« L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN EST GELÉ»

Débat avec François Nicoullaud, analyste de politique internationale, ancien ambassadeur de France à Téhéran, recueilli par François d’Alançon.

L’Iran ne le dit pas explicitement mais s’est mis, de facto, en dehors de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, en affirmant qu’il ne respecte plus ses engagements, tout en disant qu’il pourrait les reprendre, en cas de levée des sanctions. Les Américains n’y sont pas prêts dans un délai proche et on peut donc considérer que les Iraniens sont sortis de l’accord.

Téhéran n’a pas choisi l’option maximale comme le renvoi des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ou le retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) mais une voie médiane. Les Iraniens affirment qu’ils continueront à coopérer avec l’AIEA, chargée de contrôler les sites nucléaires iraniens. Autrement dit, ils continuent à appliquer le protocole additionnel de l’AIEA qui fournit des outils supplémentaires, protocole signé mais pas ratifié par l’Iran.

Les Iraniens pourraient produire de l’uranium à 20 %

Téhéran affirme, par ailleurs, retrouver sa liberté en matière de capacité à enrichir l’uranium, de niveau d’enrichissement et de quantité de matériau enrichi, sans dire explicitement s’il va enrichir de l’uranium à hauteur de 20 %. Les Iraniens pourraient produire de l’uranium à 20 % pour alimenter un petit réacteur de recherche à Téhéran. C’est une façon pour l’Iran de ne pas s’aliéner les quelques alliés qu’il lui reste : les Européens, les Russes et les Chinois. Même s’ils n’ont pas démontré une grande efficacité pour soutenir Téhéran, ces pays pourraient lui être utiles.

L’accord sur le nucléaire iranien est donc gelé, sine die. Pour le réactiver, même avec des modifications, il faudrait un renversement de situation comme le départ de Donald Trump. On voit mal aujourd’hui le président américain, de plus en plus préoccupé par sa réélection et voulant apparaître comme un homme fort, faire des concessions, lever des sanctions et entrer dans une négociation.

Dans ce contexte, les Européens pourront difficilement jouer un rôle, réduits à un rôle de spectateurs impuissants face à la montée de l’irrationnel. Les trois pays européens signataires de l’accord, -l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni-, avaient évoqué dans le passé la possibilité de déclencher le mécanisme de règlement des conflits prévu dans l’accord de 2015, sans, toutefois, aller jusqu’au Conseil de sécurité pour demander le rétablissement des sanctions de l’ONU.

La déclaration conjointe d’Emmanuel Macron, Angela Merkel et Boris Johnson, n’évoque pas, même à mots couverts, la responsabilité américaine dans la crise. Les Iraniens y verront une nouvelle preuve de la frilosité européenne et resteront sourds aux appels à la retenue. Si le gouvernement irakien met en œuvre la résolution non contraignante, votée par le parlement irakien, sur le retrait des troupes étrangères et donc américaines, ce serait pour eux une grande victoire.

Par François d’Alançon, publié le 07/01/2020 à 07h57

https://www.la-croix.com/Monde/Laccord-nucleaire-iranien-gele-2020-01-07-1201070158