EDF: LE COÛT DE L’EPR DE FLAMANVILLE S’ENVOLE ENCORE

Pour réparer des soudures défectueuses sur le prototype de son nouveau réacteur nucléaire, l’électricien va devoir dépenser 1,5 milliard d’euros. Ce qui porte à 12,4 milliards le budget complet de son chantier. Le gouvernement «attend des explications».

1,5 milliard d’euros supplémentaire: telle est la facture qu’EDF va devoir acquitter pour réparer les huit soudures défectueuses de l’EPR de Flamanville (Manche), le chantier du prototype de réacteur de nouvelle génération. Ce surcoût porte à plus à 12,4 milliards le montant global de l’ardoise, soit plus du triple du budget initial (3,3 milliards), a indiqué mercredi matin l’électricien.

Pour réparer ces soudures problématiques, l’électricien, qui avait planché sur 3 scénarios, a retenu un schéma prioritaire qui fait intervenir quatre «robots télé-opérés, conçus pour mener des opérations de grande précision à l’intérieur des tuyauteries concernées», souligne EDF. Cette proposition technique, qui a l’avantage d’éviter de démonter des éléments de l’enceinte de confinement du bâtiment réacteur, doit cependant être validée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) d’ici à l’automne 2020. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’EDF pourra engager les travaux. Au cas où l’ASN rejetterait cette méthode, un scénario de repli, qui entraînerait un surcoût additionnel de 400 millions et un nouveau report d’un an, a aussi été présenté. Mais la probabilité que ce plan B soit déployé est «faible», estime Xavier Hursat, directeur de l’ingénierie et des nouveaux projets nucléaires chez EDF.

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Alors que l’ASN avait demandé en juin à EDF de réparer ces soudures non-conformes, le groupe avait averti que la mise en service de l’EPR était une nouvelle fois repoussée, à fin 2022, avec 10 ans de retard sur le calendrier initial. Le projet de restauration entériné par le conseil d’administration vise toujours un chargement du combustible à cet horizon.

L’annonce de ce énième dérapage financier intervient dans un contexte délicat pour la filière nucléaire française, en proie à de nombreux déboires. En Grande-Bretagne, EDF a averti que son projet d’EPR à Hinkley Point pourrait être retardé jusqu’à 15 mois et qu’il enregistrait un nouveau surcoût pouvant aller jusqu’à 3,3 milliards d’euros.

Le gouvernement a réagi ce mercredi à l’annonce d’EDF. Il «ne peut se satisfaire de cette situation et attend des explications», a commenté le ministère de la Transition écologique, avant d’ajouter que l’audit «devrait faire toute la lumière sur les causes des retards et écarts de coûts». Bruno Le Maire, de son côté, a prévenu qu’il en tirerait «toutes les conséquences à tous les étages».

Le contexte est particulièrement sensible au sein de l’entreprise, qui étudie un projet de vaste réorganisation, dont la présentation, prévue pour cette fin d’année, a été décalée de plusieurs mois la semaine passée.

Par Frédéric de Monicault et Cyrille Pluyette, publié le 8 octobre 2019 à 20h28, mis à jour le 9 octobre à 15h30

Pour voir la vidéo explicative (7mn50s), cliquer sur :

http://www.lefigaro.fr/societes/edf-le-cout-de-l-epr-de-flamanville-s-envole-encore-20191008

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