ÉNERGIES RENOUVELABLES : LE SOLAIRE REVIENT EN FORCE

La capacité installée du photovoltaïque distribué pourrait plus que doubler d’ici à 2024, pour atteindre 530 GW.

L’Agence internationale de l’énergie prévoit une forte hausse des capacités de production d’électricité d’origine renouvelable d’ici à 2024, tirée principalement par le photovoltaïque et l’éolien.

En 2018, 26 556 térawattheures (TWh) d’électricité ont été produits dans le monde, dont 26 % provenaient de sources renouvelables. Ce chiffre devrait grimper de 55 % d’ici à 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a publié son rapport annuel, World energy outlook, le 13 novembre. Le photovoltaïque et l’éolien représenteraient plus de la moitié de cette croissance dans le scénario s’appuyant sur les objectifs énergétiques gouvernementaux. Ces deux sources pourraient fournir plus d’électricité que l’hydraulique dès 2030. Le photovoltaïque serait le principal moteur, avec 60 % des capacités de production d’électricité renouvelable supplémentaires installées d’ici à 2024.

Dans son rapport Renewables 2019, paru le 21 octobre, l’AIE relevait déjà l’essor des capacités de production d’électricité renouvelable. La puissance installée additionnelle devrait bondir cette année de 12 % (198 GW), alors qu’elle était restée stable entre 2017 et 2018 (178 GW). L’AIE prévoit 1 200 GW de capacités supplémentaires pour les énergies renouvelables d’ici à 2024, l’équivalent de la capacité totale des États-Unis aujourd’hui. Le solaire photovoltaïque (PV) devrait connaître une croissance « spectaculaire », portée à 75% par les systèmes distribués (les installations sur les toits des maisons, des bâtiments commerciaux et industriels, par opposition aux centrales photovoltaïques au sol). La capacité installée du PV distribué pourrait plus que doubler d’ici à 2024 pour atteindre 530 GW. Notamment grâce à la Chine, qui devrait dépasser l’Union européenne dès 2021 et s’imposer dans ce domaine.

« Contrairement aux idées reçues, la croissance du photovoltaïque distribué est dominée par les applications commerciales et industrielles plutôt que par le résidentiel », précise l’AIE. En effet, des installations plus grosses permettent de réaliser des économies d’échelle, diminuant ainsi les coûts d’investissement par kilowatt. De plus, les bâtiments commerciaux et industriels ont généralement besoin d’électricité le jour, correspondant à la production PV. Cela favorise l’autoconsommation et génère des économies sur la facture. Toutefois, l’AIE estime que le nombre de bâtiments résidentiels équipés de systèmes PV pourrait doubler et atteindre 100 millions d’ici à 2024, soit un quart du PV distribué.

Un « pilier » pour lutter contre le réchauffement climatique

L’éolien terrestre, avec un quart des 1 200 GW installés d’ici à 2024, arriverait derrière le PV. L’éolien en mer, lui, devrait voir sa capacité tripler en cinq ans, à 65 GW, notamment grâce aux installations dans l’Union européenne, en Chine et aux États-Unis [lire ci-dessous]. Quant à l’hydrolien et aux bioénergies, leur croissance devrait rester stable, tandis que les perspectives pour le solaire à concentration et pour la géothermie ont été réévaluées à la baisse. Des chiffres qui sont cependant insuffisants pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Et si la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité devrait passer de 26 % en 2018 à 32 % en 2025, elles resteront derrière le charbon, bien que les courbes puissent se croiser peu après 2025. « Malgré l’optimisme suscité par la COP 21, les émissions globales continuent d’augmenter, rappelle le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. Nous devons les réduire à tout prix. Et les énergies renouvelables sont un pilier pour la lutte contre le changement climatique, avec l’efficacité énergétique et les autres sources d’énergie propre. »

D’autant que la production de chaleur, qui a englouti la moitié de l’énergie consommée dans le monde en 2018, est responsable de 40 % des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Les sources d’énergie pour la produire sont en effet principalement fossiles. Le rapport Renewables 2019 montre bien que les projections ne sont pas en phase avec les objectifs actuels pour lutter efficacement contre le changement climatique. L’AIE réclame donc une plus grande ambition et un soutien politique plus fort pour favoriser l’usage de la chaleur renouvelable et améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et de l’industrie.

Éolien en mer, un potentiel immense mais inexploité

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a détaillé ses prévisions de croissance de l’éolien en mer dans un rapport présenté le 25 octobre. La capacité installée pourrait passer de 23 GW en 2018 à 342 GW en 2040, voire 562 GW selon le scénario le plus optimiste. L’électricité produite par les vents marins grimperait alors de 67 TWh aujourd’hui à 1 281 TWh en 2040, voire 2 072 TWh.

Des perspectives bien en deçà cependant du potentiel de l’éolien en mer, dont « les meilleurs sites pourraient fournir plus d’électricité que le monde n’en consomme aujourd’hui », indique l’AIE. En effet, alors que la consommation globale d’électricité était de 23 000 TWh en 2018, le potentiel technique de l’éolien en mer dans le monde est estimé à 36 000 TWh. Et ce chiffre ne concerne que les installations dans des eaux peu profondes (moins de 60 m) et proches des côtes (moins de 60 km). « En permettant d’aller plus loin des côtes et vers des eaux plus profondes, l’éolien flottant pourrait débloquer suffisamment de potentiel pour couvrir onze fois la consommation mondiale d’électricité en 2040», précise le rapport. Le Royaume-Uni s’est déjà lancé, avec le parc Hywind (30 MW), mis en service au large de l’Écosse en 2017, tandis que le Portugal a installé la première éolienne flottante du projet WindFloat Atlantic en octobre.

L’étude de l’AIE a été réalisée avec le modèle Renewables.ninja développé par l’Imperial College London et l’École polytechnique fédérale de Zurich. Les régions où la vitesse du vent est inférieure à 5 m/s ont été exclues, ainsi que les zones marines protégées ou celles à proximité de câbles sous-marins, de routes maritimes majeures, de failles géologiques propices aux séismes, de zones de pêche ou d’installations pétrolières. Pour ses estimations concernant les zones en eaux profondes et au large, l’AIE s’est limitée à celles dont le fond ne va pas au-delà de 2 000 m et situées à moins de 300 km de la côte. Néanmoins, la distance pourrait ne pas être un problème si, au lieu de transporter l’électricité par câble jusqu’à la côte, elle était transformée en hydrogène sur place, celui-ci étant ensuite acheminé par bateau.

Par Xavier Boivinet, publié le 19/12/2019 à 15h00

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