UNE GUERRE NUCLÉAIRE, MÊME LIMITÉE, CAUSERAIT LA PLUS GRANDE FAMINE DE L’HISTOIRE MODERNE

En utilisant seulement 1 % des armes existantes, des dizaines de millions de personnes pourraient mourir de faim

Une nouvelle étude de la Rutgers University (New Jersey) montre qu’une guerre nucléaire régionale provoquerait une famine à l’échelle mondiale.

Une infime partie des stocks d’armes mondiaux pourrait provoquer un « hiver nucléaire »

La Rutgers University, implantée dans le New Jersey, vient de rendre les conclusions d’une étude inédite : en se basant sur l’hypothèse d’une guerre nucléaire entre l’Inde et le Pakistan – soit une guerre extrêmement localisée -, les conséquences pour l’ensemble des pays du monde seraient désastreuses. Ces inquiétudes ne sont toutefois pas nouvelles, puisqu’en 2013 déjà, l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), par ailleurs lauréate du prix Nobel de la paix en 1985, avait conclu dans un rapport qu’une guerre nucléaire localisée provoquerait une destruction des récoltes et une grave crise alimentaire mondiale.

Alan Robock, professeur à l’université de Rutgers et co-auteur de la nouvelle étude publiée le 16 mars, confirme donc que, « aussi horribles que soient les conséquences directes que causeraient des armes nucléaires, un nombre plus important de personnes pourraient mourir en dehors des zones cibles à cause de la famine ». Comme le rappelait Sciences et Vie, des études dès 1982, côté américain et soviétique, prédisaient un « hiver nucléaire » en cas de guerre atomique. En d’autres termes, la poussière éjectée dans l’atmosphère par les explosions nucléaires bloquerait le rayonnement solaire, stoppant la photosynthèse et refroidissant gravement le climat terrestre. En utilisant seulement 100 armes atomiques, 5 millions de tonnes de suie pourraient ainsi être propulsées dans l’atmosphère. Selon une étude publiée par Robock dans Science Advances, plus de 100 millions de personnes pourraient être tuées immédiatement par une guerre nucléaire régionale, au sein de cette même région donc, mais les conséquences environnementales provoquées par les poussières radioactives conduiraient à un refroidissement général de la planète de 1,8 degré Celsius (2 à 5 degrés Fahrenheit), 15 à 30 % de précipitations en moins et 20 à 35 % d’ensoleillement en moins. L’absence de précipitations conduirait donc à une baisse significative des récoltes de blé, soja, maïs, riz…

Un scénario pas si hypothétique, au vu de la situation actuelle

Selon Robock, le scénario selon lequel 5 millions de tonnes de suie seraient propagées dans l’atmosphère date d’il y a déjà une dizaine d’années. Aujourd’hui, le chiffre le plus proche de la réalité serait plutôt 16 millions, du fait de l’évolution des capacités nucléaires de l’Inde et du Pakistan. L’actualité a plutôt tendance à démontrer que ce risque existe fortement : en 2019, le conflit indo-pakistanais a été renouvelé à cause de la décision de l’Inde de révoquer l’autonomie du Jammu-et-Cachemire, provoquant la colère du Pakistan, qui souhaite prendre le contrôle de cette région. Cela a mené le Premier ministre pakistanais à menacer l’Inde d’une guerre nucléaire en pleine tribune des Nations unies.

La menace nucléaire est plus que jamais présente : malgré la signature de l’accord sur le nucléaire iranien, aussi appelé traité de Vienne, en 2015, qui prévoit un contrôle sur le programme nucléaire de la République islamique en échange de la levée des sanctions économiques qui pèsent sur le pays des mollahs, les conflits et crispations entre États restent extrêmement forts. Ainsi, en 2018, les tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord ont réellement fait craindre une guerre atomique, avant que Kim Jong-un n’annonce, du moins officiellement, la fin de ses essais nucléaires. Donald Trump a quant à lui fait sortir les États-Unis de l’accord de Vienne, signé par son prédécesseur Barack Obama. Il s’est enfin retiré du traité de Washington, aussi appelé Traité FNI, signé en 1987 entre les États-Unis et l’URSS et qui prévoyait l’élimination des forces nucléaires à portée intermédiaire, en d’autres termes qui limite la taille et la portée des armes nucléaires autorisées. En réponse, Vladimir Poutine a annoncé, en 2019, le retrait de la Russie de ce même accord.

Les tensions actuelles dans le monde peuvent faire craindre une guerre nucléaire. Même si ces dernières sont localisées et n’utilisent qu’une infime minorité des armes existantes, les conséquences seraient absolument désastreuses pour l’ensemble de la planète. Face aux immenses risques que font courir les équipements nucléaires, peut-être la solution serait-elle, comme certains scientifiques le souhaitent, l’abolition totale de ces armes de destruction massive.

Source : Eureka alert

Par Marine Guichard, le 23 mars 2020

Photo en titre : Romolo Tavani / Shutterstock.com

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