RETARDS ET SURCOÛTS EN VUE POUR LA NOUVELLE BOMBE NUCLÉAIRE AMERICAINE

La mise au point de la nouvelle version de la bombe nucléaire appelée à devenir la plus commune dans l’arsenal atomique américain, la B61-12, devrait connaître de nouveaux retards et dépassement de coûts, a rapporté le magazine Air Force Time, indépendant de la force aérienne américaine, en citant un responsable gouvernemental. 

La production de cet engin ne devrait commencer qu’au dernier trimestre de l’année fiscale 2022 (soit le troisième trimestre de la même année calendrier), au lieu de début 2020, et pourrait coûter de 600 à 700 millions de dollars de plus qu’envisagé jusqu’à présent, a indiqué un responsable de l’Administration nationale de sécurité nucléaire (NNSA), qui gère le programme en coopération avec l’Air Force Nuclear Weapons Center (AFNWC), Charles Verdon, dans un document remis mercredi à une sous-commission de la Chambre des représentants.

Le programme B61-12 LEP (« Life Extension Program« ), lancé en février 2012, doit permettre de moderniser les composants nucléaires et non-nucléaires pour prolonger la vie de l’actuelle bombe atomique à gravité en améliorant sa « sécurité » et sa « fiabilité« . Elle doit remplacer les actuelles B61-3, -4, -7, et -10, dont certaines sont en service depuis la fin des années 1970. La puissance de chaque bombe peut être réglée pour aller de 0,3 à 360 kilotonnes, soit l’équivalent de 360.000 tonnes de TNT.

8,3 milliards de dollars

Le département de l’Énergie (DoE), impliqué dans les programmes nucléaires militaires américains, avait estimé en juillet que le programme devrait coûter au total 8,3 milliards de dollars. Selon le Pentagone, le développement du kit de queue – permettant de guider la bombe sur un objectif en programmant ses coordonnées – par l’US Air Force se chiffre à lui seul à 1,1 milliard de dollars.

Selon la NNSA, le retard dans le développement de la B61-12, qui pourrait atteindre les dix-huit mois, serait dû à l’utilisation d’un composant (un « capaciteur » électrique) d’origine commerciale employé pour la partie non-nucléaire de la bombe. Ces pièces, d’un coût unitaire de cinq dollars, sont en cours de remplacement par des capaciteurs modernes, qui coûtent 75 dollars car ils sont fabriqués selon des nouveaux standards, selon le témoignage écrit fourni par M. Verdon aux parlementaires et cité par le magazine.

Selon lui, le gouvernement américain envisage la fabrication en interne de davantage de composants non-nucléaires et souhaite s’assurer que les fournisseurs comprennent quels sont les exigences des autorités fédérales.

Pas de fonds supplémentaires

L’Air Force Time précise que la NNSA ne prévoit pas de réclamer des fonds supplémentaires pour faire face aux surcoûts du programme mais souhaite procéder à des glissements internes entre les programmes de modernisation nucléaire.

La B61-12 est destiné à remplacer les armes du même type dans l’arsenal atomique américain, dont celles déployées en Europe et vraisemblablement sur la base aérienne de Kleine-Brogel (Limbourg).

Selon l’US Air Force, la bombe sera compatible avec les bombardiers B-2A, B-21 (le futur bombardier américain), les chasseurs tactiques F-15E et F-16C/D, F-16 MLU – le type d’avion utilisé par la composante Air de l’armée belge -, F-35 et PA-200 (la dénomination du chasseur-bombardier Tornado en service en Allemagne et en Italie).

Selon un expert de la Fédération des scientifiques américains (FAS) spécialisé dans l’armement nucléaire, Hans Kristensen, la base de Kleine-Brogel abrite une vingtaine de bombes B-61 d’une version plus ancienne, sur un total d’environ 183 réparties à travers l’Europe.

Par Belga, publié le vendredi 27 septembre 2019 à 13h03, mis à jour le vendredi 27 septembre 2019 à 13h04

https://www.lalibre.be/economie/conjoncture/retards-et-surcouts-en-vue-pour-la-nouvelle-bombe-nucleaire-americaine-5d8dc06bd8ad5878fd6a1404