ARRÊT FORCÉ DE LA CENTRALE, RETARDS DE L’EPR… À FLAMANVILLE, LA MALÉDICTION DU NUCLÉAIRE

Les deux réacteurs de Flamanville, dans la Manche, ne fonctionnent plus depuis des mois. Une mise à l’arrêt ordonnée par le gendarme du nucléaire qui a jugé l’état de la centrale préoccupant.

À Flamanville (Manche), EDF continue à empiler mauvaises nouvelles et indicateurs préoccupants. Bien sûr, il y a le chantier EPR, son budget prévisionnel presque multiplié par quatre et surtout ses dix ans de retard, puisque ce réacteur nouvelle génération qui devait être opérationnel en 2012, ne démarrera pas — au mieux! — avant fin 2022.

Mais ce n’est pas tout. Les deux réacteurs historiques sont aujourd’hui à l’arrêt : le premier depuis quatre mois alors qu’il avait déjà été arrêté près d’un an en 2018 ; le second depuis treize mois. Bref, il ne sort plus le moindre mégawatt de cette centrale depuis plusieurs mois et au moins jusqu’en avril prochain !Comment en est-on arrivé là? Fin 2018, il y a eu un arrêt décennal sur le premier réacteur. Une opération tout à fait normale qui consiste à la fois à assurer la maintenance du réacteur et à actualiser les normes de sécurité. Toutefois, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme de la filière, a dès ce moment-là signalé différents dysfonctionnements qui ont amené EDF à prolonger cet arrêt.

Des contrôles pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Pire, après avoir été relancé, ce premier réacteur a dû être à nouveau arrêté à la suite de la découverte d’importantes traces de corrosion sur les diesels de secours, des éléments majeurs de la sûreté nucléaire, notamment en cas de séisme. La même corrosion a été détectée simultanément sur le deuxième réacteur de la centrale, qui s’est trouvé lui aussi à l’arrêt…« C’est une succession d’aléas techniques qui font partie de la vie d’une centrale. Et toutes ces opérations vont bientôt permettre aux réacteurs de fonctionner à nouveau pendant 10 ans… » tente de relativiser EDF.Mais le rapport de l’ASN est loin d’être aussi serein : « La situation rencontrée sur le site était préoccupante. Nous avons constaté une récurrence anormale de dysfonctionnements qui nous a amenés à placer cette centrale dans un dispositif assez rare de surveillance renforcée », explique Adrien Manchon, chef de la division de Caen (Calvados) de l’ASN. Autrement dit : les contrôles du gendarme nucléaire vont se multiplier pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Et, en tout état de cause, les réacteurs ne pourront pas redémarrer sans son feu vert, au plus tôt le 31 mars.

L’inquiétude des associations environnementales.

Quant aux associations environnementales, elles ont immédiatement fait part de leur inquiétude : « Ce qui nous préoccupe le plus, c’est le suivi de ces installations. Les corrosions dont on parle ne sont pas arrivées du jour au lendemain. Ce que cette situation met au jour, c’est donc un problème grave soit de mauvais suivi depuis des années, soit de manque de personnel. En tout cas, il y a de quoi s’inquiéter. Sans compter que chaque jour d’arrêt supplémentaire coûte au contribuable des centaines de milliers d’euros », explique Guy Vastel, membre de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro).Un dernier argument qu’EDF conteste : « Ces arrêts vont permettre d’assurer la production des réacteurs dans les années à venir. Ce n’est donc en aucun cas un investissement à perte. »

Reste la question majeure des conséquences de ces arrêts sur la fourniture générale d’électricité au pays. Là encore, EDF se veut rassurant : « Nous disposons d’un mix énergétique, c’est-à-dire de la possibilité de recourir à d’autres énergies, notamment renouvelables, qui ont permis de pallier ces arrêts pendant les périodes de froid cet hiver ». (NDLR : le renouvelable au secours du nucléaire défaillant ! Ironie de l’histoire…)

Par Bertrand Fizel, notre correspondant à Cherbourg (Manche), publié le 17 février 2020 à 16h18

Photo en titre : La centrale de Flamanville (Manche) ne produit plus d’énergie depuis plusieurs mois et au moins jusqu’en avril. LP/Olivier Arandel

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