L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE DÉNONCE ENCORE “LES DÉFICIENCES INDUSTRIELLES” DE LA FILIÈRE

L’Autorité de sûreté nucléaire réalise un premier bilan de l’année 2019. Le 23 janvier, l’ASN a fustigé les « déficiences industrielles » et « le manque de rigueur » constatés dans la filière nucléaire, tout en soulignant certaines améliorations.

Un bilan encourageant mais sévère. Jeudi 23 janvier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a présenté ses premières observations sur le déroulement de 2019, année marquée par les difficultés de l’EPR de Flamanville (Manche), les livraisons non conformes de Framatome et la publication du rapport Folz. Tout en saluant les efforts entrepris par EDF, le président de l’autorité a dénoncé les déficiences industrielles de la filière nucléaire.

L’ASN critique “un manque de rigueur” dans la filière

“Au-delà de la perte d’expérience – souvent évoquée – les contrôles réalisés par l’ASN […] ont confirmé le besoin d’un renforcement de compétences et un manque de rigueur professionnelle de certains acteurs de la filière”, juge le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, lors de ses vœux à la presse.

Selon lui, ce manque de rigueur concerne surtout les “procédés spéciaux” (soudage, traitement thermique) et la surveillance des activités par les exploitants. “Les procédés spéciaux exigent une qualification préalable pour être correctement maîtrisés. Par exemple, lorsqu’on réalise des opérations de soudage, il faut qualifier au préalable des modes opératoires pour garantir que les opérations de soudage sont réalisées correctement”, a rappelé Bernard Doroszczuk, diplômé de l’École supérieure de soudage (ESSA).

Le président relève aussi des mauvaises pratiques chez certains intervenants du nucléaire, même si elles ne sont pas généralisées : opérateurs qui usurpent l’identité d’autres opérateurs qualifiés pour intervenir, opérations de surveillance faussement déclarées comme réalisées. “C’est un manque de rigueur, voire de culture de sûreté et de culture d’entreprise”, regrette Bernard Doroszczuk.

Le plan Excell d’EDF va dans le bon sens mais…

Malgré ces défauts, l’ASN souligne “une plus grande prise de conscience” des exploitants nucléaires. Après la remise du rapport Folz sur les dérapages de la construction de l’EPR de Flamanville, EDF a été chargé par le gouvernement d’élaborer un plan de sauvetage du nucléaire français. Présenté en décembre 2019, le “plan excell” a été commenté par l’autorité du nucléaire.

“Les orientations du plan d’action récemment présenté par EDF […] vont dans le bon sens, a salué Bernard Doroszczuk. Néanmoins, il faudrait que ces orientations ne soient pas centrées prioritairement sur les projets de construction neuve en cours ou espérés par la filière mais qu’elles soient déployées sans tarder pour les travaux lourds de maintenance et de réévaluation de sûreté des installations en fonctionnement.”

Des points positifs sur la fermeture des centrales

Le président de l’ASN s’est gardé de commenter le projet Hercule d’EDF, qui consiste à redécouper le groupe en deux entités : le nucléaire d’un côté et les énergies renouvelables de l’autre. Selon des informations de presse, ce chantier pourrait ouvrir la voie à une nationalisation du nucléaire pour isoler le risque financier lié aux coûteux chantiers de la filière. “Le point sur lequel nous devons être attentifs, c’est que, quel que soit le statut des entreprises, privées ou publiques, elles consacrent suffisamment de moyens techniques et financiers à la sûreté”, a néanmoins glissé Bernard Doroszczuk.

L’ASN a également réagi à la liste des réacteurs nucléaires qui devraient fermer dans le cadre de la feuille de route de l’énergie (PPE), révélée le 20 janvier. “Tous les sites de 900 MW qui ont au moins quatre tranches sont dans la liste. On pouvait s’y attendre. Je note en revanche un point positif : cette liste favoriserait l’arrêt des tranches avec le calendrier des visites décennales.” De la même manière, le président a jugé la centrale de nucléaire de Fessenheim “bien préparée” pour son démantèlement. Ces observations seront complétées dans le bilan de l’année 2019, qui sera publié au printemps 2020.

L’ASN souhaite avoir la main sur son budget

Pour participer au redressement de la filière, l’ASN a proposé de créer “un programme budgétaire dédié à la sûreté nucléaire et à la radioprotection” qui serait dirigé par le président de l’ASN. “Aujourd’hui, les ressources de l’ASN dépendent de plusieurs programmes budgétaires qui ne sont pas sous la responsabilité de l’ASN, a fait valoir Bernard Doroszczuk. Pour l’essentiel, ils sont sous la responsabilité du ministère de la Transition écologique et solidaire. Il ne s’agit pas pour nous de modifier le montant […] mais de pouvoir avoir la main directement sur la gestion de ces crédits pour améliorer l’efficience de l’ASN

Par Simon Chodorge , publié le 23/01/2020 à 15H40

Photo en titre : Une pièce de centrale nucléaire à l’intérieur du site Framatome de Saint-Marcel (Saône-et-Loire). © D.R

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