[COVID-19] COMMENT EDF FAIT FACE À LA BAISSE DE 15 % DE LA CONSOMMATION ÉLECTRIQUE

La crise sanitaire du coronavirus a entraîné une chute de la consommation électrique de 15 %. Une situation qui met à rude épreuve la résilience d’EDF et du gestionnaire de réseau RTE.

« L’énorme bouleversement causé par la crise du coronavirus a mis en évidence à quel point les sociétés modernes dépendent de l’électricité », écrit Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un article publié le 23 mars sur LinkedIn et sur le site de l’agence. Il y rappelle notamment que nos sociétés s’appuient toujours plus sur le numérique, dépendant de l’électricité dont la sécurité d’approvisionnement devient « le fondement de la prospérité et de la stabilité ».

Chute de 15% de la demande

Pour garantir cette sécurité, Fatih Birol appelle les gouvernements à agir sachant que dans les pays ayant pris de fortes mesures de confinement en réponse au coronavirus, et pour lesquels l’AIE dispose de données, « la demande d’électricité a diminué d’environ 15 %, en grande partie en raison de l’arrêt des activités des usines et des entreprises ». Or, en Espagne, en Californie, mais aussi en France, lorsque « la demande d’électricité diminue rapidement alors que les conditions météorologiques restent les mêmes, la part des énergies renouvelables variables comme l’éolien et le solaire peut devenir plus élevée que la normale », rappelle aussi le directeur de l’AIE. Les énergies renouvelables, non pilotables en attendant un développement massif du stockage sur batterie ou hydrogène, sont en effet prioritaires sur les réseaux électriques.

Plus de renouvelables sur les réseaux

Ainsi en France, sans dépasser le record enregistré en juin 2019, le vendredi 20 mars 2020 à 18h30 l’éolien représentait 46,6 % de la production électrique sur le réseau. Pour RTE, le gestionnaire du réseau électrique national, il n’y a pour l’instant pas de problème. Il continue à pouvoir équilibrer à la seconde l’offre et la demande, se préparant à une montée en charge des renouvelables qui devrait peser 50 % de la production française en 2035. Mais le président de l’AIE le reconnaît lui-même : « la récente baisse de la demande d’électricité a fait avancer rapidement de dix ans certains systèmes électriques, leur donnant soudainement des niveaux d’énergies éolienne et solaire qu’ils n’auraient pas eus autrement sans une autre décennie d’investissements dans les énergies renouvelables ».

Une source de flexibilité en moins

Si les réseaux sont bien outillés en solutions de flexibilité pour gérer les pointes de consommation – en actionnant divers outils comme l’effacement (coupure dans les entreprises), microcoupures de réseau, microbaisses de tension… -, « le ralentissement brutal de l’activité industrielle et commerciale dans une grande partie de l’Europe prive également les réseaux électriques d’une source de flexibilité essentielle », rappelle Fatih Birol. Or « certaines des pannes les plus médiatisées de ces derniers temps ont eu lieu pendant des périodes de faible demande ».

Les grandes centrales moins sollicitées

En cas de sous-consommation, c’est auprès des producteurs d’électricité centralisée, nucléaire et thermique, qu’ils agissent. Conséquence, pour un électricien comme EDF, ce n’est pas le décalage de règlement des factures électriques des indépendants et TPE qui va peser sur son bilan, mais l’obligation de moduler sa production nucléaire. De plus, à cause du confinement, EDF a aussi annoncé qu’il suspendait des opérations de maintenance des installations de production et allait remettre à plat son programme d’arrêts de tranches. L’hypothèse de production nucléaire en France pour 2020, qui était entre 375 et 390 TWh, serait donc revue à la baisse.

EDF encaisse le choc

« EDF peut tenir le choc, affirme Jean-Bernard Lévy, le PDG du groupe. Selon lui, il dispose d’une position de liquidités de 22,8 milliards d’euros et de lignes de crédits bancaires non tirées de 10,3 milliards d’euros« , indique-t-il dans un courrier publié lui aussi sur LinkedIn, le 25 mars. Et « la baisse de la demande en électricité devrait avoir un impact financier relativement limité sur les activités de fourniture et de distribution. De même, la suspension provisoire de l’encaissement des facturations aux micro-entreprises en difficulté ».

Réduction de la production nucléaire

Le groupe a néanmoins dû lui aussi s’organiser pour faire face au confinement. La présence des salariés dans les unités de production nucléaire, hydraulique et thermique est limitée au « strict minimum » et « nous gardons en réserve des équipes compétentes au cas où certains seraient empêchés de venir au travail », explique Jean-Bernard Levy. Précisant de plus que les équipes de sa filiale Dalkia « assurent leurs missions techniques dans les hôpitaux » et que celles d’Enedis continuent d’assurer la gestion et la maintenance du réseau de distribution.

Activation du plan de continuité d’activité groupe

EDF a aussi pu doter en matériel informatique la quasi-totalité de 60 000 salariés qui peuvent travailler depuis leur domicile, et a augmenté les capacités d’accueil à distance de ses serveurs, afin qu’ils puissent se connecter simultanément.

Par Aurélie Barbaux, publié le 25 mars 2020

Photo en titre : EDF va revoir à la baisse ses prévisions de production nucléaire pour 2020. © DR

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