L’ENFOUISSEMENT DES DÉCHETS NUCLÉAIRES EN FRANCE

ENVIRONNEMENT – La France, comme d’autres pays, prévoit d’enfouir profondément ses déchets nucléaires les plus dangereux, pour éviter les fuites radioactives. Mais une étude américaine publiée cette semaine remet en cause ce genre de conditionnement. Quel est le risque pour la France? LCI a vérifié.

La France dispose du deuxième parc de réacteurs nucléaires au monde. Nos centrales contiennent des déchets hautement radioactifs dont il faudra se débarrasser un jour. Ces déchets sont conditionnés dans des blocs de verre cristallisés coulés dans des cylindres d’acier inoxydable. Et pour assurer leur confinement, la France prévoit de les enfouir à plus de 500 mètres de profondeur, sur le site Cigéo à Bure, situé entre la Meuse et la Haute-Marne.

Mais une étude pilotée par l’université américaine de l’Ohio, publiée dans la revue Nature Materials, démontre que la corrosion du verre ou de la céramique utilisés pour confiner ces déchets peut être accélérée « dans certaines conditions« . Notamment au contact de l’eau, avec le risque de libération des éléments radioactifs. Selon l’auteur principal de l’étude, Xiaolei Guo, « cela indique que les modèles actuels ne sont peut-être pas suffisants pour garantir la sûreté du stockage de ces déchets« .

Pour évaluer le risque en France, nous avons contacté l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Celle-ci nous indique que l’étude se base sur les conditions environnementales du site de Yucca Montain dans le Nevada, envisagé un temps par les Américains comme site de stockage des déchets nucléaires.

Une étude « pas transposable » à la France

Selon l’Andra, le « contexte géologique de Bure est très différent de celui de Yucca Montain » et estime de ce fait que « l’étude n’est pas transposable » au site français.

La principale différence est que le site de Bure est constitué d’une argile homogène « stable depuis 160 millions d’années« , alors que celui de Yucca Montain est une succession de couches de roches. « Le site de Bure n’a pas été choisi par hasard. En plus de sa stabilité, il nous permettra de stocker les déchets à plus de 500 mètres sous terre, nous indique-t-on à l’Andra. Le site est quasi imperméable et à l’abri des tremblements de terre« . (NDLR : selon le Larousse, quasi signifie « presque, à peu près ». En matière de nucléaire, on ne peut pas accepter un tel degré d’incertitude !)

Ces critères sont très stricts et pour cause : les déchets dont il est question peuvent demeurer radioactifs pendant des dizaines de milliers d’années. Ils ne représentent que 2% de nos déchets nucléaires, mais ce sont les plus dangereux au monde.

Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) nous précise également dans un mail que des études sont menées « depuis de nombreuses années sur l’altération du verre dans les conditions du stockage profond Cigéo« . (NDLR : et quels en sont les résultats ?)

Du côté des associations anti-nucléaires, on estime que cette étude soulève malgré tout des questions. Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire auprès de l’organisation environnementale Greenpeace France, demande que « des études approfondies « soient faites sur le site de Cigéo pour « évaluer la stabilité du verre utilisé » sur le long terme. Car, selon lui, même si l’argile est stable aujourd’hui « rien n’indique qu’il va résister aux fissures » nécessaires pour enfouir les déchets. 

« L’eau pourrait s’infiltrer sur le long terme et il est nécessaire de s’assurer que les matériaux utilisés peuvent résister sur des échelles de temps aussi longues. »

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Par Samira El gadir, publié le 1er février 2020 à 13h59, mis à jour à 14h00

https://www.lci.fr/planete/le-conditionnement-des-dechets-nucleaires-est-il-fiable-2144332.html