Août 06

MALGRÉ HIROSHIMA, LE MONDE À L’HEURE ATOMIQUE

Il y a soixante-quatorze ans, la première bombe A était lâchée sur le Japon. En dépit de ce drame, les États-Unis et la Russie viennent de déchirer le traité sur les forces nucléaires intermédiaires.

Washington avait suspendu, début février, sa participation au FNI en accusant Moscou de fabriquer des missiles non conformes au traité. Cette suspension avait ouvert une période de transition de six mois qui se terminait le 2 août. En cause, les missiles russes 9M729. Pour le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo (qui se targue par ailleurs du « plein soutien » des pays membres de l’Otan), ceux-ci représenteraient une « menace directe » pour les États-Unis et leurs alliés, bien que la Russie assure qu’ils ont une portée maximale de 480 km. Il est vrai que, depuis 1987, bien des choses ont changé.

La surenchère a repris depuis des années. Vladimir Poutine a effectivement promis de développer de nouveaux missiles balistiques de portée intermédiaire en cas de retrait américain. Mais les Russes font également remarquer que les drones armés développés par les États-Unis sont similaires à des missiles de moyenne portée sans violer le traité, puisqu’ils n’existaient pas au moment de la signature ! Depuis six mois, c’est un dialogue de sourds et d’accusations réciproques de violation. Les deux puissances ont laissé expirer l’ultimatum lancé par l’administration de Donald Trump en février, sans bouger de leurs positions.

La France « colle » à la politique guerrière américaine

La Maison-Blanche cherche en réalité une renégociation du traité qui, cette fois, impliquerait la Chine (en 1987, celle-ci ne pesait pas le même poids militaire) afin de déployer de nouvelles armes et empêcher Pékin de renforcer sa position déjà dominante dans le Pacifique Ouest. Washington veut, in fine, endiguer les prétentions chinoises. Il ne reste désormais en vigueur qu’un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington (dont l’arsenal représente 92 % du stock mondial) : le traité Start, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà du niveau de la guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021. Mais les chances qu’il soit prolongé sont faibles, relançant ainsi une course illimitée à tous les types d’armements, y compris nucléaires, partout et jusque dans l’espace, avec une force armée désirée par Donald Trump et un commandement militaire rêvé par Emmanuel Macron. Face à ce danger, il conviendrait que la France, au lieu de « coller » à la politique guerrière américaine, signe enfin le traité d’interdiction des armes nucléaires (Tian) adopté à l’ONU le 7 juillet 2017, seul véritable garant contre les risques de guerre nucléaire, comme l’ont déjà fait 71 États de par le monde. P. B.

Le 6 août 1945, la ville japonaise d’Hiroshima, 350 000 habitants, est anéantie par la première bombe atomique larguée par les États-Unis. Le 9 du même mois, Nagasaki est également en grande partie rayée de la carte. Soixante-quatorze ans plus tard, les plaies ne sont toujours pas refermées. Les survivants – les hibakushas – et leurs familles souffrent encore. Triste anniversaire d’un drame qui a marqué l’ouverture de l’ère atomique. Une ère qui non seulement ne s’est pas achevée mais, au contraire, est en pleine expansion. Pis, le traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), signé en 1987 entre l’URSS et les États-Unis, n’existe plus depuis le 2 août. Ce traité, en abolissant l’usage de toute une série de missiles à capacité nucléaire de portée intermédiaire (de 500 à 5 500 km), avait permis l’élimination des SS20 russes et Pershing américains déployés en Europe.

Par Pierre Barbancey, publié le mardi 6 Août 2019

ADDITIF (du Mouvement de la Paix) :

Un front mondial pour l’élimination des armes nucléaires. Pour le Mouvement de la paix, « la solution pour arrêter la reprise de la course aux armements nucléaires, c’est bien de gagner l’élimination totale des armes nucléaires à travers la ratification du traité d’interdiction des armes nucléaires (Tian) », adopté par l’ONU en 2017. L’organisation souligne qu’« un vaste front mondial s’est constitué pour l’élimination des armes nucléaires ». Au 2 août 2019, 71 États ont signé le Tian, 25 l’ont déjà ratifié. Il entrera en vigueur lorsque 50 États l’auront signé et ratifié. « Nous sommes en mesure de gagner cet objectif », affirme le Mouvement de la paix.

https://www.humanite.fr/malgre-hiroshima-le-monde-lheure-atomique-675589