Oct 02

ÉLECTRICITÉ VERTE : COMMENT DÉMÊLER LE VRAI DU FAUX

Face à l’attention croissante portée par certains consommateurs à leur impact environnemental, les fournisseurs multiplient les offres d’électricité verte, à des prix parfois très contrastés. Mais toutes ne se valent pas, loin de là, en la matière. Explications.

L’électricité verte est partout ! Rares désormais sont les fournisseurs – y compris l’historique EDF (Électricité de France) – qui ne déclinent pas leur offre en version « écolo ». Ce faisant, ils répondent à une demande croissante des usagers : celle de diminuer l’impact environnemental de leur consommation électrique, en s’approvisionnant à des sources d’énergie renouvelable (EnR). Quitte à payer leur électricité un peu plus cher.

Selon le comparateur officiel énergie-info, mis en place par le médiateur national de l’énergie, le coût annuel des offres d’électricité verte à prix variable, pour un client parisien en option Heures Pleines/Heures Creuses (HP/HC) consommant 8 500 kilowattsheures (KWh), allait au 30 juin 2019 de 1 290 euros (soit 13% de moins que le tarif bleu d’EDF, c’est-à-dire le tarif réglementé fixé par l’État) à 1 737 euros (+18%). Avec une offre traditionnelle sur le même profil, la facture annuelle s’étale, selon les fournisseurs de 1 311 euros (-9%) à 1 447 euros, donc au niveau du tarif réglementé.

On le constate : les offres vertes ne sont pas forcément plus chères que les traditionnelles. Leur éventail de prix, en revanche, est beaucoup plus important : 447 euros dans cet exemple. Une différence qui reflète une autre réalité : toutes ces offres, loin de là, ne se valent pas en matière de contribution réelle au développement des EnR, et donc à la transition énergétique. Voici pourquoi.

Un « pot commun » d’électricité

Un rappel pour commencer : souscrire une offre d’électricité présentée comme « verte » ne signifie pas que chaque électron qui sortira de vos prises aura été produit par une source d’énergie renouvelable. Comme tous les foyers français, le vôtre est en effet raccordé au réseau électrique national, géré par Enedis et alimenté par une sorte de « pot commun », qui mélange sans distinction des électrons issus d’une centrale nucléaire ou à charbon, et d’autres produits grâce à un panneau solaire, une éolienne ou un barrage hydroélectrique

Selon EDF, ce « mix énergétique » servi aux foyers français était, en 2017, le suivant :

Source : EDF

Des garanties d’origine pour tracer l’électricité verte

Toutefois, pour assurer une traçabilité de l’électricité verte injectée dans le réseau, les institutions européennes ont trouvé une parade : la garantie d’origine renouvelable (GO). Soit un document électronique qui, comme son nom l’indique, garantit que l’électricité injectée dans le réseau par un producteur a bien été produite par une installation bénéficiant d’un certificat vert. « C’est le seul moyen de confirmer qu’on propose de l’énergie d’origine renouvelable », confirme Antoine Garcier, directeur général d’Énergie d’Ici, une union de producteurs d’hydroélectricité. « Tous les autres labels sont du marketing ».

Les sources d’énergie suivantes sont éligibles aux garanties d’origine :

  • l’éolien ;
  • le solaire ;
  • l’hydraulique ;
  • la biomasse et le biogaz ;
  • le géothermique…

En sont en revanche exclues :

  • le nucléaire ;
  • le gaz naturel ;
  • le charbon ;
  • le fioul ;
  • le pétrole et le gaz de schiste.

Un complément de rémunération pour le producteur

Quel est l’intérêt de ces garanties d’origine ? Pour le producteur d’EnR, c’est assez simple : elles représentent un complément de rémunération. Elles ont en effet une valeur en soi, négociable sur le marché. Pour donner un ordre d’idées, cette valeur peut représenter 50 centimes d’euros sur un mégawattheure (MWh) vendu au prix de gros autour de 50 euros, soit environ 1% du prix de l’électricité verte.

Là où ça se complique, c’est que ces GO peuvent être vendues indépendamment de l’électricité dont elles sont censées tracer la provenance. Un producteur, qui possède par exemple un barrage hydroélectrique ou un parc éolien, peut ainsi, d’un côté, céder tout ou partie de son électricité sur le marché de gros, et de l’autre ses garanties d’origine. Et il y a des acheteurs. Ces GO sont notamment très recherchées… par les fournisseurs d’électricité. Pour une raison simple : elles leur permettent de « verdir » leurs offres.

De la « peinture verte » pour repeindre de l’électricité grise

En effet, tous les fournisseurs d’électricité, loin de là, n’achètent pas leur électricité verte directement à la source, chez les producteurs. Certains n’en achètent même pas du tout : ils se fournissent sur le marché de gros, en veillant à payer le moins cher possible. En France, cela signifie généralement acheter de l’électricité nucléaire.

