ÉLECTRICITÉ : RÉVOLUTION EN VUE DANS LE NUCLÉAIRE

Le gouvernement souhaiterait que toute la production nucléaire d’EDF soit mise à la disposition des fournisseurs à un prix fixé à l’avance.

Du nucléaire pour tout le monde. Le gouvernement a dévoilé, jeudi 16 janvier, les grandes lignes de son projet de « nouvelle régulation économique du nucléaire existant », qui vise à donner à tous les fournisseurs européens disposant de clients en France la possibilité de se fournir en électricité d’origine nucléaire.

« Hercule », le projet de scission qui agite EDF

Dans ce schéma, EDF ne serait donc plus qu’un fournisseur parmi d’autres. C’est une petite révolution qui risque de provoquer beaucoup de remous dans l’entreprise. Le document doit faire maintenant l’objet d’une consultation auprès des professionnels, avant la transmission pour avis à Bruxelles. « L’objectif est d’aller vite », assure une source gouvernementale.

Pour comprendre le projet de réforme, il faut revenir au système actuel, appelé « Arenh », (pour « accès régulé à l’électricité nucléaire historique ») mis en place en 2010 dans le cadre de la libéralisation du secteur. EDF le trouve « injuste ». Aujourd’hui, l’entreprise doit mettre à la disposition de ses concurrents 100 térawattheures de nucléaire, soit environ un quart de sa production, à un prix fixe de 42 €/MWh.

Un partage de la rente

Le nouveau dispositif prévoit que l’électricité nucléaire soit mise à disposition de tout le monde. La production nucléaire du parc existant (y compris l’EPR de Flamanville) deviendrait ainsi « un service d’intérêt économique général portant sur la protection du consommateur et du climat » : un libellé dont il n’est pas sûr qu’il convienne aux écologistes.

« Puisqu’ils ont financé dans la durée le parc dans son ensemble, il paraît légitime que les consommateurs français puissent continuer à bénéficier de l’avantage compétitif qu’il peut continuer à procurer », fait valoir le document du gouvernement. Cela reviendrait à un partage de la rente nucléaire. « Le nucléaire est présenté pour la première fois comme une infrastructure essentielle, note Jacques Percebois, économiste. C’est un changement important ».

Un prix quasiment administré

Le prix serait fixé en fonction des coûts complets du nucléaire avec une marge pour l’entreprise, sur la base des recommandations qui seraient faites par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Dans la pratique, une fourchette serait mise en place, avec une variation de plus ou moins six euros.

L’objectif du nouveau système serait aussi de coller le plus possible au prix du marché. Si, sur une année, EDF a finalement vendu son électricité moins cher que le prix de marché, les fournisseurs seront obligés de lui compenser la différence, et inversement.

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Ces mécanismes suscitent néanmoins des réserves parmi les concurrents d’EDF. « Le but de cette réforme est d’abord de sauver le nucléaire en nationalisant sa production et en lui redonnant une rentabilité grâce à un prix garanti. Mais aujourd’hui on peut trouver de l’électricité d’origine renouvelable moins chère », juge Julien Tchernia, le président d’Ekwateur.

La réorganisation d’EDF

Une réforme peut en cacher une autre. Derrière cette refonte de l’Arenh se profile inéluctablement la réorganisation d’EDF, dont un avant-projet baptisé « Hercule » a déjà été présenté à l’été 2019. Un EDF « bleu » serait créé. Contrôlé à 100 % par l’État, il comprendrait la production nucléaire et l’hydraulique. Dans l’EDF « vert », dont 35 % du capital serait en bourse, on retrouverait la vente d’électricité et les services (Dalkia notamment), mais aussi les renouvelables.

Il est plus que probable, en effet, que la Commission européenne exige, en échange de son feu vert sur la réforme de l’Arenh, une plus grande « étanchéité » entre le producteur EDF et le fournisseur EDF, reconnaît-on à Bercy. Mais le sujet est socialement explosif, avec en germe la perspective du démantèlement de l’entreprise, font valoir les syndicats.

Par Jean-Claude Bourbon, publié le 16/01/2020 à 20h31

Photo en titre : Le nouveau dispositif prévoit que l’électricité nucléaire soit mise à disposition de tout le monde. JEROME BRULEY/PHOTOPQR/EST ECLAIR/MAXPPP

https://www.la-croix.com/Economie/France/Electricite-revolution-vue-nucleaire-2020-01-16-1201072320