CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY : DEUX NOUVEAUX RÉACTEURS À VENIR ?

Lors de la session de l’Assemblée départementale de l’Ain à la mi-décembre, Jean Deguerry, président du département, a posé sur la table la possibilité pour la centrale nucléaire du Bugey d’accueillir une nouvelle paire de réacteurs.

Tout du moins, c’est le vœu qu’il a prononcé. « Ne passons pas à côté de l’histoire : parvenir au mix énergétique décarbonné d’ici à 2035 est un enjeu majeur pour la nation dans son ensemble. C’est aussi un enjeu pour le Bugey et l’Ain » a exprimé Jean Deguerry lors de cette session.

L’Élysée sollicite EDF

Pour rappel, en septembre, nos confrères du Monde portaient au public une lettre envoyée par le gouvernement (plus précisément Élisabeth Borne ministre de la Transition écologique et solidaire et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie) à Jean-Bernard Lévy, président-directeur-général d’EDF. À l’intérieur, une feuille de route et un calendrier pour « être en mesure de répondre à l’exécution d’un programme de construction de trois paires de réacteurs sur trois sites distincts ». La mise en place de ces réacteurs EPR (voir ci-contre) devrait se faire sur les quinze prochaines années.

Candidat volontaire !

Six réacteurs devraient voir le jour. Trois fois deux paires, en réalité. Donc sur trois sites différents. Jean Deguerry souhaite positionner la région sur l’un d’eux : « Une est déjà fléchée en Normandie, une est déjà fléchée dans les Hauts-de-France, la troisième serait pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Alors plutôt que de laisser le site de Tricastin prendre l’avantage, je veux que nous défendions notre territoire. »

Plusieurs « enjeux »

Le président de l’Ain sait que le sujet fait grincer des dents (voir ci-dessous) et a donc choisi d’anticiper, au moment de cette annonce, sur le sujet : « Ne nous trompons pas de sujet, il ne s’agit pas d’implanter ex nihilo une centrale nucléaire dans l’Ain, cela serait probablement inenvisageable. (…) Il s’agit d’un enjeu de sécurité, un enjeu industriel et économique, un enjeu énergétique majeur mais aussi, et surtout, un enjeu de pouvoir d’achat. Je me revendique tout aussi convaincu par la nécessité de nous inscrire pleinement dans la transition écologique que la plupart d’entre vous ici. Et pour moi, ce n’est nullement incompatible avec la promotion de l’énergie nucléaire qui est décarbonée et qui nous permet in fine d’afficher un prix de l’électricité raisonnable en France. »

Le vœu a été adopté par le conseil.

La réaction de l’association « Sortir du nucléaire Bugey » est à lire dans les colonnes de notre édition papier du 2 janvier 2020.

Un réacteur EPR c’est quoi ?

– Le terme EPR signifie «European Pressurized Reactor» ou « réacteur européen à eau pressurisée » en français.

– Les réacteurs EPR sont des réacteurs de troisième génération, c’est-à-dire conçus à partir des années 1990 et qui prendraient donc en compte les expériences passées (le drame de Tchernobyl, par exemple) en apportant plus de sécurité.

– Les EPR sont plus puissants, avec une puissance électrique qui atteint les 1600 mégawatts, alors que les anciens tournaient autour de 1000 MW. Puissance est-elle synonyme de danger ? Plusieurs associations en France estiment que OUI !

Par Estelle Lautrou, mis en ligne le 5/01/2020 à 13h02

Photo en titre : Le site nucléaire du Bugey se situe dans une région très peuplée, avec 1 255 000 habitants dans les 30km et 4 408 000 habitants dans les 80km.

https://www.latribunerepublicaine.fr/3400/article/2020-01-05/centrale-nucleaire-du-bugey-deux-nouveaux-reacteurs-venir