LES DÉCHETS DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM VIENDRONT DANS L’AUBE

Il faudra quinze ans pour démanteler les deux réacteurs de la centrale nucléaire alsacienne. Les premiers déchets radioactifs arriveront dans les centres de stockage aubois en 2025.

 « Des déchets provenant de Fessenheim, on en reçoit déjà depuis des années, comme d’ailleurs de toutes les centrales nucléaires dans le cadre de leur fonctionnement habituel. Y compris des sites déjà en phase de démantèlement. Pour nous, c’est la vie de tous les jours », déclare Patrice Torres. Pour le directeur des sites de l’Andra situés à Soulaines (centre de stockage de l’Aube, le CSA) et à Morvilliers – La Chaise (centre industriel de regroupement d’entreposage et de stockage, le Cires), le démantèlement de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) n’est pas un événement.

« C’est surtout un événement médiatique parce qu’il relève d’une décision politique controversée. Mais nous recevons déjà dans l’Aube les déchets de neuf sites actuellement en phase de démantèlement. Ainsi, par exemple, le réacteur de la centrale de Chooz (Ardennes) est en fin de démantèlement. Nous recevons ses déchets depuis 2006. Ce sera donc la même chose pour Fessenheim », poursuit-il.

Seulement 10 % des déchets de Fessenheim sont radioactifs

S’agissant justement de la centrale de Fessenheim, ne viendront dans l’Aube que les déchets radioactifs.

« Lors d’un démantèlement, 90 % des volumes sont des déchets conventionnels qui n’iront pas à l’Andra parce qu’ils ne sont pas radioactifs. Sur les 10 % radioactifs restants, deux tiers sont des déchets TFA, de très faible activité radioactive, qui iront au Cires, et un tiers sont des déchets de faible et moyenne activités à vie courte qui viendront à Soulaines. Moins de 1 %, soit quelques tonnes, consistera en des déchets de moyenne activité à vie longue qui iront plus tard à Bure », décrypte Patrice Torres. En tout cas, les déchets radioactifs ne vont pas arriver dans l’Aube dans l’immédiat. La procédure de démantèlement passe d’abord par le déchargement du combustible, la vidange des circuits et le démantèlement résulte ensuite d’un décret. « Il faut effectivement sortir le combustible des réacteurs et le mettre à refroidir en piscine. Une partie sera d’ailleurs réutilisée pour faire du combustible. Ce combustible représente 99 % de la radioactivité d’une centrale ».

Les études pour le démantèlement de Fessenheim vont durer près de cinq ans. Ce n’est donc pas avant 2025 que les premiers déchets liés à ce chantier arriveront à Soulaines et à Morvilliers-La Chaise. Il faudra compter près de 9 000 m3 de déchets par réacteur, soit 18 000 m3 pour les deux réacteurs de Fessenheim. In fine, cela représentera 12 000 m3 de déchets pour le Cires et 6 000 m3 pour le CSA.

Cela peut paraître considérable, ça n’impressionne pourtant pas Patrice Torres. « Il faut savoir que, chaque année, nous accueillons au Cires de 25 000 à 35 000 m3 de déchets, et au CSA, environ 10 000 m3. Autant dire que les capacités actuelles des deux sites aubois sont largement suffisantes », précise-t-il.

Quinze ans pour démanteler Fessenheim

Suffisantes, mais pas pour le Cires. Pour rappel, la capacité totale du CSA de Soulaines est prévue pour 50 à 60 ans de fonctionnement. Quant au Cires, il atteindra sa capacité totale d’ici huit à dix ans. D’où le projet en cours d’une demande d’extension de 50 % de sa capacité pour 2022, sans extension du périmètre du site. Cela permettra de passer de 650 000 m3 à 900 000 m3.

Au total, il faudra compter une quinzaine d’années pour démanteler Fessenheim. « Ce travail, on sait le faire. Avec Chooz, nous avons un bon retour d’expérience. On reçoit des gravats, des déchets métalliques, des filtres, et même des couvercles de cuves et des générateurs de vapeur ». Au centre TFA, ces déchets sont stockés dans des alvéoles dédiées, recouvertes de gravier ou de béton. Au centre CSA, une cuve arrive déjà prise dans une enveloppe en acier, avec renforcement, le tout pesant une centaine de tonnes. L’ensemble est ensuite injecté dans le béton. Demeurent encore aujourd’hui quelques interrogations sur les volumes exacts de déchets. « Car les volumes annoncés s’inscrivent dans la réglementation actuelle. Dans le cadre de la gestion future des déchets nucléaires, il est envisagé une valorisation de certains déchets métalliques qui pourraient être fondus et transformés en lingots d’acier afin d’être réutilisés », confie Patrice Torres. Les volumes stockés s’en trouveraient alors diminués.

Quoi qu’il arrive, martèle encore le directeur des centres aubois de l’Andra, « le CSA est assez grand pour accueillir les déchets des quatorze réacteurs qui vont être démantelés ces prochaines années ».

Quid du projet de nouveau centre ?

Dans l’Aube, il est toujours prévu de créer un centre d’accueil pour les déchets radioactifs de faible activité à vie longue (FAVL). Un calendrier plus souple serait d’actualité, autrement dit, il n’y aurait pas d’urgence. Un travail est en cours sur le classement de ce type de déchets.

Le nouveau site pourrait accueillir à la fois des déchets FAVL et des déchets TFA (très faible activité). Le site, a priori prévu du côté de Morvilliers, pourrait recevoir les premiers déchets au milieu des années 2030.

Par Jean-François LAVILLE, publié le 2/03/2020 à 03h39

Photo en titre : Une cuve provenant d’un réacteur nucléaire, avec son enveloppe en acier, peut atteindre cent tonnes lorsqu’elle arrive au centre de stockage de l’Aube. – Photo Andra

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