NUCLÉAIRE: CHER DÉMANTÈLEMENT…

La fermeture du réacteur numéro 1 de la centrale de Fessenheim a eu un mérite : rappeler que les installations nucléaires françaises ont vocation à être arrêtées un jour.

Qu’elles soient civiles ou militaires, qu’il s’agisse de réacteurs ou d’unités de retraitement des combustibles nucléaires, elles seront arrêtées à terme en raison de leur vieillissement ou de l’absence de rentabilité. Un arrêt qui n’est pourtant pas synonyme de fermeture immédiate. Un long processus de démantèlement s’engage en effet, dont la Cour des comptes vient de souligner l’importance du coût dans un très récent rapport. Un point à ne pas occulter lorsqu’on s’intéresse au coût complet des sources de production d’électricité de notre mix énergétique…

Un processus complexe

La loi oblige les exploitants d’installations nucléaires à réaliser leur démantèlement, c’est-à-dire à atteindre un état final prédéfini où les substances radioactives ont été évacuées des sites. Un démantèlement complexe, impliquant des opérations de démontage, d’assainissement des sols, de traitement, de conditionnement, d’évacuation de déchets radioactifs. Au sein de la « première génération » d’installations civiles, 36 d’entre-elles sont en cours de démantèlement et 33 ont déjà été complètement démantelées. Pour les 58 réacteurs électronucléaires civils de « deuxième génération« , dont la puissance est largement supérieure à celle des réacteurs de première génération (63,2 GW contre 2,8 GW au total), les arrêts définitifs devraient s’étaler sur les prochaines décennies. Ils auront lieu dans un cadre défini par la loi de transition énergétique pour une croissance verte (LTECV) du 17 août 2015, qui a fixé un objectif de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité. Cette part, de plus de 72 % en 2018, ne doit pas dépasser 50 % d’ici à 2035. L’arrêt des réacteurs de la centrale de Fessenheim s’inscrit dans ce cadre. La première d’une longue série.

Des coûts qui s’envolent

Or comme le souligne la Cour des comptes, les démantèlements en cours connaissent d’importantes dérives de coûts. Ils concernent des installations souvent anciennes dont l’historique d’exploitation est généralement mal connu. Entre 2013 et 2018, les devis correspondants ont ainsi été quasiment doublés pour EDF (+ 4,5 milliards d’euros) et ont augmenté de plus de 25 % pour le CEA (+ 3,2 milliards d’euros) comme pour Orano (+ 1 milliard d’euro). Pour EDF et Orano, la contrainte financière liée aux démantèlements repose principalement sur l’obligation de provisionner les charges futures correspondantes et d’assurer leur couverture par des actifs dédiés. Alors que la démarche de référence préconisée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) repose sur un assainissement « complet », les exploitants peuvent mettre en œuvre des démarches d’assainissement dit « poussé« , moins contraignant. Les délais prévisionnels des démantèlements en cours s’allongent alors, ce qui augmente les montants des devis à terminaison, du fait du maintien de charges d’entretien, de surveillance et d’exploitation. Bref, une facture qui s’alourdit finalement.

Autant d’éléments à intégrer dans le débat relatif à l’évolution de notre mix énergétique et des coûts comparés des énergies « vertes » au regard de l’électronucléaire. Un sujet sensible, au regard des débats enflammés qui animent les réseaux sociaux dès que l’on ose aborder la question du nucléaire. Mais qui ne peut être esquivé.

Par Julien Fosse, publié le 12/03/2020 à 11h00

Note sur l’auteur : Julien Fosse est docteur vétérinaire, spécialisé en santé publique, et docteur en biologie. Il a travaillé dans le secteur public sur des questions de recherche, d’alimentation et d’agriculture avant de rejoindre le département développement durable et numérique de France Stratégie.

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