UN EXPERT EN DÉSARMEMENT RÉPOND À MACRON: «L’ABOLITION DU NUCLÉAIRE, C’EST UN VŒU PIEUX»

Macron a livré sa nouvelle vision pour la France et le monde du désarmement et de la dissuasion nucléaire. Un discours «inédit», d’après Benjamin Hautecouverture, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Il analyse cette nouvelle posture, qu’il juge irréaliste, au micro de Rachel Marsden.

Emmanuel Macron n’a pas mâché ses mots en décrivant la nouvelle approche française du désarmement et de la dissuasion nucléaire. Pour Benjamin Hautecouverture, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, spécialiste du désarmement et de la dissuasion nucléaire, c’est la première fois qu’un Président de la République touche à l’aspect moral et éthique des armes nucléaires dans un discours.

Cependant, Hautecouverture explique pourquoi le désarmement au niveau mondial est actuellement bloqué:

«L’abolition, le “global zéro”, l’arrivée à zéro arme, pour le moment, c’est un vœu pieux. Pour le moment c’est une illusion parce qu’on ne sait pas faire. On ne sait pas vérifier un désarmement total. On ne sait pas garantir que d’autres États ne tricheront pas. Donc pour le moment, le désarmement est un processus, mais pas une fin en soi

L’expert explique qu’en fait, le désarmement nucléaire avance actuellement dans le sens inverse de celui souhaité par Macron:

«Le désarmement nucléaire aujourd’hui ne progresse plus. Les États-Unis et la Russie sont sur une queue de comète, qui est la mise en œuvre du traité New Start, et qui arrivera à sa bonne fin en février 2021. À part ça, les autres États dotés d’armes nucléaires ont cessé de désarmer au sens quantitatif du terme.»

Hautecouverture explique qu’il y a également «un certain nombre d’États pour lesquels le nucléaire est très clairement une garantie de survie au sens direct du terme», notamment comme assurance contre une tentative de changement de régime.

L’expert évoque l’exemple de pays de l’Europe de l’Est, qui se dotent de davantage d’armes conventionnelles. Ces pays se dotent par exemple d’avions de chasse américains achetés avec des fonds de l’Union européenne, à cause de leur perception d’une possible menace russe: «Le problème de perception –ou de mauvaise perception– traduit un problème plus fondamental de manque de confiance. Et ce manque de confiance est alimenté par l’absence de cadre juridique et de procédure d’inspection et de vérification. C’est le “trust, but verify” [la confiance n’exclut pas le contrôle, ndlr] de Ronald Reagan. Et quand vous n’avez plus les outils et que par ailleurs, vous avez une défiance politique, voire historique assez forte, rien n’empêche de penser que l’on est à l’orée d’une nouvelle course aux armements.»

Par Rachel Marsden, publié le 19 février 2020 à 11h07

Photo en titre : F-35: «une fois de plus» la Pologne achète américain. © CC0 / skeeze

Pour écouter Rachel Marsden à la radio (27mn46s) qui interroge Benjamin Hautecouverture, cliquer sur : https://fr.sputniknews.com/radio_desordre_mondial/202002191043093322-un-expert-en-desarmement-repond-a-macron-labolition-du-nucleaire-cest-un-vu-pieux/