Nov 26

UN RAPPORT CINGLANT SUR LA GOUVERNANCE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Analyse – Après cinq mois de travail, la Commission nationale du débat public dresse un constat très sévère sur les plans de gestion des déchets nucléaires en France. Ces plans techniques ne répondent pas aux attentes des citoyens, qui réclament d’être associés aux choix stratégiques de la filière, sans être entendus.

La participation a été faible et la défiance profonde. Voilà ce qui frappe, lundi 25 novembre, à la lecture du rapport de la Commission nationale du débat public, bilan de cinq mois de consultation des Français sur un sujet hautement sensible : la gestion des déchets nucléaires. Le débat, qui s’est tenu d’avril à septembre 2019, donnant lieu à 23 réunions, avait trait au prochain plan triennal « de gestion des matières et déchets radioactifs » dans les filières, électronucléaire, santé et défense : le PNGMDR.

Cet acronyme barbare symbolise bien ce que la commission exprime : le hiatus profond entre ce type de plan, tourné vers des arbitrages techniques de court terme et ce que souhaitent les citoyens.

Sentiment d’être trompé

Durant cinq mois, ils n’ont cessé de répéter, à cor et à cri, parfois de façon brutale (certaines réunions ont été perturbées) leur souhait d’être associés aux choix stratégiques et éthiques de la filière nucléaire. « Tout est déjà décidé », « Comment voulez-vous que l’on vous croie », « le débat est tronqué », se sont plaints nombre des 3 400 participants. « Une partie du public a le sentiment d’être trompée depuis des années (…). Le débat public tel qu’il est posé (…) trouve ici ses limites », cingle le rapport.

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Ainsi, sur tous les sujets, les mêmes frustrations : sur la saturation des capacités d’entreposage des combustibles usés, l’impact sanitaire des déchets, le transport ou, enjeu emblématique, Cigéo. La réversibilité d’un tel projet – qui prévoit l’enfouissement en couche géologique profonde des résidus les plus radioactifs en Meuse et en Haute-Marne – a été mise sur la table.

« Un mécanisme de concertation pluraliste et continu, avec des phases de bilan régulier », doit a minima être mis en place, ont jugé les citoyens. D’après le rapport, « une partie du public demande aussi que rien d’irréversible ne soit engagé et que les évolutions de fond restent possibles à chaque étape du projet ». Surtout, la question des générations futures, et de cet « héritage radioactif », a pris une large place.

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Sur l’autre sujet phare – l’entreposage des combustibles usés – « un consensus s’est dégagé (…) autour du besoin de nouvelles capacités » vers l’échéance 2030, dit le rapport.

Il ressort également du débat cette conviction du grand public : la question des déchets ne peut être dissociée de la politique nucléaire dans son ensemble.Ces déchets, souligne Greenpeace, « viennent rappeler que le nucléaire, bien que bas carbone, est une énergie qui pollue gravement et durablement l’environnement ». De son côté, la commission est claire : les décideurs « doivent apporter la preuve de la considération qu’ils accordent [au débat] et donc revoir profondément le système de gouvernance » de la filière en France.

Par Marine Lamoureux, le 25/11/2019 à 17h58

Photo en titre : Des visiteurs observant des containers destinés à recueillir les déchets nucléaires, sur le site Cigéo à Bure (Meuse). Francois Nascimbeni/AFP

https://www.la-croix.com/France/rapport-cinglant-gouvernance-dechets-nucleaires-2019-11-25-1201062624