Août 29

THREE MILE ISLAND FERME, C’EST LÀ QUE C’ÉTAIT PRODUIT LE PIRE ACCIDENT NUCLÉAIRE DES ÉTATS-UNIS

Fin septembre, la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie, aux États-Unis, fermera définitivement ses portes. Soit plus de 40 ans après la catastrophe nucléaire du 28 mars 1979. Malgré sa gravité, l’accident est vite tombé dans l’oubli. Voici le récit d’un drame évité de justesse.

La centrale nucléaire de Three Mile Island, en Pennsylvanie, fermera définitivement ses portes dans un mois, le 30 septembre 2019. Cette centrale a été le théâtre de la pire catastrophe nucléaire des États-Unis.

Tout a commencé le 28 mars 1979, près de dix ans avant la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Cette nuit-là, une panne dans la partie non-nucléaire de la centrale américaine entraîne d’abord une hausse de la pression, dans le circuit primaire d’eau du cœur du réacteur numéro 2.

Celui-ci s’arrête alors automatiquement par sécurité et une soupape se déclenche pour faire retomber la pression.

Les erreurs s’enchaînent

Mais alors qu’elle aurait dû se refermer automatiquement une fois la pression retombée, la soupape reste ouverte et un voyant indique de manière erronée en salle de contrôle qu’elle s’est refermée. De l’eau de refroidissement s’échappe alors par la valve, entraînant la surchauffe rapide du réacteur.

Trois heures plus tard, une alerte générale est finalement décrétée dans la centrale après l’explosion d’une valve de l’une des pompes de réacteur.

Sur place, c’est la panique. Les opérateurs sont pratiquement aveugles, noyés par la fumée et le flux des alarmes. Faute de disposer de bonnes informations et d’analyser correctement la situation, leurs erreurs s’enchaînent.

Ils prennent des décisions ayant pour conséquence de réduire encore le niveau d’eau de refroidissement dans le cœur. La température du combustible nucléaire s’élève alors dangereusement et le cœur commence à fondre. Finalement, ils finissent par comprendre la situation et à réinjecter de l’eau.

La fuite radioactive jugée « très minime »

À la télévision, des images aériennes montrent la centrale fumante. « Il semble que le taux de radioactivité de cette vapeur dégagée soit supérieur aux taux admis dans lenceinte et à lextérieur de lusine », explique le journaliste. Pourtant, le personnel est filmé sans protection particulière devant la centrale.

Le commentateur précise que l’alerte n’a été donnée que trois heures après le début de l’accident, car la fuite radioactive a été jugée « très minime ».

Mais il n’en est rien. Le 30 mars, les autorités américaines annoncent qu’il faut se préparer à l’évacuation de quatre comtés autour du site contaminé, soit environ 950 000 personnes. Après l’annonce d’une nouvelle fuite de « gaz rare », le gouverneur évacue ensuite les femmes enceintes et les enfants dans un rayon de 8 kilomètres autour de la centrale. Les écoles sont également fermées.

Dans un rayon de 16 kilomètres, les habitants ont la consigne de « rester calfeutrés chez eux ». Aux États-Unis, la tension est palpable.

Les jours qui suivent, les autorités tentent de rassurer la population. Le 1er avril, le président américain de l’époque, Jimmy Carter, se rend sur place pour calmer les esprits. Le 9 avril, le directeur de la régulation des réacteurs nucléaires du NRC (Commission de réglementation nucléaire des États-Unis), Harold Denton, annonce que la situation est rétablie. Et, le 30 avril, le gouverneur annule l’ordre d’évacuation des femmes et enfants.

Pourtant, les mesures effectuées sur place indiquent que les habitants ont reçu, en une journée, autant de radiations qu’en un an.

Les suites de l’accident

Ce n’est que six ans plus tard qu’il a été possible de pénétrer à nouveau dans le cœur de la centrale nucléaire. Il a été constaté que 45 % du cœur avait fondu, et que 20 % de ce dernier avait coulé au fond de la cuve, sans pour autant provoquer d’explosion ni de dégagement de vapeur. Il était désormais acté qu’un accident gravissime avait été évité de justesse.

Et c’est sûrement parce qu’elle a été évitée et que par conséquent, qu’aucune mort directe n’a pu lui être attribuée, que la catastrophe nucléaire est tombée dans l’oubli.

Pourtant, elle n’a rien de « minime », comme le prétendaient les autorités de l’époque. L’accident a été classé au niveau 5 de l’échelle internationale des accidents nucléaires Ines (Échelle Internationale des Événements Nucléaires, créée après Tchernobyl pour évaluer la gravité d’un incident ou d’un accident dans le domaine nucléaire). À titre de comparaison, Tchernobyl et Fukushima ont atteint le niveau maximum de 7.

Nombre d’études ont été faites depuis pour déterminer les conséquences sanitaires sur la population aux alentours de la centrale nucléaire. Si certaines concluent que cet accident n’a provoqué ni décès ni blessures, ni d’effets néfastes pour la santé, d’autres affirment le contraire. Une chose est sûre : cet événement s’est accompagné d’une grande perte de confiance de la population américaine envers le nucléaire.

Depuis l’accident, beaucoup d’habitants souhaitaient la fermeture de la centrale. Mais des élus de Pennsylvanie, un État dont environ 40 % de l’électricité provient aujourd’hui du nucléaire, espéraient faire adopter un plan de sauvetage au nom des quelque 675 emplois en jeu. Finalement, faute de plan pour sauver ces derniers, Three Mile Island fermera ses portes définitivement en septembre.

Source : Ouest France, publié le 29/8/2019

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/59635/reader/reader.html#!preferred/1/package/59635/pub/85806/page/9