Août 26

BLUFF, COUAC ET PASSAGE EN FORCE… LE PARI RISQUÉ DE MACRON AU G7 SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN

Ce dimanche 25 août, Emmanuel Macron a joué gros en forçant la main de Donald Trump et des autres membres du G7 au sujet de l’Iran. Mais a obtenu des résultats, au moins symboliques.

Tapis ! Emmanuel Macron a pris un gros risque diplomatique en essayant de se positionner comme médiateur entre les États-Unis et l’Iran au sujet du dossier brûlant du nucléaire. On ignore encore si ce coup de poker sera payant. Mais le simple fait que le Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des affaires étrangères rencontre Jean-Yves Le Drian à quelques mètres du G7 à Biarritz est déjà une petite victoire. Une visite-surprise forcément autorisée par les membres du G7, dont Donald Trump qui a coupé tout dialogue diplomatique avec l’Iran depuis qu’il a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien voilà un an et dont les relations avec le pays encore détériorées depuis l’affaire des drones abattus.

États-Unis – Iran : l’irréversible escalade ?

La journée avait pourtant mal débuté, lorsqu’Emmanuel Macron s’était un peu avancé sur le sujet et s’était fait reprendre de volée par le président américain. Retour sur une journée qui fera peut-être date.

1. Le passage en force d’Emmanuel Macron

Dans la matinée, des sources diplomatiques indiquent à l’AFP que les dirigeants du G7 ont convenu de « charger le président français Emmanuel Macron de discuter avec l’Iran, sur la base de leurs échanges, et de lui adresser un message » pour éviter l’escalade dans la région.

Les sept chefs d’État et de gouvernement ont aussi réaffirmé samedi soir, lors du dîner d’ouverture du sommet du G7 à Biarritz, que leur objectif commun était « d’éviter que l’Iran ne se dote de l’arme nucléaire », précisaient les mêmes sources.

« Les leaders du G7 se sont accordés sur deux points: nous ne souhaitons pas que l’Iran se dote de l’arme nucléaire et personne ne souhaite la déstabilisation de la région ni l’escalade, afin d’éviter un conflit militaire »

« Pour définir la voie la plus efficace pour mener le dialogue », ils ont donc convenu de mandater le président français, précise la source, sans dévoiler les éléments de négociations sur lesquels les Sept sont tombés d’accord.

Jouant les médiateurs depuis des mois, Emmanuel Macron, qui s’entretient régulièrement avec le président iranien Hassan Rohani, a présenté samedi à Donald Trump un compromis pour sortir de l’impasse.

Il lui a présenté l’option de permettre à Téhéran « pour une période limitée d’exporter une partie de son pétrole » en échange d’un retour à son engagement de ne pas enrichir d’uranium pour se doter de l’arme nucléaire.

Emmanuel Macron confirme à LCI que des discussions se sont tenues lors d’un déjeuner informel et qu’il serait porte-voix pour une « communication commune ».

2. La réponse cinglante de Donald Trump

Quelques heures plus tard, stupéfaction : le président américain nie avoir discuté du sujet avec Emmanuel Macron, et encore moins lui avoir donné un blanc-seing pour jouer les entremetteurs.

Interrogé par un journaliste en conférence de presse, il dit tout simplement : « Non, nous n’avons pas parlé de ce sujet ».

3. Le rétropédalage d’Emmanuel Macron

Devant ce qui ressemble à un couac diplomatique sur un sujet particulièrement sensible, Emmanuel Macron revient sur ses propos immédiatement après, afin de préciser sa pensée : « Il a raison » s’est-il empressé de dire.

« Le G7 est un club informel, on ne donne pas de mandat formel à l’un ou à l’autre (…). Je n’ai pas de mandat formel du G7 pour discuter avec l’Iran. (…) Chacun va continuer à agir chacun dans son rôle ».

Un sacré revers pour le président français qui voulait endosser le rôle du médiateur et faire ainsi rayonner la France au niveau international. Si l’Iran et les États-Unis se parlent à nouveau grâce à lui, ce serait de fait un exploit qui lui ferait marquer des points sur la scène internationale.

4. L’arrivée surprise de Mohammad Javad Zarif

En fin d’après-midi, nouveau coup de théâtre : on apprend qu’un avion iranien vient de se poser sur le tarmac de Biarritz. À son bord, Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des affaires étrangères. Pas de rencontre avec Donald Trump mais un entretien informel avec Emmanuel Macron, Jean-Yves le Drian, ministre français des affaires étrangères et le ministre des finances Bruno Le Maire.

« J’ai rencontré Emmanuel Macron en marge du G7 à Biarritz après une discussion détaillée avec le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et celui des Finances Bruno Le Maire. Le chemin est difficile, mais ça vaut la peine d’essayer »

La présence d’un représentant iranien en plein G7, même s’il n’y apparaîtra pas, est en soi une victoire pour Emmanuel Macron. Car les membres n’ont pu qu’autoriser cet avion à atterrir. L’Élysée confirme que le rendez-vous n’est pas dans le cadre du G7 : « Aucune rencontre n’est prévue à ce stade avec les Américains . Cette visite avait lieu à l’initiative de Paris et non du G7 ».

5. Pas de contact avec les États-Unis

Mohammad Javad Zarif est reparti de Biarritz peu avant 20 heures dimanche. Les discussions sur le nucléaire iranien entre le chef de la diplomatie et les dirigeants français en marge du sommet du G7 ont « été positives » et « vont se poursuivre », a indiqué dimanche soir la présidence française.

La rencontre a duré environ trois heures, d’abord avec le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, puis avec le président Emmanuel Macron pendant une demi-heure, à la mairie de Biarritz.

Des conseillers diplomatiques allemands et britanniques y ont été associés, a précisé la présidence, ajoutant que cette venue de Mohammad Javad Zarif s’était faite « en accord » avec les États-Unis, farouchement opposés au gouvernement de Téhéran.

Entre l’Iran et les États-Unis, des canaux discrets pour éviter la guerre

Emmanuel Macron ne sera donc pas parvenu à faire se parler Américains et Iraniens. Mais cette visite éclair, avec tout ce qu’elle a de symbolique, pourrait être la première pierre vers un dialogue ou, au moins, une désescalade.

Par L’Obs, publié le 25 août 2019 à 20h45

https://www.nouvelobs.com/monde/20190825.OBS17543/bluff-couac-et-coup-de-poker-le-pari-risque-de-macron-au-g7-sur-le-nucleaire-iranien.html