ÉLISABETH BORNE ATTEND PLUS DU PLAN EXCEL D’EDF DE SAUVETAGE DU NUCLÉAIRE

Auditionnée le 8 janvier par les commissions des affaires économiques et du développement durable de l’Assemblée nationale, la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne n’a pas fait que confirmer que ce n’est pas ce gouvernement qui déciderait du nouveau nucléaire. Elle a aussi pointé des manques à certains projets d’EDF. 

Ce n’est pas ce gouvernement qui décidera ou non de la construction de six nouveaux EPR en France. Comme elle l’avait déjà indiqué, notamment lors de la remise du rapport Folz sur les causes des dérapages de délais et de coûts du catastrophique chantier de construction du réacteur nucléaire EPR à Flamanville (Manche), le 28 octobre 2019, le gouvernement ne prendra aucune décision avant que ledit EPR ne soit mis en service. Or, EDF prévoit maintenant au mieux un chargement du combustible fin 2022, soit après les prochaines élections présidentielles en France.

Calendrier de décision confirmé

Ce n’est pas pour cela qu’EDF a un délai pour remettre sa copie sur l’EPR 2 et les conditions techniques, industrielles et de financement pour lancer un programme du nouveau nucléaire en France. Le gouvernement attend toujours pour mi-2021 le dossier d’EDF, mais aussi celui qu’elle a commandé à l’Agence internationale de l’énergie et RTE sur un scénario 100 % renouvelable, « pour que le gouvernement ait tous les éléments économiques et techniques pour prendre sa décision ».

Demande d’indicateurs de suivi du plan Excel

En réponses aux questions des députés sur son avis sur le plan Excel d’EDF pour redonner confiance dans la filière nucléaire, présenté le 13 décembre dernier, Élisabeth Borne s’est montrée moyennement enthousiaste. Elle a précisé que la filière ne présenterait son propre plan qu’en mars prochain. Elle a aussi indiqué qu’elle attendait qu’EDF fournisse des « indicateurs de performance » qui permettent de « s’assurer de la bonne mise en œuvre de ces plans dans la durée ».

Interrogé sur ce sujet lors de la présentation de son plan, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy avait expliqué que ce serait au pilote du plan – un grand industriel non issu du sérail nucléaire qu’il devait encore recruter – de fixer ces indicateurs de suivis, ainsi que les jalons précis du déroulement du plan.

Pas de technocentre à Fessenheim

Élisabeth Borne a enfin douché les ambitions d’EDF de construire un technocentre qui traiterait à l’échelle européenne les déchets métalliques issus de la déconstruction des centrales à l’arrêt, sur le site de la centrale de Fessenheim dont les deux réacteurs seront arrêtés définitivement en février et juin prochain. Pour elle ce n’est pas une piste « facilement concrétisable », notamment à cause des Allemands.

« J’ai eu des échanges avec mes homologues allemands […]. Je ne peux pas vous dire qu’il y ait des grands signes d’ouverture de la part de nos voisins sur l’utilisation d’un technocentre qui supposerait pour eux de déplacer des déchets nucléaires au-delà de la frontière », a-t-elle expliqué, avant de préciser que pour EDF, le site de Fessenheim n’était qu’un possible parmi d’autres et que toute façon elle n’avait pas « la capacité de dire aux Allemands qu’ils doivent avoir une autre conception sur le nucléaire et les conditions de gestion de leurs déchets ».

Demande de moxage du palier 1300

C’est sur le sujet des déchets du nucléaire que la ministre s’est montrée la moins précise, se contentant d’annoncer que le gouvernement rendrait ses commentaires sur le débat public sur le PNGMDR en février prochain, et annoncerait le texte du plan pour 2021. Malgré les appels du pied des députés, pas un mot sur l’épineux problème des seuils de libération des déchets à très faible activité issus du démantèlement. Et elle a réduit le problème des déchets de longue vie et des combustibles à la demande du gouvernement à EDF de rendre « moxables » les réacteurs du palier 1300 MW, c’est-à-dire apte à utiliser du combustible recyclé, le mox, produit par Orano. Or ce mox ne permet de recycler qu’une infime partie (environ 1%) du combustible. À sa décharge, si l’énergie est bien dans son ministère, c’est Bercy qui a gardé la main sur le nucléaire.

Par Aurélie Barbaux, publié le 09/01/2020 à 11H45

Photo en titre : Après Jean-Martin Floz pour son rapport sur Flamanville 3 et Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, c’était au tour de la ministre de la transition écologique, Élisabeth Borne d’être auditionnée au sujet de l’avenir de la filière nucléaire française, le 8 janvier. © capture

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