LA JUSTICE JAPONAISE ORDONNE L’ARRÊT D’UN RÉACTEUR NUCLÉAIRE AUTORISÉ PRÉCÉDEMMENT À FONCTIONNER

Au Japon la population comme les collectivités territoriales et la justice ont leur mot à dire dans l’existence d’une installation nucléaire. La nucléocratie nippone ne fait pas ce qu’elle veut sur la tête des habitants et de l’environnement comme en France. La Haute cour d’Hiroshima vient d’ordonner la mise à l’arrêt de la centrale atomique d’Ikata.

Ce 17 janvier 2020, un tribunal japonais a ordonné d’arrêter le réacteur nucléaire de la centrale d’Ikata (ouest du pays) pour des raisons de sécurité. Cette décision révoque une décision antérieure qui avait donné le feu vert à son fonctionnement. En effet, la Haute Cour d’Hiroshima a conclu que l’exploitant de la centrale, Shikoku Electric, et le régulateur nucléaire avaient sciemment sous-estimé le risque pour les habitants de la région d’une éventuelle éruption du volcan Aso, situé à environ 130 kilomètres de la centrale d’Ikata.

Suspendu de fonctionnement au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi, le réacteur n°3 avait été remis en fonctionnement le 27 octobre 2018, après la validation de conformité aux nouvelles réglementations édictées en 2016.

La centrale d’Ikata (伊方発電所,) située dans le district de Nishiuwa de la Préfecture d’Ehime, sur l’île de Shikoku, comporte trois réacteurs atomiques à eau pressurisée (REP) construits par Mitsubishi : Ikata 1 de 538 MWe a été mis en service en 1977, Ikata 2 de 538 MWe a été mis en service en 1981. Dans la décennie suivante un troisième réacteur de 846 MWe (Ikata 3) a été construit et mis en service en 1984. Semblables aux réacteurs construits par Westinghouse soit à Prairie Island (2 boucles de refroidissement) soit à Surry, North Anna et Robinson (3 boucles de refroidissement). Ce réacteur n° 3 était, depuis mars 2010, gorgé des produits de fission MOX fournit par Areva et identique à ce Mox qui gorgeait aussi le réacteur n°3 de Fukushima-Daïchi qui a explosé.

Les deux premiers réacteurs sont en cours de « déconstruction » depuis 2016 (Ikata 1) et 2018 (Ikata 2 ).

Le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires opérationnels avant l’accident nucléaire de Fukushima, à la suite duquel tous les réacteurs japonais étaient à l’arrêt en mai 2012. Le gouvernement japonais annonçant alors le 14 septembre 2012 l’abandon progressif du nucléaire sur 30 ans, en palliant par des mesures d’économie d’énergie, le développement de sources d’énergies renouvelables, l’utilisation des ressources maritimes et l’importation de gaz naturel. Mais dès son arrivée au pouvoir le 26 décembre 2012, le nouveau Premier ministre de droite issu des élections législatives, Shinzō Abe, décidait de faire redémarrer le parc nucléaire dès que les opérateurs se seraient adaptés aux nouvelles normes de sécurité édictées par l’autorité japonaise de régulation nucléaire, la NRA, institution créée après la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Cependant au 5 juillet 2018, seuls 9 réacteurs étaient en service (Genkai 3 et 4, Sendai 1 et 2 exploités par Kyushu Electric Power, Ikata 3 par Shikoku Electric, Takahama 3 et 4 et Ohi 3 et 4 par Kansai Electric). Tel n’est plus le cas aujourd’hui.

La nucléocratie nippone espérait que 6 autres réacteurs pourraient être redémarrés et que 24 autres réacteurs seraient potentiellement « opérationnels ». Mais sur les 42 réacteurs nucléaires théoriquement opérationnels en 2018 dans 16 centrales, seule une infime minorité a été relancée produisant à peine 3,6 % de l’électricité japonaise. Et pour cause, entre autre : les cuves de 13 de ces réacteurs nucléaires dont celles de deux unités en service, ont été en partie forgées par le même fabricant que pour Flamanville (France) où des anomalies de qualité de l’acier ont été détectées après des années de dissimulations et faux dossiers.

Source : chaîne japonaise d’État NHK.

Par Rédaction, publié le samedi 18 janvier 2020 à 15h35

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