Août 31

L’EPR DE FLAMANVILLE, CHANTIER CAUCHEMARDESQUE POUR EDF

Le réacteur normand de troisième génération, qui devait être lancé en 2012, ne démarrera pas avant la fin de 2022 en raison de soudures défectueuses sur le site.

C’est le chantier maudit pour EDF. Amorcé en 2007, le réacteur EPR de troisième génération devait initialement être connecté au réseau électrique en 2012, et coûter environ 3,5 milliards d’euros. En pratique, il ne démarrera pas avant fin 2022, au plus tôt, et la facture s’élèvera à plus de 11 milliards d’euros. Un montant susceptible d’être encore révisé à la hausse en fonction des travaux qui restent à effectuer.

En 2018, EDF se montrait confiant et escomptait une mise en service en 2020, mais la question des soudures a bouleversé les ambitions de l’électricien. Huit soudures difficiles d’accès, qui traversent l’enceinte en béton du bâtiment réacteur, doivent être réparées pour obtenir l’aval de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), laquelle juge qu’elles ne correspondent pas au niveau d’exigence présenté par EDF à l’origine.

Après une période d’échanges avec l’ASN au cours du premier semestre, EDF n’est pas parvenu à convaincre le « gendarme » du nucléaire qu’il pourrait effectuer les travaux nécessaires après le démarrage du réacteur. « Le temps qu’il faudra pour préparer, effectuer et tester la réparation, faire valider par l’ASN ce que nous avons fait et ensuite remettre l’installation en situation d’être de nouveau testée et préparée pour une mise en service… Cela nous amène dans des délais de plus de trois ans », a expliqué en juillet le PDG du groupe, Jean-Bernard Lévy.

EDF étudie plusieurs manières de réparer ces soudures, et le chantier pourrait être encore plus long selon la méthode retenue. Lors d’une audition devant des parlementaires, mi-juillet, le directeur des projets nouveau nucléaire chez EDF, Xavier Ursat, a mentionné le fait que le groupe étudiait trois schémas d’action. « Ce n’est qu’une fois tout ça fait qu’on choisira le scénario, et ce n’est qu’alors qu’on communiquera sur le planning et le coût, donc probablement pas avant plusieurs mois », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « En refaisant les soudures, il faut être sûr de deux choses : garantir le résultat final comme étant correct et ne pas générer d’autres risques pour l’installation. »

Courroux face aux choix de l’ASN

Première option : EDF pourrait extraire tout ou partie des tuyaux concernés du bâtiment pour effectuer les réparations. Toutefois, cela implique de démonter beaucoup d’éléments de la structure. C’est l’hypothèse la plus réaliste, a affirmé M. Ursat. La deuxième solution serait de faire intervenir des soudeurs à l’intérieur de l’enceinte, dans un espace confiné. Enfin, un troisième scénario consisterait à envoyer un robot inséré dans la tuyauterie.

Le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, également entendu par les parlementaires, a déploré l’attitude d’EDF dans ce dossier, estimant que le groupe avait cherché à « se justifier techniquement (…) plutôt que de réaliser la réparation de ces équipements ». En privé, les hiérarques du groupe n’ont pas dissimulé leur courroux face aux choix de l’ASN. « Elle ne gère plus la sûreté, elle gère des procédures », pestait, il y a peu, un cadre dirigeant excédé.

Il faut dire que l’enjeu dépasse largement les huit soudures évoquées. L’EPR de Flamanville est le premier réacteur de troisième génération sur le sol français et son démarrage devait être, pour EDF, synonyme de la renaissance de la filière nucléaire. Plus encore, le gouvernement a assuré à plusieurs reprises qu’il ne prendrait sa décision sur la construction de nouveaux réacteurs qu’après le démarrage du réacteur normand.

À ce stade, ce sont tous les acteurs et sous-traitants du nucléaire qui sont suspendus à la mise en service de Flamanville. Or, selon la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), la décision de construire de nouveaux réacteurs doit impérativement être prise en 2021 pour avoir des premiers EPR en fonctionnement autour de 2035, afin de pouvoir prendre à temps le relais du parc actuel. L’activité des entreprises de la filière pourrait en pâtir lourdement : d’après une étude du Boston Consulting Group, réalisée pour le compte de la SFEN et publiée en avril, 58 % des acteurs du secteur vont réduire leurs effectifs si aucune décision n’est prise dans les trois ans.

Par Nabil Wakim, publié le 31 août 2019, mis à jour à 09h06

Photo en titre : L’EPR de Flamanville, dans la Manche, le 16 août. LOU BENOIST / AFP

Publié sur le site: https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/30/l-epr-de-flamanville-chantier-cauchemardesque-pour-edf_5504396_3234.html  que nous vous invitons à consulter régulièrement.