LE NUCLÉAIRE : UNE CAMPAGNE VERTUEUSE ÉHONTÉE

Orano (spécialiste français du nucléaire pour EDF) a le culot de s’offrir une publicité angélique : « le nucléaire ne produit pas de CO2 ». Ce qui occulte des problèmes potentiels gravissimes. Transposons l’objet de cette campagne en une hypothèse absurde : ériger Hitler en leader vertueux au prétexte qu’il n’a jamais utilisé l’arme nucléaire. Certes, mais… Ce ‘certes mais’ vaut aussi pour Orano/EDF.

Le CO2 est un sujet très à la mode actuellement (et un outil de manipulation majeur). Orano, avec la bénédiction d’EDF, surfe sur cette vague pour détourner l’attention et donner l’impression d’une énergie « propre ». Quelle tromperie, ne serait-ce qu’en raison des risques d’une catastrophe potentielle liée aux séismes qui sont réels. L’actualité en montre l’évidence au vu des secousses répétées de ces derniers jours. Les tremblements de terre restent imprévisibles, y compris dans leur intensité. Mais chut, EDF affirmera toujours que « tout est sous contrôle ». La manipulation de la pub « CO² » d’Orano est gigantesque, mais plus c’est gros, plus ça passe auprès du peuple…

EDF est l’architecte et l’exploitant du parc nucléaire français et responsable de la sécurité ; Orano vient de signer un contrat de 100 millions d’euros avec EDF qui peut donc se réjouir de la campagne de son partenaire. Présenter au public le nucléaire comme une énergie « sans CO2 » a pour seul but de virginiser cette énergie et faire oublier la réalité grave, exposée plus loin.

Quels intérêts cachés derrière une activité nucléaire contaminant la terre pour des millions d’années – une boîte de Pandore ?

Je n’ai pas la réponse, mais les hypothèses sont nombreuses et sont déjà abordées. Car comment (honnêtement) justifier le coût, mais surtout les problèmes réels et potentiels tant à court qu’à très long terme du recours au nucléaire pour fournir de l’électricité chère (d’autres moyens existent), de plus en encourageant fortement sa consommation (voitures par exemple) ? Des orientations énergétiques irresponsables.

Rappelons que l’activité nucléaire produit des déchets actifs pendant des millions d’années. Un héritage criminel que nous offrons à nos descendants. Les autorités reconnaissent ouvertement la dangerosité des déchets nucléaires et leur longévité. Delphine Pellegrini – adjointe au chef du Bureau d’expertise et de recherche sur les installations de stockage, les déchets nucléaires – évoque publiquement les déchets à vie « courte » (tout de même une trentaine d’années) et ceux de haute activité, actifs durant plusieurs milliers, voire millions d’années.

La seule « solution » trouvée est l’enfouissement. Cachez, cacher. On se veut rassurant mais ces décisions sont révoltantes : mépris quant à l’avenir de notre planète, lâcheté quant à nos descendants – qu’ils trouvent une solution, eux… En effet, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) prévoit de construire en Meuse un « centre industriel de stockage géologique », en d’autres termes, une poubelle nucléaire. Soit 30km² de galeries dans lesquelles les radioéléments seront confinés pour l’éternité. Dans l’espérance qu’en remontant à la surface d’ici quelques millions d’années, ils auront perdu de leur radioactivité. Irresponsable et criminel. En se voilant la face, car occultant les risques géologiques.

Maintenant soyons réalistes et tremblons : le site principal est à Bure. Une région où l’on relève des activités sismiques (Vesoul est à 150km et Strasbourg à 200km, des lieux où, aussi, ont été ressenties et mesurées des secousses sismiques ces derniers jours).

Une irresponsabilité gouvernementale

Nos autorités ont « tout » prévu… sauf ce que volontairement ils ne souhaitent pas envisager. Les risques sismiques sont certes imprévisibles mais pourtant très réels.

Ainsi il y a une semaine, Le Teil était l’épicentre d’un tremblement de terre d’une magnitude de 5,4 sur l’échelle de Richter. Ce qui devrait inquiéter EDF (et tout le monde), car deux centrales nucléaires se trouvent à proximité : celle de Cruas à 20km, celle du Tricastin à 30km, adossée à des usines de traitement du combustible nucléaire. Certes, des réacteurs ont été arrêtés. Notons que la résistance sismique à prendre en compte est évaluée pour chaque centrale selon un calcul de probabilité basé sur des secousses passées. Pour les centrales dans l’Ardèche, les systèmes de sécurité ont été conçus pour résister à des séismes de magnitude 5,2 sur l’échelle de Richter. Or les secousses ont été mesurées à 5,4. Qui oserait parier qu’il n’y aura jamais de séisme plus fort ? Les produits et déchets radioactifs sont donc susceptibles de nous jouer un remake de Tchernobyl à dimension hollywoodienne. Il suffit d’une autre secousse un peu plus forte, non prévue ! EDF joue à la roulette russe et croise les doigts.

Remontons au 27 septembre 2017 : l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) ordonnait à EDF d’arrêter provisoirement la centrale nucléaire du Tricastin en raison d’un risque de rupture d’une portion de la digue du canal du Rhône en cas de séisme. Les experts craignaient en effet une inondation pouvant conduire à une fusion du combustible nucléaire des quatre réacteurs, tout en rendant très difficile la mise en œuvre des moyens de secours internes et externes. EDF a donc réalisé en urgence des renforcements de la portion de la digue concernée pour assurer la résistance au séisme majoré de sécurité (source). Un séisme un peu plus fort et ce ne serait plus seulement un problème de digue et d’eau, mais de survie des habitants à des milliers de km² à la ronde. La terre empoisonnée pour des millénaires ? Bof, tant qu’il n’y a pas de CO2…

Alors qu’Orano (plébiscitée par EDF) roucoule vertueusement que le nucléaire ne produit pas de CO2 est une manipulation grossière et criminelle, occultant volontairement les risques réels d’une catastrophe qui transformerait le pays en poubelle nationale, voire en no man’s land.

Par Phare55, publié mardi 19 novembre 2019

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-nucleaire-une-campagne-219354