qui nous ravit, c’est quelqu’un de très stupide », enfonçait-il encore sur le réseau social Twitter, avant de stigmatiser la « pagaille » dont, à ses yeux, la première ministre britannique Theresa May serait responsable. L’escalade verbale entre les deux hommes a contraint Kim Darroch à présenter, mercredi 10 juillet, sa démission, en estimant qu’il lui était désormais « impossible » de faire son travail.

« Secret officiel »

Le gouvernement britannique a ordonné des investigations sur l’origine de ces révélations, et la police a ouvert une enquête sur une éventuelle violation de la loi sur les secrets officiels. Des procédures qui auraient d’ores et déjà permis d’identifier la source de la fuite, d’après une information divulguée dimanche 14 juillet par le Sunday Times : elle émanerait d’un fonctionnaire britannique ayant eu accès aux archives du Foreign Office.

Plus tôt dans la semaine, le secrétaire d’État britannique aux affaires étrangères, Alan Duncan, avait martelé qu’« une fuite à l’intérieur [de l’administration] » était « la première hypothèse ». Ouvrant outre-Manche un nouveau front de polémique samedi 13 juillet sur la liberté de la presse, la police britannique a lancé un avertissement contre les médias qui publieraient « des documents confidentiels ».

Par Malo Tresca, publié le 14/07/2019 à 13h35

Photo : Boris Johnson (G) et Kim Darroch, le 8 November 2017. MICHAEL REYNOLDS/EPA/MAXPPP

https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/lex-ambassadeur-Kim-Darroch-Trump-sorti-laccord-nucleaire-iranien-contrarier-Obama-2019-07-14-1201035306