FUITE RADIOACTIVE DANS LA CENTRALE NUCLÉAIRE DU TRICASTIN

Une fuite radioactive de Tritium atteignant jusqu’à 1150 Becquerel par litre (Bq /l) pour un maximum autorisé de 1000 Bq/l s’est produite dans l’enceinte géotechnique située sous la centrale du Tricastin. La tuyauterie d‘un réservoir d’effluents radioactifs a laissé s’écouler les rejets mortels durant deux mois sans que la moindre information au public et à la Commission Locale d’Information (Cligeet) ne soit donnée par EDF. Un appareil de mesure piézométrique à même détecté en novembre et décembre 2019 des rejets radioactifs atteignant le niveau faramineux de 5300 Bq/l.

C’est par une note laconique sur son site internet dans la soirée du 22 janvier 2020 qu’EDF-Tricastin a avoué, au détour d’une phrase, que depuis deux mois se produit une fuite radioactive importante dans l’enceinte géotechnique sous la centrale atomique du Tricastin. EDF prétend avoir déclaré le 6 novembre 2019 cet incident significatif pour l’environnement à l’ASN et à l’IRSN. Mais aucune trace de ce signalement sur les sites internet de ces organismes censés surveiller le nucléaire et protéger les populations. Rien non plus à cette date sur le site d’EDF. Pas plus d’alerte ou d’informations données à la structure censée informer la population et être tenue au courant de ce qui se passe sur ce site nucléaire. La Commission Locale d’Information des Grands Équipements du Tricastin (Cligeet) qui réunit les élus locaux et départementaux et des associations servant d’alibi à la fausse transparence n’a pas plus été informée en temps et en heure. EDF a roulé tout le monde dans la farine en faisant ses petites affaires de son côté à l’abri des regards indiscrets.

C’est la détection d’un marquage en tritium de l’eau souterraine contenue dans l’enceinte géotechnique située sous la centrale qui a révélée incidemment la fuite. Le niveau de radioactivité y dépassait les 1150 Bq /l, valeur supérieure au seuil déclaratif fixé de 1000 Bq/l en deçà duquel la centrale nucléaire est autorisée à contaminer sans prévenir personne. C’est la tuyauterie défaillante d‘un réservoir de rejets (effluents) radioactifs qui est à l’origine de cette fuite.

EDF se targue que, comme à l’accoutumé dans sa communication, cet événement a été « sans conséquence sanitaire ou environnementale » en se réjouissant que les valeurs en tritium relevées dans la nappe phréatique à l’extérieur de la centrale soient conformes aux valeurs habituellement observées. On ne saura pas quel en est le niveau « habituel » alors que le réseau piézométrique interne et externe au site comporte en principe 44 points de contrôle différents théoriquement opérationnels.

Le pire des sites nucléaires de l’hexagone

La centrale nucléaire du Tricastin, la plus vieille de France après Fessenheim, a été construite, non seulement sur une faille sismique, mais aussi en dessous du niveau du canal de Donzère-Mondragon et également sur des marnes instables. Il a donc fallu lors de sa conception et l’adaptation de la licence américaine vendue à la France par Westinghouse dans les années 70 y implanter en-dessous une enceinte géotechnique interne pour tenter de séparer et contenir les eaux souterraines de la nappe phréatique.

EDF avoue que l’un des piézomètres de l’enceinte géotechnique a mesuré des pics de radioactivité en tritium atteignant jusqu’à 5300 Bq/l et durant deux mois en novembre et décembre 2019. Comme l’activité en tritium mortel qui franchit allégrement la barrière de la peau varie en fonction des mouvements de la nappe et de la météo : les valeurs observées font du yoyo pouvant passer de 400 bq/l à 1000 Bq/l et plus. EDF reconnait que de nouvelles contaminations au tritium pourraient avoir lieu au niveau de la nappe interne dans les semaines voire les mois à venir. Beau programme et beau mutisme de l’ASN. Le business avant la sécurité sanitaire des populations et des territoires.

Rien que dans les derniers mois, EDF a dû déclarer à l’ASN d’autres incidents significatifs pour la sûreté : le 18 novembre 2019 le réacteur 1 de la centrale nucléaire du Tricastin a dépassé la concentration maximale en bore autorisée dans le circuit primaire. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 2019 c’est un dysfonctionnement des pompes utilisées pour le refroidissement du groupe turbo alternateur du réacteur n°4 qui a conduit à son arrêt en urgence (SCRAM) et sa déconnexion du réseau électrique. Ce même 11 novembre le séisme du Teil atteignait les centrales atomiques de Cruas (Ardèche) et du Tricastin (Vaucluse-Drôme) où, malgré les dénégations officielles tout laisse penser qu’il a eu des effets nocifs sur les huit réacteurs nucléaires concernés et les 10 autres installations nucléaires des sites atomiques. Un mois plus tôt, le 5 octobre au matin, c’est le réacteur nucléaire n°3 qui était mis à l’arrêt suite à une défaillance sur une pompe de graissage de la turbine en salle des machines.

Alors qu’EDF tente désespérément de faire valider la prolongation de ses vieilles casseroles nucléaires dans toute la France par la fumeuse « VD4 » (4ème visite décennale) qui engloutie des millions d’euros en pure perte : il est grand temps de mettre à l’arrêt définitif les 4 réacteurs nucléaires du Tricastin et de fermer ce site atomique mortifère.

Note

Le réseau piézométrique du CNPE compte 44 puits de contrôle ou piézomètres : 26 permettent de surveiller les eaux de l’enceinte géotechnique située sous la centrale, 18 permettent de surveiller la nappe phréatique.

Par Coordination antinucléaire du sud-est / Collectif antinucléaire de Vaucluse, publié le 30 janvier 2020 à 10h47

Photo en titre : Vue sur la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme – France) © Marianne Casamance / Wikimedia – Licence : CC BY-SA

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