Oct 22

LE MAINTIEN DU NUCLÉAIRE RENCHÉRIRA LE COÛT DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Le maintien d’une part importante de nucléaire dans le mix électrique renchérira le coût de développement des énergies renouvelables et donc le soutien public à la transition énergétique, selon une étude d’Agora Energiewende et de l’Iddri.

Le coût de la transition énergétique, et notamment du développement des énergies renouvelables, est souvent au centre des débats. Le think thank allemand Agora Energiewende a développé, avec le soutien de la société Artelys et en coopération avec l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), un outil de calcul des coûts et des besoins de financement public des énergies renouvelables en France à l’horizon 2040. Trois scénarios de développement du mix électrique sont analysés. Et pour ces trois scénarios, le financement public des ENR atteint un pic autour de 2025-2030 et ralentit à partir de cette période, conclut l’étude présentée ce mardi 21 octobre.

Le principal coût est lié au décollage des filières

Cette étude confirme l’analyse du comité des charges de service public de l’électricité publiée en juin dernier : l’essentiel du coût supporté aujourd’hui et demain porte sur la période passée, c’est-à-dire la première décennie d’installation des énergies renouvelables et l’aide au décollage des différentes filières.

Aujourd’hui, la stratégie de diversification du mix électrique mise essentiellement sur l’éolien et le photovoltaïque, dont les coûts ont fortement baissé pour se rapprocher des prix du marché de gros. Les besoins de financement hors marché diminuent donc. « Malgré ces baisses de coûts, les énergies renouvelables ne sont pas encore en mesure de couvrir leurs coûts par les revenus tirés du marché. Un soutien public reste pour l’heure nécessaire pour assurer leur développement, soutien qui devrait se stabiliser et décroître au cours des prochaines années », note l’étude.

Le niveau de soutien public est estimé à 5 milliards d’euros par an pour les années 2018 à 2020. Ce niveau augmentera jusqu’en 2025-2030, avec un pic situé entre 5,5 et 8,5 milliards d’euros courants selon les scénarios. Il baissera ensuite rapidement quel que soit le scénario étudié. Mais finalement, les projets installés après 2018 ne représenteront que 26 % à 37% des besoins de financement cumulés sur la période 2018-2040. « L’essentiel des dépenses à venir correspond ainsi à des engagements passés pour des projets déjà en opération ou qui le seront prochainement, en particulier les six premiers parcs éoliens en mer qui ont été attribués entre 2011 et 2013 et dont les tarifs d’achat ont été renégociés à la baisse en 2018 ».

PPE : une baisse du soutien public à partir de 2025

Le coût de la transition énergétique, et notamment du développement des énergies renouvelables, est souvent au centre des débats. (…) Trois scénarios de développement du mix électrique sont analysés.  

Le premier scénario s’appuie sur la trajectoire fixée dans le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) : 5 GW supplémentaires de capacité de production solaire et éolienne terrestre par an d’ici 2028 (contre une moyenne de 1 à 2 GW installés par an durant les années précédentes) et 5 GW d’éolien en mer au même horizon. La suite du scénario s’appuie sur celui de RTE, Ampère, qui mise sur une part d’électricité renouvelable d’environ 60 % de la production électrique totale en 2040, avec 142 GW de photovoltaïque et d’éolien, et 18 réacteurs nucléaires fermés en 2035. Dans ce scénario, le besoin de financement public du photovoltaïque et de l’éolien se stabilise vers 2025 autour de 6,5 milliards d’euros et décroît à 4,4 milliards d’euros en 2032 et 1,6 milliards d’euros en 2040, estime l’étude. « En 2040, ce scénario conduirait donc à un soutien public deux fois plus faible qu’aujourd’hui (1,6 milliards contre 4 milliards) malgré une part d’électricité renouvelable trois fois plus importante ».

Le nucléaire freine la baisse des coûts des renouvelables

Dans les deux autres scénarios, le maintien d’un parc nucléaire conséquent change la donne, en maintenant un prix de marché de l’électricité bas.

Le deuxième scénario s’appuie sur celui de référence de l‘Ademe dans son exercice de prospective à 2060. Il table sur un développement des renouvelables pour atteindre 62 % de la production électrique totale (110 GW installés) et un prolongement du parc nucléaire existant à 70 % (36 GW en 2040). Le troisième scénario s’appuie, quant à lui, sur celui de l’Ademe (« prolongement du nucléaire aisé ») : les filières renouvelables se développent pour atteindre 87 GW en 2040, le parc nucléaire est prolongé dans sa totalité (57 GW en 2040). Dans ce scénario, les renouvelables ne représentent plus que 48 % de la production électrique totale en 2040.

« Dans ces deux cas, le pic de soutien aux énergies renouvelables est alors plus élevé que dans le scénario PPE-Ampère, et survient plus tardivement. Il atteint 7,3 à 8,5 milliards d’euros en 2030, avec un besoin de financement public lié aux nouveaux projets (attribués à partir de 2018) de respectivement 2,6 et 3,3 milliards d’euros » alors même que la capacité renouvelable installée est plus faible que dans le scénario PPE – Ampère, souligne l’étude. A contrario, « un parc nucléaire réduit plus rapidement accélérerait le développement des énergies renouvelables électriques et limiterait les besoins de financement publics pour les énergies renouvelables existantes et futures. »

Par Sophie Fabrégat, journaliste, rédactrice en chef adjointe, publié le 22 octobre 2019

Photo en titre : La stratégie de diversification du mix électrique mise essentiellement sur l’éolien et le photovoltaïque © hrui

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