Sep 09

L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE DOIT-ELLE ENCORE ÊTRE CONSIDÉRÉE COMME « DURABLE » ?

Communauté Eva Stegen.

L’UE ne semble plus vouloir classer l’énergie nucléaire dans la catégorie de l’énergie durable. Tant le Parlement européen que le groupe d’experts techniques sur le financement durable (TEG) mis en place par la Commission européenne ont reconnu qu’il existe des preuves scientifiquement vérifiées du risque de dommages importants pour l’environnement et la biodiversité résultant de la chaîne de valeur nucléaire. Les passionnés du nucléaire s’y heurtent et tentent de s’y opposer par des lettres de protestation* jusqu’au 13.9.2019.

Les graves lacunes économiques et techniques se reflètent dans les constructions des réacteurs EPR de Hinkley Point C (GB), Olkiluoto (FI), Flamanville (FR) et la débâcle de la VVER à Mochovce (SK) au sein de l’UE. Ce n’est que grâce à des plans de sauvetage gouvernementaux d’une valeur de plusieurs milliards de dollars qu’il a été possible d’assurer la poursuite – toujours infructueuse – de la construction jusqu’à présent.

Néanmoins, des tentatives répétées ont été faites pour faire en sorte que cette production d’électricité non durable sur le plan économique semble financièrement viable en recourant à des fonds publics. Il s’agit de fonds dont nous avons un besoin urgent pour de véritables mesures de protection du climat et qui ne doivent donc pas être mis à disposition pour de fausses solutions. Un approvisionnement complet en énergies renouvelables est réalisable dans le monde entier et peut être organisé de manière beaucoup plus rentable et à court terme, comme l’ont montré de nombreuses études.

Le déclin de l’énergie nucléaire en Europe a déjà dépassé son zénith de production en 2004 et a été dépassé par les énergies renouvelables en 2014. L’industrie, marquée par l’érosion des compétences, doit enfin veiller à isoler hermétiquement ses héritages dangereux de la biosphère, avant même que le bassin de travailleurs qualifiés ne s’amenuise à un point tel que même cela ne puisse plus être garanti. Il n’y a pas de marge de manœuvre financière, pas d’infrastructure de main-d’œuvre qualifiée et pas d’infrastructure de production de composants à grande échelle pour d’autres projets de construction qui pourraient contribuer de manière significative à la réduction du CO2 au cours de la décennie pertinente pour la protection climatique. Au contraire, toutes les activités qui y seraient entreprises seraient associées à des activités de construction à forte intensité de CO2.

L’hypothèse selon laquelle l’énergie nucléaire pourrait apporter une contribution pertinente à la protection du climat dans un avenir proche ne résiste pas à un examen factuel, la question se pose de savoir quelles sont les forces motrices qui conduisent à la situation si bien décrite par Jean-Bernard Levy, CEO du groupe nucléaire EdF :  » Nous devons continuer à construire des centrales nucléaires, en France et en Europe. Si je devais utiliser une photo pour décrire notre situation, ce serait celle du cycliste qui ne doit pas arrêter de pédaler pour ne pas tomber« .

Outre les intérêts particuliers bien connus qui tournent autour de contrats lucratifs (acier, béton, engins de construction, forage de tunnels à eau de refroidissement, soudage…), une force motrice importante parvient toujours à éviter la lumière du public. Celui qui cherche le « cycliste pédalant » parmi les sous-marins à propulsion nucléaire, qui dépendent de cette technologie pour leur portée et leur intraçabilité, comprendra que ce « cycliste marin » doit basculer immédiatement si le garant de l’infrastructure civile n’entretient pas les installations de formation, l’industrie des fournitures et un rythme régulier dans son carnet de commandes. C’est là que les subventions croisées ont lieu afin de maintenir la capacité de seconde frappe des puissances nucléaires européennes, organisée sous le couvert de la protection du climat et à huis clos.

Dans une étude approfondie, des scientifiques de l’Université du Sussex ont démontré en détail ce que les militaires communiquent ouvertement, mais que la politique énergétique nie avec véhémence : le maintien du programme nucléaire civil réduit le budget de la défense. Ce que les scientifiques du SPRU ont prouvé pour la Grande-Bretagne s’applique également à la partie française. La France développe actuellement son propre nouveau type de réacteur (SMR), prétendument pour l' »incinération » des déchets nucléaires anciens. Le fait que l’institut civilo-militaire CEA et le groupe naval Naval, constructeur de navires de guerre et de sous-marins, soient impliqués dans ce développement, non seulement la société EDF, mais aussi le fabricant de moteurs de navires nucléaires TechnicAtome, en dit long.

Le récit du « nouveau type de réacteur brûlant des déchets nucléaires » s’avère être un conte de fées. Depuis le début de l’utilisation de l’énergie nucléaire civile, l’industrie n’a pas réussi à se débarrasser en toute sécurité de ses héritages toxiques. Cela ne changera pas avec l’annonce de ce qu’on appelle les « brûleurs de déchets nucléaires« , les « nouveaux » réacteurs. L’industrie n’a pas de solution pour faire face aux radio-isotopes à vie longue et facilement transportables qui mettent en danger l’air respirable et les eaux souterraines, tels que l’iode 129 (HWZ 15,7 millions d’années, transmutation impossible), qui sont inévitablement produits dans de « nouveaux » réacteurs (fission d’uranium 233). Il est donc déjà clair, avant même la mise en service du tout premier réacteur de 4ème génération, que l’industrie ne résoudra pas du tout le problème des déchets, mais l’aggravera encore et ne pourra donc en aucun cas être considérée comme durable.

*Traduction des instructions pour la lettre de protestation :

COMMENT RÉPONDRE :

Vous trouverez ci-joint une suggestion de texte que vous pourriez utiliser pour communiquer votre réponse à la consultation.

Veuillez noter que le texte maximum autorisé n’est que de 2000 caractères (plus 500 caractères pour les preuves supplémentaires).

Nous avons fourni quelques captures d’écran dans le document ci-joint pour vous guider tout au long du processus.

Le rapport technique avec le contenu proposé du projet de taxonomie peut être consulté ici.

De plus, nous vous recommandons de soumettre une réponse plus longue par courriel : ec-teg-sf@ec.europa.eu

Vous trouverez l’original de ce message (en allemand) sur le site :

https://www.freitag.de/autoren/evastegen/soll-atomkraft-noch-als-nachhaltig-gelten