DIALOGUE AMÉRICANO-RUSSE SUR LA STABILITÉ STRATÉGIQUE : L’IMPASSE

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et le Ront, lors d’une communication téléphonique, vendredi, discuté de la maîtrise de la prolifération de l’arsenal nucléaire et autres armements non conventionnels.

Cet appel a été pour Moscou une occasion de réitérer sa volonté d’inclure certaines de ses dernières armes nucléaires dans le dernier pacte de maîtrise des armements restant entre les deux pays si Washington accepte l’offre du Kremlin de le prolonger.

Le département d’État a déclaré que les deux diplomates avaient discuté des prochaines étapes du dialogue stratégique bilatéral sur la sécurité. Mike Pompeo a souligné que toute future négociation sur la maîtrise des armements doit être basée sur la vision du président américain, Donald Trump, d’un accord trilatéral qui inclurait la Chine, les États-Unis et la Russie, a déclaré le département d’État. Donald Trump avait proposé l’an dernier que les États-Unis, la Russie et la Chine négocient un pacte destiné à remplacer le nouveau traité START de 2010 limitant les arsenaux nucléaires américains et russes. Ce traité START expirera en février 2021 sauf si les deux pays s’entendent pour le prolonger de cinq ans, ce que la Russie a officiellement proposé. Pour le ministre des AE russe, «la Russie était disposée à travailler sur de possibles nouveaux accords sur les armements nucléaires, mais qu’il serait important de préserver (…) le traité START pendant que les préparations se poursuivent». Côté Moscou, il est impératif de préserver le traité existant comme une «pierre angulaire de la sécurité mondiale». Pour rappel, le président russe, Vladimir Poutine, avait déjà proposé de prolonger le nouveau traité sur la maîtrise des armements START. L’administration Trump a fait pression pour un nouveau pacte qui inclurait la Chine comme signataire. Moscou a décrit cet objectif comme «irréaliste» étant donné la réticence de Pékin qui a rejeté ces pourparlers concernant la réduction de son arsenal, moins important d’ailleurs, avec 300 armes nucléaires.

Le nouveau traité START, signé en 2010 par le président américain Barack Obama et le président russe Dimitri Medvedev, limite chaque pays à pas plus de 1.550 têtes nucléaires déployées et 700 missiles et bombardiers déployés. Le traité, qui peut être prolongé de cinq ans, prévoit un mécanisme de vérification complet pour vérifier la conformité, y compris des inspections sur place des bases nucléaires de chaque partie. Le nouveau START est le seul pacte américano-russe de contrôle des armements encore en vigueur après le retrait de Moscou et de Washington du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) de 1987 l’an dernier. Les partisans du contrôle des armements ont averti que sa disparition pourrait déclencher une nouvelle course aux armements et perturber l’équilibre stratégique.

De son côté, Sergei Ryabkov, vice-ministre des affaires étrangères russes, a déclaré que d’autres armes potentielles annoncées par Poutine en 2018 ne tombent pas dans les dispositions du pacte, mais la Russie est ouverte à des discussions sur leur éventuelle inclusion dans le cadre d’un dialogue plus large sur la stabilité stratégique. Ces armes incluent le missile de croisière à propulsion nucléaire Burevestnik et le drone sous-marin Poseidon à propulsion atomique et à armement nucléaire décrit comme capable de créer un tsunami pour frapper un littoral ennemi. La Russie a fait du développement du missile hypersonique Avangard, capable de voler 27 fois plus vite que la vitesse du son, de Burevestnik et de Poséidon, une réponse à la défense antimissile américaine, qu’elle a qualifiée de menace pour sa dissuasion nucléaire. Il a également exprimé sa préoccupation concernant les plans américains de déploiement d’armes dans l’espace.

Lors de l’appel de vendredi avec Pompeo, Lavrov a souligné que le dialogue sur la maîtrise des armements devrait «inclure tous les facteurs qui ont un impact sur la stabilité stratégique», une référence à ces préoccupations russes. Cependant, des experts ont décrit la proposition de Trump d’inclure la Chine dans un nouveau traité comme une stratégie de «pilule empoisonnée» pour tuer le nouveau START et mettre fin aux restrictions aux déploiements d’armes nucléaires aux États-Unis.

Par M. T., publié le 19-04-2020

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