EDF ET VEOLIA VEULENT DÉMANTELER UN PREMIER RÉACTEUR NUCLÉAIRE GRAPHITE POUR 2028

EDF et Veolia ont annoncé mardi 10 décembre une coentreprise pour le difficile démantèlement des réacteurs nucléaires à technologie graphite. Les industriels espèrent démanteler un premier réacteur graphite à Chinon (Inde-et-Loire) pour 2028.

EDF et Veolia renforcent leur alliance dans le démantèlement des réacteurs nucléaires à technologie graphite. La déconstruction de ces unités s’avère particulièrement difficile. Pour y arriver, les deux industriels ont annoncé la création d’une coentreprise baptisée Graphitech.

Six anciens réacteurs graphite en France

Il reste en France six anciens réacteurs nucléaires de type “uranium-graphite gaz” (réacteurs UNGG). Ils sont situés à Bugey (Ain), Chinon (Indre-et-Loire) et Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). Les réacteurs ont été arrêtés entre 1973 et 1994 mais n’ont jamais été complètement démantelés. Il existe dans le monde une soixantaine de réacteurs de ce type.

La déconstruction des réacteurs graphite est complexe en raison de leur conception (empilement de couches de graphite à l’intérieur du réacteur) et du volume de matériaux à évacuer, justifient dans un communiqué EDF et Veolia. À l’échelle mondiale, seuls deux réacteurs de technologie graphite de petite puissance ont été démantelés à ce jour.

En juin 2018, les deux entreprises avaient déjà annoncé un accord sur le démantèlement des UNGG français. Leur alliance se précise cette fois avec des premiers éléments de calendrier et des pistes de solutions envisagées.

Machines spéciales pour le démantèlement

Graphitech réunira les filiales Cyclife Holding d’EDF et Asteralis de Veolia. Plus précisément, l’électricien français apportera ses connaissances de l’industrie nucléaire et ses compétences d’ingénierie de démantèlement. De son côté, Veolia apportera des compétences de robotique en environnement nucléaire.

Ensemble, les deux entreprises souhaitent concevoir des machines spéciales et des plateformes d’intervention à distance pour le démantèlement : outils télé-opérés de découpe de structures complexes et de grandes dimensions en béton et métal, outils d’extraction des briques et empilements de graphite activés, design des systèmes et des bras articulés qui permettront de déployer ces outils.

Objectif 2028

Graphitech ne va pas travailler tout de suite en situation réelle. En 2022, la coentreprise doit débuter une “phase de mise au point et de qualification sur des maquettes à l’échelle 1 des outils télé-opérés”. S’ils passent cette étape, les outils pourront être utilisés pour démanteler le réacteur A2 de Chinon. “Le premier objectif de Graphitech sera de livrer à EDF un scénario optimisé pour le démantèlement du réacteur de Chinon A2 en 2028 et de proposer un programme d’essais qui permettra de tester les solutions technologiques nécessaires à la réalisation des opérations”, planifient EDF et Veolia.

Le démantèlement de l’ensemble des réacteurs pourrait être beaucoup plus long. “Les opérations de démantèlement des caissons des cinq autres réacteurs doivent débuter au plus tard en 2055”, exigeait en juillet l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Si les premiers essais sont concluants à Chinon, EDF et Veolia espèrent intervenir dans d’autres pays. “Graphitech pourra répondre donc aux besoins de la France, du Royaume Uni, de l’Espagne, de l’Italie, de la Lituanie et du Japon”, indiquent les partenaires.

Par Simon Chodorge, publié le 10/12/2019 à 15h11

Photo en titre : Les deux caissons des réacteurs nucléaires graphite de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). © ASN

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