CE N’EST PAS À FESSENHEIM MAIS AU TRICASTIN QUE SE JOUE L’AVENIR DU PARC NUCLÉAIRE D’EDF

Construite pour une durée de vie de quarante ans, la centrale de Fessenheim a rempli sa mission. Sa fermeture en 2020, suite à une décision politique, affranchit EDF des lourds travaux nécessaires pour la faire fonctionner jusqu’à cinquante voire soixante ans, comme ils sont en cours au Tricastin.

Comme annoncé, le samedi 22 février, le réacteur 1 de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus ancienne du parc nucléaire français, sera définitivement arrêté. Le second le sera le 30 juin 2020. Le décret autorisant la fermeture de la centrale nucléaire, paraphé mardi 18 février par le Premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne, est paru mercredi 19 février au Journal officiel.  

Il ne s’agit pas d’une fermeture anticipée. Certes, la centrale de Fessenheim produit encore de l’électricité et ses réacteurs « sont en très bon état« , assure EDF. Mais, mise en service en 1977, elle a déjà dépassé les quarante ans sans avoir à passer de quatrième visite décennale ni à construire de diesels d’ultime secours, comme exigé pour les autres centrales, suite à la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011.

Produire au-delà de 40 ans

Quarante ans, c’est la durée de vie initialement prévue pour les centrales nucléaires françaises lors de leur construction. Même si le système français, qui impose une visite décennale pour chaque réacteur pour lui permettre de continuer à fonctionner, aurait pu lui permettre de produire encore dix à vingt ans de plus, comme EDF le prévoit pour les autres centrales du parc.

Ce processus de prolongation, EDF l’a entamé en juin 2019 à la centrale du Tricastin (Drôme) au bord du Rhône, dont le réacteur numéro 1 vient de passer avec succès sa quatrième visite décennale et a redémarré le 23 décembre 2019. Selon EDF, la centrale a même déjà obtenu « un passeport » de l’Autorité de sureté du nucléaire (ASN) pour fonctionner jusqu’à cinquante ans. En fait, EDF n’a pas encore réalisé tous les travaux nécessaires, prévus pour 2023, qui lui permettraient d’obtenir le « OK » définitif de l’ASN. Cette dernière pourrait, sur la base d’un rapport remis par EDF sur ce qu’il a prévu de faire, demander des travaux supplémentaires.

34 réacteurs à prolonger

Un chantier important, car EDF va devoir le répéter pour prolonger de quarante à cinquante ans les 34 réacteurs nucléaire du palier 900 MW. Des opérations qui coûteront au total 7 milliards d’euros. Leur objectif est triple. Il s’agit d’abord de contrôler que les équipements, notamment la cuve, peuvent fonctionner dix ans de plus, d’effectuer les opérations exceptionnelles de maintenance nécessaire à la prolongation et d’opérer des travaux d’amélioration de sûreté post Fukushima. Des travaux que l’Autorité de sûreté nucléaire validera.

Au Tricastin, le chantier coûtera au total 250 millions d’euros. Il comprend le contrôle de la solidité et de l’étanchéité de la cuve du réacteur, une mise à l’épreuve hydraulique du circuit primaire de vapeur et d’une épreuve d’étanchéité de l’enceinte en béton et le remplacement du rotor de l’alternateur. De nouveaux équipements d’évacuation de puissance et de refroidissement en cas d’accident dans le bâtiment du circuit secondaire ont été ajoutés. Restent à réaliser les importants travaux post Fukushima de la construction d’un récupérateur de corium (cœur en fusion) en béton, sous la cuve.

À noter que le système français est différent de ce qui se pratique dans l’autre grand pays du nucléaire civil, les États-Unis, où les centrales nucléaires avaient une autorisation de produire de quarante ans, prolongée déjà pour la plupart à soixante, voire quatre-vingt ans.

Par Aurélie Barbaux , publié le 19/02/2020 à 12H54

Photo en titre : EDF a réalisé la 4e visite décennale du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Tricastin (Drôme) entre juin et décembre 2019, mais doit encore réaliser des travaux pour avoir l’autorisation définitive de l’ASN pour être prolongé à 50 ans. © aurélie barbaux

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