EDF PEUT POURSUIVRE L’ACTIVITÉ DE SES CENTRALES

L’Autorité de sûreté nucléaire juge que l’électricien n’a pas besoin d’arrêter ses réacteurs, malgré les défauts détectés sur des générateurs de vapeur installés dans cinq centrales. « EDF semble avoir tiré d’utiles leçons du passé », estime le président de l’ASN dans un entretien aux « Échos ». Des investigations devront néanmoins être menées lors des arrêts programmés. Et les générateurs qui doivent être installés dans l’EPR de Flamanville doivent encore être certifiés.

« Les contrôles n’ont pas été assez exigeants, l’analyse du risque n’a pas été suffisamment poussée », critique le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk.

Cette fois-ci, l’Autorité de sûreté nucléaire et EDF ​sont sur la même longueur d’onde. Le gendarme français du secteur estime que l’électricien n’a pas besoin d’arrêter la production de ses centrales, malgré  les défauts détectés sur les soudures de certains générateurs de vapeur conçus par Framatome .

« Au vu des analyses que nous avons menées depuis le début du mois de septembre en liaison avec EDF et Framatome, nous estimons qu’il n’y a pas lieu d’arrêter les réacteurs équipés des générateurs de vapeur concernés par les soudures défectueuses », explique Bernard Doroszczuk, le président de l’ASN , dans un entretien aux « Échos ».

Dix-neuf générateurs en fonctionnement sont concernés, pour les centrales de Bugey (Ain), Fessenheim (Haut-Rhin), Dampierre (Loiret), Blayais (Gironde) et Paluel (Seine-Maritime). Six autres générateurs qui doivent être remplacés à Gravelines (Nord) figurent aussi sur la liste. Leur installation pourra se poursuivre comme prévu.

Investigations complémentaires

L’ASN ne s’est pas encore prononcée, en revanche, sur les quatre équipements du même type qui doivent être installés dans l’EPR en construction à Flamanville (Manche). « Nous délivrerons un certificat de conformité pour ces générateurs dans un deuxième temps, une fois qu’EDF nous aura communiqué les informations nécessaires, poursuit Bernard Doroszczuk. L’urgence était de nous prononcer sur les réacteurs en fonctionnement. »

L’EPR de Flamanville coûtera plus de 12 milliards à EDF

Ce n’est pas la fin de l’affaire toutefois. « Des investigations devront être menées sur les soudures en question à l’occasion des arrêts de réacteurs programmés. Il faudra mesurer précisément leur épaisseur, les contrôler pour vérifier que d’autres défauts ne sont pas apparus depuis la mise en service et évaluer leurs caractéristiques mécaniques réelles par des essais de dureté en surface », détaille le patron de l’ASN. Enfin, le gendarme du nucléaire demande à Framatome et EDF de mener « des investigations complémentaires pour mieux caractériser ce qui s’est passé au moment de la conception ». « Ce travail demandera de nouvelles simulations qui prendront vraisemblablement deux ans », précise-t-il.

EDF avait déjà annoncé, le 18 septembre,  qu’il n’était pas nécessaire d’interrompre la production . L’ASN valide donc cette décision aujourd’hui. « EDF et Framatome ont réagi rapidement lorsque les défauts ont été détectés, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. En l’occurrence, c’était essentiel, puisqu’il s’agit de réacteurs en service et que c’est la responsabilité de l’exploitant de prendre position sur leur état de sûreté. Leur démarche a été satisfaisante », estime Bernard Doroszczuk.

Crédibilité vis-à-vis du public

« EDF semble avoir tiré d’utiles leçons du passé après les problèmes rencontrés sur les soudures de l’EPR, la cuve ou encore les diesels de secours, relève-t-il. Le groupe a compris que la transparence et la réactivité étaient essentielles pour sa crédibilité vis-à-vis du public. »

Par Vincent Collen, source : Les Échos, publié le 24/10/2019

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/edf-peut-poursuivre-lactivite-de-ses-centrales-1142548