Août 31

LA DROITE ET L’EXTRÊME DROITE DÉNONCENT LE COUP D’ARRÊT PORTÉ À LA RECHERCHE NUCLÉAIRE

Les écologistes se sont, eux, félicités de l’abandon du projet Astrid de réacteur à neutrons rapides.

Après les révélations du Monde, jeudi 29 août, quant à l’abandon en catimini de la recherche sur le projet Astrid et sur la quatrième génération de réacteurs nucléaires, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) a reconnu que « la construction du réacteur prototype [n’était] pas programmée à court ou moyen terme ». « Dans le contexte énergétique actuel, la perspective d’un développement industriel des réacteurs de quatrième génération n’est en effet plus envisagée avant la deuxième moitié de ce siècle », explique le communiqué, qui ajoute toutefois que « les recherches se poursuivent » dans ce domaine, sans davantage de précisions.

Cette situation était pressentie par des acteurs du secteur depuis plusieurs mois, et a suscité la désapprobation des soutiens de la filière nucléaire. Le président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, Bruno Retailleau, a ainsi dénoncé dans un communiqué « une faute, écologique, stratégique et politique », et accuse le gouvernement de céder « aux ayatollahs d’une écologie régressive et décroissante ». Le député du Haut-Rhin (LR) Raphaël Schellenberger a critiqué un « véritable renoncement à porter une ambition en matière d’énergie nucléaire », soulignant l’absence d’information des parlementaires à ce sujet.

Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (RN), a également dénoncé « un crime économique, technologique et écologique ». Son ancien numéro deux, Florian Philippot, qui a quitté le RN, a interpellé le président Emmanuel Macron : « Vous devez intervenir et revenir sur cette décision gravissime pour nos intérêts industriels, notre indépendance stratégique et l’écologie », a-t-il estimé sur Twitter.

« Youpi ! »

À l’inverse, les opposants au nucléaire se sont félicités de cet arrêt de la recherche française dans le domaine. « Sept cent trente-huit millions d’euros d’argent public qui s’ajoutent aux milliards atomisés dans la faillite nucléaire. Imaginons les sauts technologiques – et les emplois ! – que ces fonds publics auraient générés dans les renouvelables ! », a ainsi lancé le eurodéputé Europe Écologie-Les Verts Yannick Jadot. « La fin d’un mythe : le projet de réacteur nucléaire de quatrième génération est enfin abandonné. Avec le fiasco de l’EPR de Flamanville (troisième génération), le nucléaire est bel et bien une impasse », se réjouit également Greenpeace France, tandis que le réseau Sortir du nucléaire a publié un très explicite « Youpi ! » sur son compte Twitter.

Dans la majorité parlementaire, les députées La République en marche (LRM) Barbara Pompili (Somme) et Émilie Cariou (Meuse) ont souligné les conséquences que cet abandon pourrait avoir pour les matières radioactives, notamment l’uranium appauvri et le plutonium dont dispose le pays. Le projet Astrid était en effet censé transformer en combustible ces matières aujourd’hui inutilisées et théoriquement réutilisables. Avec l’abandon de la filière, elles risquent d’entrer dans la catégorie des « déchets », pour lesquels aucune solution n’est prévue.

« L’abandon du projet Astrid confirme la fin du mythe de cycle fermé à l’infini des matières nucléaires. Retraitement, MOX, plutonium… il est temps maintenant d’en tirer toutes les conséquences politiques », a également souligné l’expert critique du nucléaire Yves Marignac.

Par Nabil Wakim, publié le 30 août 2019 à 21h23

Publié sur le site: https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/30/la-droite-et-l-extreme-droite-denoncent-le-coup-d-arret-porte-a-la-recherche-nucleaire_5504753_3234.html que nous vous invitons à consulter régulièrement.