Juil 29

31 JUILLET 2031: LE CŒUR DU RÉACTEUR NUCLÉAIRE N°5 DE GRAVELINES RENTRE EN FUSION ! FICTION OU RÉALITÉ VIRTUELLE ?

47°C le jour, 35°C la nuit … depuis 10 jours, la région des Hauts de France est en vigilance noire. Les prévisions du GIEC sont pulvérisées avec vingt ans d’avance sur le modèle des experts. Nous sommes rentrés dans un enfer anthropique. Le réacteur n°5 de la centrale nucléaire de Gravelines vient de perdre ses circuits de refroidissement. Fiction ou réalité virtuelle ?

Une production d’électricité qui tient à un fil

En 2021, l’État a vendu EDF avec une annulation de sa dette (plusieurs dizaines de milliards) pour 1 euro symbolique. Les candidats se bousculèrent pour reprendre ce vieux bastringue, d’autant plus que le tarif de l’électricité avait doublé en dix ans. L’EPR de Flamanville a démarré le 1er avril 2024 et a dû s’arrêter cinq plus tard en raison d’un vieillissement prématuré du fond et du couvercle, forgés au Creusot, du « made in France ». Malgré les non-conformités critiques au moment de leur montage, on a fermé les yeux et on s’est reposé sur les notes de calculs, et leurs coefficients de sécurité qui défiaient l’impossible. Leur remplacement était trop onéreux et la décision de condamner le site n’a pas tardé. Marche arrière toute … les pouvoirs publics ont autorisé la remise en exploitation des mines de charbon et construit des myriades de centrales thermiques conventionnelles au plus près des puits d’extraction. La science permettait de réinjecter facilement le CO2 en sous-sol afin de minimiser l’empreinte carbone. En 2030, en raison du prolongement inéluctable de la durée de vie des réacteurs à 70 ans et des accidents qui se sont accumulés, l’État a renationalisé la production, mais il était déjà trop tard …

La transition écologique n’a pas eu lieu

La société a subi un manque d’anticipation, amplifié par le déni et les incompétences de la toute puissance publique. Il fallait sacrifier l’intérêt général au profit des intérêts particuliers de quelques oligarques opportunistes. Avec l’avènement du tout numérique, la prépondérance des voitures électriques et l’obligation sanitaire de se refroidir un peu en période estivale (comme le besoin de chauffage en période froide), la consommation d’électricité a désormais son pic en plein été, d’autant plus que les hivers sont devenus tempérés. Les énergies alternatives ne suffisent pas et sont demeurées à un niveau marginal en raison d’un harcèlement réglementaire, échafaudé par des lobbys omniprésents. Après le rationnement de l’eau, nous sommes rentrés dans une culture de consommation raisonnée par la force des choses. Nous la subissons par défaut de l’avoir voulue et la prometteuse Intelligence Artificielle a échoué à nous sortir de ce pétrin à l’échelle planétaire.

20 ans après Fukushima

La catastrophe de Fukushima n’a pas servi d’exemple à nos responsables de la sûreté nucléaire. Non seulement, il aurait fallu en tirer expérience pour améliorer les installations existantes, mais également tenir compte des nouveaux dangers induits par le dérèglement climatique. Notre procrastination bien française nous plonge dans le chaos, nous condamnant à une décroissance douloureuse. Pire encore, concernant le stockage définitif des déchets nucléaires. En raison du coût élevé et de la fronde citoyenne sur le projet du site d’enfouissement de Bure, l’État a pris une décision radicale en 2023. Ces déchets seront reconditionnés et transportés jusqu’aux atolls de Mururoa et de Fangataufa. Ainsi, les lagons feront office de piscines naturelles pour les mettre en sécurité et ce sera epsilon comparé aux impacts générés par les essais nucléaires, aériens et souterrains, entre 1966 et 1996. Tant pis pour nos voisins d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

31 juillet 2031 – 13h31, perte de contrôle du réacteur n°5

Les installations de climatisation des salles électriques, alimentant et pilotant les process de refroidissement du réacteur n°5, sont sous-dimensionnées par rapport aux charges thermiques extrêmes, générées par la canicule. Les armoires sont en surchauffe et déclenchent un incendie qui se propage aux locaux mitoyens. Perte du circuit de refroidissement principal et du circuit de refroidissement de secours. Perte des automates de supervision, et obligation de repasser en mode de pilotage manuel. Après une explosion de vapeur dans la cuve, la réaction s’emballe et devient hors de contrôle. Désormais, la sécurité repose uniquement sur la résistance mécanique de la double enceinte. Mais le béton, coulé à la fin des années soixante-dix, a sa structure qui s’est dégradée par un rayonnement solaire agressif et subit une corrosion accélérée par une humidité saline non prise en compte dans le design de base. Les capteurs de radioactivité maillant le site s’envolent et ont déjà dépassé les seuils réglementaires.

L’état de guerre est déclaré

Nous sommes loin de l’état de guerre, clamé par Nicolas Hulot en 2019, contre le climat. C’est l’inverse, le climat nous plonge dans une situation de guerre. Le soleil et sa fusion thermonucléaire ont eu raison de l’atome que l’Homme pensait maîtriser par la simple fission. Dame Nature est la plus forte. En fin d’après-midi, l’Armée a mis à disposition son escadrille de drones pour survoler le site et apporter le meilleur renseignement à la cellule de crise. Deux sous-marins SNA patrouillent dans le détroit du Pas-de-Calais incognito. La circulation maritime y est interdite. Privés de cette voie la plus fréquentée de la planète, il faudra détourner un quart du trafic mondial. Les villes de Douvres en Angleterre et d’Ostende en Belgique sont passées en mode alerte vu leur proximité directe avec le site industriel. Des convois militaires convergent vers les grandes villes de la région où la circulation routière a été interdite. Les réseaux téléphoniques sont neutralisés, seule une radio publique égrène une information dictée par le pouvoir et des consignes de sécurité pour la protection de la population. Il faut s’attendre au pire.

Le 1er août, nous recevons l’ordre d’évacuer, comme nos grands-parents en 1914 lors de l’invasion allemande. L’histoire se répète. Eux, ils ont pu revenir sur leurs terres pour y reconstruire leur vie …

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Par LEVI’S, publié le 28 juillet 2019, Blog : Le blog de LEVI’S

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