CHAQUE ANNÉE, DES MATIÈRES RADIOACTIVES ET NUCLÉAIRES SE « PERDENT DANS LA NATURE »

Dans la longue liste des risques et conséquences désastreuses de l’utilisation de l’énergie nucléaire, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) vient de dresser le bilan annuel des incidents liés aux utilisations malveillantes et au trafic de matières radioactives pouvant ensuite être utilisées à des fins terroristes ou militaires. Vu le nombre soutenu d’incidents chaque année, l’usage d’une « bombe sale » représente un risque.

L’Agence internationale de l’énergie atomique maintient une base de données sur les matières nucléaires et autres matières radioactives qui échappent aux contrôles réglementaires. Cette base de données – appelée ITDB – est enrichie de manière volontaire par 140 pays. C’est un outil précieux de coopération internationale : en signalant le matériel perdu ou volé à l’ITDB, les pays augmentent les chances de récupération et réduisent les possibilités qu’il soit utilisé dans des activités criminelles. Ces informations sont partagées avec l’AIEA, d’autres États Membres et les organisations judiciaires et de police internationales.

Ces données ont été rendues publiques lors de la conférence ministérielle de l’AIEA cette semaine concernant le renforcement de la sécurité nucléaire et la lutte contre la menace du terrorisme nucléaire.

2019 : 189 incidents enregistrés

En 2019, 189 incidents ont été signalés par 36 États :

  • 6 incidents ont été identifiés comme liés au trafic ou à l’utilisation malveillante de matières radioactives, à des fins militaires ou terroristes. La tendance est à la baisse depuis le pic de 20 incidents de ce type il y a une quinzaine d’années.
  • Pour les 183 autres incidents, les informations restent insuffisantes pour déterminer s’il existe un lien avéré avec le trafic ou l’utilisation malveillante.

Depuis 1993, 3 686 incidents ont été enregistrés sur l’ITDB, dont 290 impliquaient un acte confirmé ou probable de trafic ou d’utilisation malveillante. Douze de ces incidents comprenaient de l’uranium hautement enrichi et deux du plutonium.

Au cours des dix dernières années, le nombre moyen d’incidents soumis à l’ITDB a été de 185 par an.

« L’ITDB continue de recevoir des informations faisant état d’incidents impliquant des matières nucléaires potentiellement utilisables avec des armes et des sources de haute activité. Certains de ces incidents impliquent également des tentatives de vente de matériel au-delà des frontières », a déclaré Raja Adnan, directeur de la Division de la sécurité nucléaire de l’AIEA.

Lors de la conférence de cette semaine, les ministres et d’autres représentants de haut niveau de plus de 140 pays ont adopté une déclaration visant à renforcer la sécurité nucléaire mondiale, y compris un engagement spécifique « à lutter contre le trafic illicite de matières nucléaires et autres matières radioactives et à garantir que ces matières ne puissent pas être utilisées par des acteurs non étatiques à des fins malveillantes.« 

C’est principalement la sécurité et la surveillance lors du transport qui doivent être renforcées alors que des matières radioactives continuent d’être signalées comme volées ou manquantes…

Le risque de la « bombe sale« 

Outre le trafic de matières nucléaires à des fins militaires vers des pays qui ne sont pas en capacité d’enrichir eux-mêmes leur uranium, c’est le terrorisme qui inquiète et notamment la fabrication puis l’utilisation d’une « bombe sale« . « La bombe radiologique ou dispositif de dispersion radiologique (DDR) est une bombe non conventionnelle, entourée de matériaux radioactifs destinés à être répandus en poussière lors de l’explosion. Cette explosion a donc l’intensité thermique et mécanique d’une bombe conventionnelle, mais dissémine autour d’elle des éléments radioactifs qui auront des effets à long terme. Le but principal n’est donc pas de détruire, mais de contaminer une zone géographique et les personnes présentes en son sein par des radiations directes (premier effet) et l’ingestion et l’inhalation de matériaux radioactifs. (Wikipédia).

Le risque d’explosion d’une « bombe sale » ne réside donc pas dans le nombre de morts ou de personnes contaminées, qui resterait très limité, mais plutôt dans la panique, la peur et la paralysie que cela entraînerait.

En effet, l’explosion d’une « bombe sale » dans une grande ville ferait immédiatement l’objet d’une surenchère médiatique qui induirait une psychose dans la population qui fuirait le territoire contaminé. Cette zone devrait alors être entièrement vidée de ses habitants puis nettoyé méthodiquement, ce qui pourrait nuire à l’activité économique et sociale tout en marquant profondément les esprits. C’est pour cette raison que les DDR sont aussi appelées « armes de bouleversement social« .

Publié le 13 février 2020 à 15h43

Photo en titre : Ligne de Rouxmesnil à Eu, Martin-Église (Seine-Maritime), P.N.n°1, passage d’un wagon de combustible nucléaire tiré par la machine 460003
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