Août 01

DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE: POUR MOSCOU, LA FIN DU TRAITÉ INF ÉTAIT ATTENDUE DEPUIS DES ANNÉES

La fin du traité de désarmement nucléaire INF entre la Russie et les États-Unis, effective vendredi, ne prend pas Moscou par surprise: les dirigeants russes n’attendaient qu’un geste de Washington pour l’abandonner et de nouvelles armes sont déjà prêtes à être déployées.

Annoncé en février par le président américain Donald Trump, le processus de retrait de cet accord sur les missiles à capacité nucléaire de portée intermédiaire (500 à 5.500 kilomètres) arrive à son terme sans que la Russie n’ait, comme l’exigeait Washington, détruit les armes accusées de violer le texte.

Au contraire, Vladimir Poutine a ratifié, début juillet, la suspension par la Russie de sa participation au traité. Cette décision avait été annoncée sitôt celle de Donald Trump connue, puis approuvée en juin par le Parlement russe.

Washington dénonce depuis 2014 le développement par Moscou de systèmes violant le traité INF. Le missile en question, le 9M729, a une portée d’environ 1.500 km selon l’Otan alors que Moscou assure qu’il ne peut voler que 480 km.

« La Russie a longtemps joué aux imbéciles, d’abord en niant que ce missile existe, puis en reconnaissant son existence mais en disant qu’il respectait l’accord« , assure à l’AFP l’analyste militaire Alexandre Golts.

Quand les États-Unis ont fini par mettre leurs menaces à exécution et que Donald Trump a affirmé son intention d’abandonner le traité, en octobre 2018, la Russie n’a à nouveau rien fait pour les retenir.

De fait, les hauts responsables russes critiquaient depuis des années le traité INF, qu’ils jugeaient à l’avantage de Washington, et l’idée que la Russie n’en avait pas besoin s’était imposée au Kremlin.

« Dès 2007, quand la Russie s’est retirée du traité FCE (sur les armes conventionnelles en Europe), l’armée russe et le Kremlin disaient que le traité INF n’était pas un bon accord, qu’il n’était pas juste« , rappelle pour l’AFP l’expert indépendant Pavel Felgenhauer.

À Moscou, le sujet revenait sur la table à chaque nouvelle annonce de déploiement d’un système de défense antimissile américain chez des alliés de Washington, en Europe ou en Asie. Pour les États-Unis, ces systèmes sont uniquement défensifs, mais la Russie les considère comme une menace à ses portes contre ses installations nucléaires.

Nouvelles armes sans nouveaux coûts

Il n’est donc pas étonnant que le Kremlin ait été si prompt à annoncer de nouveaux missiles, dès l’officialisation de la volonté américaine de quitter le traité INF.

« Maintenant que le traité est fini, nous allons voir le développement et le déploiement de nouvelles armes« , assure Pavel Felgenhauer, selon qui « la Russie est déjà prête« .

Évoquées une première fois par Vladimir Poutine en décembre 2018 devant les haut-gradés de l’armée, ces nouvelles armes ont été détaillées en février au cours d’une réunion entre le président russe, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov et le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

Outre la création d’un missile terrestre de moyenne portée, Moscou a surtout l’intention de développer une version terrestre des missiles Kalibr, jusqu’alors utilisés par la marine et testés avec succès en Syrie, où l’armée russe intervient depuis 2015 aux côtés du régime de Bachar al-Assad.

Mais la Russie a des contraintes: elle peine à sortir de la crise économique dans laquelle elle est plongée depuis 2014 et son budget militaire est 10 fois inférieur à celui de l’armée américaine.

Le développement de nouveaux missiles doit d’ailleurs se faire « sans augmentation du budget de la Défense« , a précisé à son ministre de la Défense Vladimir Poutine, qui s’est plusieurs fois exprimé contre une course « frénétique » aux armements. Un mauvais souvenir, peut-être, de la hausse des dépenses militaires ayant, selon certains, précipité la chute de l’URSS.

Reste qu’après la fin du traité INF, il ne restera en vigueur qu’un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington: le traité START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà du niveau de la Guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021.

« Les chances qu’il soit prolongé sont faibles. Dans ces conditions, plus rien ne limitera la nouvelle courses aux armements nucléaires entre les États-Unis et la Russie« , pronostique le chercheur Alexandre Saveliev dans une tribune pour le « Conseil russe des affaires étrangères« , un think-thank public russe.

AFP, publié le jeudi 01 août 2019 à 07h15, mis à jour le jeudi 01 août 2019 à 08h03

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