LE PODCAST DE LA SEMAINE: LE NUAGE, NUCLÉAIRE ET VAPEURS D’ENFER

Après l’excellente série L’Employé, la plateforme Spotify poursuit son incursion dans l’anticipation avec ce récit catastrophe. Une production haletante de Nouvelles écoutes portée par les voix d’Emmanuelle Devos et de Damien Bonnard.

Dans la région lyonnaise, le réacteur 2 de la centrale du Douvrey est en surchauffe. Impossible de le refroidir. En ce 25 août 2020, la France traverse une nouvelle période de canicule. La sécheresse interdit de pomper l’eau du fleuve. Et les nappes phréatiques sont vides. La chaleur accablante empêche les générateurs de fonctionner.

Écoutez ici les épisodes de Le Nuage

Julia Roch-Rivière (Emmanuelle Devos), la directrice de ce site, un des plus vieux de l’Hexagone, tente de gérer cette crise comme elle peut. D’autant plus que les événements dramatiques s’enchaînent. Faut-il évacuer la zone? Sur quel périmètre? La préfète ne veut pas céder à la panique. Elle devrait. Car Le Nuage, fiction audio (oui, c’est une fiction!) écrite par Zoé Babillet, Natalia Gallois et Fleure Gorre, documente avec une précision d’orfèvre l’enchaînement fatal d’un accident nucléaire sur notre territoire. À partir de scénarios tout ce qu’il y a de plus plausibles. Et pour cause, ils ont été envisagés par des experts de l’énergie.

Certes l’on a connu perspective plus riante. Surtout dans le climat anxiogène que fait régner l’épidémie de Coronavirus sur la planète. Mais on aurait tort de laisser passer ce Nuage. Parce que cette série plante ses micros dans des lieux qui génèrent tant de peurs et de fantasmes. Le travail sonore est d’ailleurs particulièrement soigné. Enregistré la plupart du temps en studio pour donner une matière la plus immersive possible, il propulse l’auditeur au cœur de l’action. L’installe derrière des portes d’habitude si verrouillées.

Déflagrations intimes

Le réalisme se propage, irradie peu à peu. Et montre ce qui aurait pu arriver à Fessenheim avant sa fermeture ou dans toutes les centrales en cours de démantèlement, celle de Brennilis, de Chinon, de Creys-Malville. Un accident précipité dans cette centrale fictive sous l’effet – auquel on ne pense pas forcément – du dérèglement climatique. «Pour représenter cette menace invisible et l’opacité qui entoure le nucléaire, l’audio apparaît comme le vecteur idéal. Hautement suggestif, le son permet de stimuler l’imagination, et dans un univers sous tension, qu’on comprend être celui d’une catastrophe nucléaire, l’auditeur créer ses propres représentations», explique à raison Aurore Meyer-Mahieu.

Réalisatrice du Nuage, elle trouve le parfait équilibre entre le drame nucléaire, un Fukushima à la française, et ses répercussions intimes, ses déflagrations humaines. Pour Julia Roch-Rivière, c’est en effet le début de la descente aux enfers. Avec des questions centrales. Quelle part de responsabilité peut-on endosser? Jusqu’où peut-on supporter le secret? Les degrés augmentent dans le réacteur comme l’angoisse dans la voix d’Emmanuelle Devos. Dans la peau d’un reporter de BFMTV, Damien Bonnard assiste en direct à ce cauchemar. Comme la directrice de Rouvrey, il se heurte à sa hiérarchie. Il est des vérités qui ne sont pas bonnes à dire. Surtout quand un Premier ministre n’a qu’une obsession: rassurer la population à grand renfort d’éléments de langage. Le récit va se déplacer. Pas le danger. À la lueur des précédents accidents atomiques, Le Nuage est traversé de nombreuses problématiques, dont celle, brûlante, de savoir si l’on a vraiment retenu les leçons des plus grandes catastrophes nucléaires de l’histoire.

Le Nuage, une production Nouvelles écoutes pour Spotify. Cinq épisodes.

Par François Aubel, publié le 6 février 2020 à 18h38

Photo en titre : Emmanuelle Devos et Damien Bonnard portent avec beaucoup de conviction cette série sur les risques nucléaires en France. Spotify

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