C’est là qu’intervient le tour de passe-passe : pour transformer cette électricité « grise » en électricité « verte » – la métaphore est d’Antoine Garcier – il existe une solution assez simple : acheter de la peinture verte. Ou, en l’occurrence, des garanties d’origine, éventuellement venues de l’étranger. La seule contrainte est de trouver un équilibre, sur une année (1), entre la quantité d’électricité vendue dans le cadre des offres vertes, et son équivalent en garantie d’origine.

La manœuvre est parfaitement légale. Pour autant, elle est très critiquée. « Un fournisseur peut d’un côté acheter de l’électricité nucléaire à très bas coût, et de l’autre des garanties d’origine scandinaves, également à bas coût », résume Julien Courtel, porte-parole du fournisseur alternatif Enercoop. « Il ne contribue à aucun moment au développement des EnR en France, mais peut afficher une offre verte ».

Quelques offres vertes « premium »

Comment, dans ce contexte, être sûr que l’argent versé pour payer sa facture d’électricité est utile à la planète ? Ce n’est pas simple… « C’est un marché très peu transparent », déplore Brice Arnaud, ingénieur au sein de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe), qui a cherché à apporter un peu de clarté en publiant en décembre 2018 un avis sur le sujet. Verdict : aucune offre actuelle ne contribue, directement et à grande échelle, au développement de nouvelles sources d’énergie renouvelables en France.

L’Ademe, toutefois, distingue parmi les offres existantes celles de 3 fournisseurs dits « premium ». Les mêmes que ceux classés en 2018 comme « vraiment verts » par l’ONG Greenpeace dans son guide de l’électricité verte, qui fait référence sur le sujet. Leurs noms : Enercoop, Energie d’Ici et Ilek.

Trois acteurs aux modèles différents, mais qui ont aussi des points communs. Le premier : ils couvrent 100% de la consommation de leurs clients, en injectant dans le réseau électrique la même quantité d’électricité d’origine renouvelable. Mais ils vont plus loin. « Ils s’engagent à acheter l’électricité et les garanties d’origine aux mêmes producteurs », explique Brice Arnaud. Et ce en direct, sans passer par les marchés de gros. Un « circuit court » qui, parce qu’il permet de faire l’économie des commissions versées aux intermédiaires, améliore les conditions de rémunération du producteur d’énergie renouvelable et l’aide à pérenniser son activité.

Enercoop va même un peu plus loin. Le fournisseur fait en effet le choix d’acheter l’électricité à un prix supérieur à celui de marché, de l’ordre de 4 euros supplémentaires en moyenne par mégawattheure. Un coup de pouce qui représentait 1,3 million d’euros en 2018. Organisé en réseau de coopératives, il travaille aussi avec près de 250 producteurs différents, y compris des très petites unités, impulsées localement par des collectivités ou des collectifs citoyens. Une démarche qui a un impact sur le prix de vente – « 7 à 8 euros de plus par mois sur la facture pour un foyer classique », détaille Julien Courtel – sans freiner la croissance du modèle : encore assez confidentiel (80 000 clients, sur les 32,8 millions de foyers raccordés à l’électricité), le fond de commerce d’Enercoop progresse néanmoins de 30% par an.

En résumé

Si vous souhaitez souscrire une offre d’électricité verte, voici quelques points de vigilance pour reconnaître celles qui contribuent le plus efficacement au développement des sources d’énergie renouvelables.

Veillez ainsi à privilégier les offres des fournisseurs :

  • qui utilisent des garanties d’origine françaises ;
  • qui s’engagent à compenser 100% de votre consommation en injectant dans le réseau électrique la même quantité d’électricité issue de sources renouvelables ;
  • qui achètent, en direct et au même producteur, l’électricité verte et les garanties d’origine ;
  • qui s’engagent à encourager l’installation de nouvelles sources d’énergie renouvelables.

Lire aussi : Ce que cache votre facture d’électricité

(1) À compter de 2021, cet équilibrage devra s’effectuer au mois, ce qui pourrait contribuer à augmenter les prix des garanties d’origine et donc les revenus des sources renouvelables.

Par Vincent MIGNOT, publié le mercredi 2 octobre 2019 à 07h00

Photo en titre : © magneticmcc – stock.adobe.com

https://www.cbanque.com/actu/76068/electricite-verte-comment-demeler-le-vrai-du-faux

NDLR : pour ceux qui ne le savent pas encore, je rappelle que l’ordinateur de l’administrateur du site Savoie Antinucléaire est alimenté en électricité verte achetée chez Enercoop. Acheter son électricité chez un fournisseur qui ne vend pas exclusivement que de l’électricité d’origine verte, c’est accepter que tout ou partie du paiement de votre facture lui serve à financer le nucléaire.