3 RÉACTEURS DE TRICASTIN À L’ARRÊT

Et de trois sur quatre ! Les réacteurs atomiques n°2, n°3, n°4 du Tricastin sont mis à l’arrêt. L’un pour quelques jours ou quelques semaines, un autre pour au moins un mois, l’autre pour six mois. La déliquescente centrale nucléaire du Tricastin va mal, très mal malgré les tentatives délirantes de la maintenir en fonctionnement.

26 mars 2020. Et de 3 !

Depuis le 25 mars 2020 à 23h39 le réacteur nucléaire n°4 du Tricastin (Drôme-Vaucluse) est en arrêt pour « maintenance« . Plus aucune production d’électricité, le réacteur chute de 915Mw à 0 Mw.   La fin de l’arrêt est prévue pour le 30 mars 2020 à 12h. On est prié de croire les têtes d’œuf d’EDF. Un peu comme les autres technocrates qui gèrent la crise de santé publique du coronavirus.

Le réacteur nucléaire n°2 est quant à lui à l’arrêt pour 1 mois et demi, depuis le 7 mars 2020 à 0h30. Même scénario : plus aucune production d’électricité, le réacteur chute de 915 Mw à 0 Mw. Ce réacteur est en arrêt pour recharger son cœur par 25% de produits de fission atomique neufs (appelés improprement combustible)  de type Mox à base d’uranium et de plutonium. Il faut d’abord sortir les crayons contaminés mortels qui seront mis en attente dans une piscine avant d’être expédiés par route à 1200 km de là vers le Cotentin à l’usine de reconditionnement Areva/Orano de La Hague. Cet arrêt est l’occasion aussi pour EDF de réaliser des opérations de contrôle et de maintenance de matériels différées depuis plusieurs mois. Autre objectif et non des moindres : réaliser des bricolages (à plusieurs millions d’euros quand même) pour préparer la 4ème visite décennale programmée en 2021. L’objectif? : obtenir le feu vert de l’ASN pour faire fonctionner dix années de plus la vieille casserole. Son « recouplage » au réseau est programmé pour le 23 avril 2020 à 23h00 avec une remontée progressive par palier qui durera au moins 48 heures. Par le passé ce genre de prévision s’est rarement révélé exact.

Le réacteur nucléaire n°3 est quant à lui à l’arrêt depuis le 13 février 2020 à 20h18. Lui non plus ne produit plus d’électricité : 0 Mw au lieu des 915Mw. Même scénario que pour le réacteur nucléaire n°2 dont le remplacement des dispositifs autobloquants qui maintiennent en place les trois générateurs de vapeur. Ils bringuebalent tellement à longueur de jour et de nuit dans cet enfer que les salariés en ont des sueurs froides. Et comme on a frôlé l’incident fatal à plusieurs reprises dans cette enceinte il va falloir aussi vérifier la machine de manutention des produits de fission (combustible) qui les transporte à plusieurs dizaines de mètres de haut avant de les descendre dans le cœur de la bête. Côté partie dite non-nucléaire – mais en fait en liaison avec l’installation atomique – des travaux électriques sont programmés ainsi qu’une vérification du corps basse pression de la turbine, l’engin qui au final produit un peu d’électricité tel une dynamo de vélo. La technostructure d’EDF du Tricastin espère que le recouplage progressif par palier au réseau devrait ne durera que  48 heures. Trois mois d’arrêt pour redémarrer le 14 mai 2020 à 0 heure. Enfin si tout va bien, car les fois précédentes on n’avait pas tenu les échéances.

Autres bonnes nouvelles en plus de ces mises à l’arrêt : les espaces de propagande à destination du public dit de « découverte » du Tricastin (comme des autres sites atomiques) sont fermés pour cause de pandémie. Les esprits vont retrouver enfin un peu d’oxygénation. Et notamment les enfants scolarisés emmenés de force à longueur d’années dans ces sinistres lieux avec la complicité des Rectorats sous couvert de programme scolaire de sciences et techniques.

Les circuits de refroidissement des 4 réacteurs nucléaires incapables de tenir en cas de séisme

Il y a quelques mois, à la fin de l’année 2019 – le 5 décembre précisément – des contrôles sur des tuyauteries du circuit d’eau brute de refroidissement (SEC) ont révélé que ces matériels se détérioreraient voire se démembreraient en cas de séisme de forte intensité. Certains raccords de tuyauterie, sur la totalité des 4 unités de production nucléaire du Tricastin, en étaient affectés Or il s’agit de parties essentielles du circuit de refroidissement du réacteur atomique avec lesquelles on ne peut minauder. Incapable de justifier cette situation vis -à-vis de l’ASN, EDF a en toute discrétion pendant près d’un mois remis en état les deux voies SEC des unités de production. Et ce n’est que le 20 février 2020, deux mois après la découverte du problème, que cet incident essentiel pour la sécurité a été déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Déclaré au niveau 0 de l’échelle INES par le nucléariste, histoire de planquer encore une fois la réalité. L’ASN, pas dupe, l’a remonté au niveau 1 des  événements significatifs pour la sûreté. Une claque encore pour le nucléariste.

Le test de validation pour fonctionner 10 ans de plus tourne à l’hécatombe

Un jour plus tard, le 21 février 2020, EDF se fendait sur son site internet d’une autre information tenue secrète jusque-là ou pour le moins pas trop dévoilée. Lors de la visite décennale visant à prolonger de dix années supplémentaires le fonctionnement du réacteur nucléaire n°1 du Tricastin – et qui doit servir de validation-test pour la prolongation de l’ensemble des réacteurs pourris nucléaires du pays – d’autres sérieux problèmes et dysfonctionnements ont été constatés. Voire pire : des erreurs de conception et d’ingénierie originelles. Ah les meilleurs ingénieurs du monde en prennent encore pour leur grade.  C’est tout bête mais en cas de séisme, des armoires électriques et des châssis de relayage, installés trop près les unes des autres et sans liaison stable entre eux entreraient en contact, bringuebalant et s’entrechoquant jusqu’à mettre le feu voire exploser.

Ces défauts majeurs avaient été repérés dès le 1er octobre 2019 mais l’information avait été tenue secrète en interne, simplement mentionnée comme ESS (événement significatif pour la sécurité) local de niveau 0 sur l’échelle INES. Toutefois devant l’évidence, la Direction d’EDF-Tricastin avait dû le ré-indicer au niveau 1 en fin d’année 2019. Et, découverte incroyable : il s’avère que ce problème crucial pour la sécurité touche tous les 28 réacteurs (paliers CP0 et CPY de 900Mw)* de France dont ceux de Cruas-Meysse en Ardèche, et à l’exception de ceux de Fessenheim et du réacteur n°4 de Bugey. Maigre consolation. EDF ne  déclara la « couille » auprès de l’ASN que le 31 janvier 2020. Depuis la remise en conformité est en principe en cours sur l’ensemble des réacteurs. Durée prévue : non communiquée.

NOTE :

* Vingt-huit réacteurs de 900 MWe au Blayais, à Chinon, à Cruas-Meysse, à Dampierre-en-Burly, à Gravelines, à Saint-Laurent-des-Eaux et au Tricastin

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Par Rédaction, publié le jeudi 26 mars 2020 à 13h09

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2020/03/26/3-r%C3%A9acteurs-de-Tricastin-%C3%A0-l-arr%C3%AAt-%21