Oct 03

LE RETOUR DES FUSÉES NUCLÉAIRES À LA NASA

Préparant ses futures conquêtes spatiales, la Nasa pourrait bien utiliser dans ses navettes lancées à destination de la Lune, voire la planète Mars, des moteurs à fission nucléaire.

À quelques pas du site sur lequel étaient testées les fusées nucléaires du programme Redstone à la fin des années 1950 aux États-Unis, dans l’enceinte du Marshall Space Flight Center, les ingénieurs de la Nasa travaillent sur des moteurs de fusées à fission nucléaire. Un procédé qui permettrait de doubler l’efficacité des moteurs à combustibles chimiques utilisés de nos jours. Toutefois, même si leur fonctionnement est décrit comme particulièrement simple par l’agence gouvernementale, il ne faut pas oublier que les petits réacteurs nucléaires présentent des risques, notamment de par les déchets toxiques qu’ils génèrent ou la très haute température à laquelle ils doivent être opérés (plus de 2 000 C°).

Des risques que sont apparemment prêts à prendre les Étasuniens, la Nasa devant tout faire pour respecter les engagements du programme Artemis qui doit ramener l’homo sapiens sapiens sur la Lune à l’horizon 2024 (et même viser Mars en 2040). Bill Emrich, auteur d’ouvrages de référence sur la propulsion nucléaire, est en charge de ce programme. Et bien qu’il reconnaisse que “la propulsion chimique jusqu’à Mars est possible”, il considère cela comme un défi “très difficile à relever”, estimant que “dès que l’on vise plus loin que la Lune, c’est beaucoup plus simple à envisager avec la propulsion nucléaire”.

Des moteurs nucléaires allumés en orbite

La Nasa pourrait alors un jour décider d’opérer des missions en direction de la Lune grâce à des navettes à propulsion nucléaire, en vue de peaufiner la technologie pour son ultérieure utilisation vers Mars. Précision importante à ce stade, il n’est pas envisagé de mettre en orbite une navette spatiale grâce à la propulsion nucléaire. Cela présenterait trop de risques et, en cas de souci majeur, pourrait aboutir à une catastrophe nucléaire sur le pas de tir. L’idée est de placer en orbite une navette avec des moteurs traditionnels, avant de mettre en route son moteur à fission nucléaire pour la propulser dans l’espace profond.

Pour ce projet, la Nasa a confié à un prestataire (BWX Technologies, une entreprise dirigée par un ancien administrateur associé de l’agence, Rex Geveden) des travaux préparatoires sur la conception de ce moteur nucléaire. Jim Bridenstine, le directeur de la Nasa, a invité le vice-président Mike Pence (en charge de la politique spatiale à la Maison-Blanche) à considérer la propulsion nucléaire comme un élément clé du programme spatial US, tandis que Geveden indique qu’un nombre incalculable de problèmes pouvant avoir lieu dans l’espace nécessitent une puissance de propulsion disponible à tout moment. “Pour la plupart d’entre eux, la propulsion nucléaire est la meilleure réponse, si ce n’est la seule”, ajoute-t-il.

Bien sûr, la Nasa ne part pas de zéro sur ce projet et on découvre (en ce qui nous concerne) que depuis une dizaine d’années, un programme peu documenté (NTREES, pour Nuclear Thermal Rocket Element Environmental Simulator) permettait à des ingénieurs de travailler sur de tels moteurs (cf. cet article de 2014). D’ailleurs, le contrat offert à BWX Technologies ne date pas d’hier et avait été signé dès 2017. En 2018, ce sont 100 millions de dollars que le Congrès a accordés à la recherche sur la propulsion nucléaire. Cette année, 125 millions de plus ont été alloués au projet.

Alors que la super-fusée Space Launch System (SLS) que la Nasa met au point pour son retour sur la Lune est en développement et que les moteurs nucléaires qui pourraient l’équiper doivent obtenir de nombreuses certifications et l’approbation des régulateurs, le sujet est clairement exposé par la Nasa qui envisage de propulser sa première navette spatiale grâce à des moteurs nucléaires en… 2024, date à laquelle les Américains prévoient de reposer le pied sur notre satellite.

Par Mathieu Chartier (@chartier_mat), publié le 03/10/19 à 18h01

https://www.lesnumeriques.com/spatial/le-retour-des-fusees-nucleaires-a-la-nasa-n141649.html