RÉFORME DES RETRAITES: LES GRÉVISTES DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHOOZ N’EXCLUENT PAS UNE BAISSE DE CHARGE

Exercice nucléaire annulé et filtrage serré. En lutte contre la réforme des retraites, les agents d’EDF n’excluent pas des baisses de charges.

La semaine dernière, la CGT revendiquait 60 % de grévistes et un filtrage des entrées sur le site. Résultat : « 800 personnes en moins », selon la CGT.

Ils se verraient bien prendre le relais des cheminots. En lutte contre la réforme des retraites depuis le 5 décembre, les agents EDF de la centrale nucléaire de Chooz entendent durcir le ton. « Clairement, ce qui ressort de nos consultations, c’est d’amplifier le mouvement. La base se radicalise comme partout en France », affirme Laurent Mervaille, délégué syndical CGT Énergies.

Il faut dire que les électriciens possèdent un régime aux avantages revendiqués mis à mal, pour l’heure, par la réforme (lire par ailleurs). Si le syndicat ultra-majoritaire sur le site des Ardennes, ne mène pas une grève illimitée comme à Gravelines (Nord), il a d’ores et déjà réussi à mobiliser les troupes. Et quelques jolis coups.

Le 28 janvier dernier, l’exercice de sûreté nucléaire est annulé face à la menace d’un barrage filtrant. Pour rappel, cette simulation de crise qui a lieu tous les cinq ans impliquait forces de l’ordre, préfecture et communes à 20 kilomètres à la ronde. En début d’année, la direction a préféré annuler sa cérémonie de vœux pour éviter un tractage inopiné.

Au-delà de ces temps forts, les journées de mobilisation nationale sont bien suivies sans pour autant faire grand bruit au-delà de la Pointe. La CGT revendiquait 60 % de grévistes chez les 800 agents sous statut de la centrale la semaine dernière. « Et on en avait 150 sur le piquet. »

Pas de chiffres, mais pour le syndicaliste il est évident que le barrage filtrant a eu des répercussions sur l’activité du site. « Chooz fonctionne avec 1 100 agents par jour, on n’en a fait passer que 350. Autant vous dire qu’avec 800 personnes en moins, on ne peut pas faire tourner la boutique comme on le voudrait. Une journée d’arrêt de tranche (le site en compte deux ndlr), c’est un million d’euros de chiffre en moins pour EDF.  »

Le syndicat espère réitérer ce jeudi 6 février à l’occasion de l’appel national à la grève. Mais certains appellent à un durcissement. En assemblée générale, dans les couloirs et aux vestiaires, on ne cache pas plus la menace d’une baisse de charges. En clair, diminuer la production des deux tranches qui produisent chacune 1 500 mégawatts. 500, 600 Mw en moins, voire plus.

« Ça s’est fait il y a dix ans. Mais le mécontentement est tel qu’on nous demande d’appuyer sur le bouton, décrit Laurent Mervaille. On a un gouvernement qui ne nous entend pas, qu’est-ce qu’on a à perdre ? »

Son collègue, Karl Algarra ne l’exclut pas. « On n’est pas des kamikazes, on ne veut pas faire péter la centrale. Une baisse de charges, c’est un acte d’exploitation. Mais qui doit être contrôlé. Le danger, c’est que ce ne soit pas maîtrisé. »

Ce qui ne veut pas dire que les Ardennes seront dans le noir. « On injecte dans un réseau national, le délestage est compensé. Mais si tout le monde s’y met… » Avant d’en arriver là, les électriciens ont une occasion en or.

Le 24 février, commence un gros arrêt de tranche qui doit durer jusque fin juin. Entre appels à la grève et barrages filtrants, et une seule tranche en activité, ça risque de coincer. «  Du coup, ça “tensionne” un peu en ce moment… »

Par Manessa TERRIEN, publié le 6 février 2020

Photo en titre : La semaine dernière, la CGT revendiquait 60 % de grévistes et un filtrage des entrées sur le site. Résultat : « 800 personnes en moins », selon la CGT.

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