Oct 31

INTRUSION À LA CENTRALE DE CATTENOM : DES JOURS-AMENDES REQUIS CONTRE DES MILITANTS DE GREENPEACE

Les huit militants de l’ONG étaient jugés en appel à Metz pour s’être introduits sur le site en 2017. En première instance, à Thionville en février 2018, ils avaient été condamnés à deux mois de prison ferme. 

Ce sont finalement des peines de jours-amendes, et non des peines d’emprisonnement, qui ont été requises, mercredi 30 octobre, à l’encontre de huit militants de Greenpeace, jugés en appel à Metz pour s’être introduits sur le site de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) en 2017.

« Prononcer une peine d’emprisonnement est contre-productif au vu des circonstances de la commission des faits, du contexte et de la personnalité » des prévenus, a estimé l’avocat général, Julien Le Gallo.

Il a réclamé « 300 jours-amendes à 3 euros » pour deux hommes, déjà condamnés pour s’être introduits sur un site nucléaire. En première instance, à Thionville en février 2018, ils avaient été condamnés à deux mois de prison ferme.

L’avocat général a également requis « 150 jours-amendes à 3 euros » à l’encontre de six prévenus et de Yannick Rousselet, directeur de la campagne nucléaire de Greenpeace, poursuivi pour complicité. Ils avaient été condamné à cinq mois de prison avec sursis.

Une peine d’amende de 20 000 euros a été requise contre l’ONG, représentée par son directeur général, Jean-François Julliard.

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Alerter sur « le danger du nucléaire »

Les huit prévenus, cinq hommes et trois femmes, âgés de 29 ans à 50 ans, ont reconnu à la barre leur participation à cette action, « nécessaire », selon eux, pour alerter sur « le danger du nucléaire ».

Vêtus d’une combinaison orange et munis d’une échelle, d’une disqueuse portative et de pinces, ils avaient franchi trois clôtures pour pénétrer sur le site de la centrale mosellane. Ils avaient tiré un feu d’artifice près du bâtiment abritant la piscine à combustibles, selon eux, avant d’être interpellés. La préfecture de Moselle et EDF avaient écarté la possibilité qu’ils aient pu accéder à la zone nucléaire.

« Le but de cette action était d’illustrer les failles de sécurité que nous avons identifiées dans les centrales nucléaires » et plus spécifiquement la vulnérabilité des piscines à combustibles, et « de montrer que l’on peut relativement facilement aller au contact de ces bâtiments-là », a exposé M. Julliard.

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14 intrusions de centrales revendiquées

L’ONG revendique « 14 intrusions de centrales », des actions « non violentes » réalisées par « des lanceurs d’alerte », a-t-il souligné. « La manière dont on est entré dans la centrale n’a pas fait de dégâts et on a eu une reconnaissance institutionnelle » avec la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire en 2018, a rappelé une des prévenues. « Des failles » dans la sécurité des installations nucléaires avaient été identifiées par la commission d’enquête, qui a préconisé 33 mesures pour les combler.

Le fournisseur d’électricité a réclamé près de 200 000 euros pour le préjudice matériel et 500 000 euros pour le préjudice moral en raison de « l’atteinte à la crédibilité d’EDF », a annoncé l’avocat d’EDF, Thibault de Montbrial. « Tout est fait pour pointer la prétendue fragilité des sites nucléaires. Cette petite musique lancinante a pour vocation de dire qu’EDF n’est pas capable d’assurer la sécurité de ses installations », a-t-il justifié.

Environ 250 personnes s’étaient réunies avant le procès, en musique, dans un parc proche du tribunal de grande instance pour soutenir les prévenus. Poursuivis pour « intrusion en réunion et avec dégradation dans l’enceinte d’une installation civile abritant des matières nucléaires », ils encourent cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Par Le Monde avec AFP, publié le 30octobre 2019 à 21h03, mis à jour à 21h06

Photo en titre : entrée du palais de justice où siège la Cour d’appel de Metz

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