LE NUCLÉAIRE, MOINS MALMENÉ QU’IL N’Y PARAIT DANS LA NOUVELLE FEUILLE DE ROUTE DE L’ÉNERGIE (PPE)

Le décret de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie ou PPE pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028 est paru le 23 avril 2020. Elle fixe des trajectoires et objectifs d’efficacité, de capacité et de coûts production pour chaque énergie. S’il acte la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d’ici à 2035, la place de l’atome dans le mix énergétique n’est pas remise en cause. 

Que les pro-nucléaires se rassurent. La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (ou PPE) pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, officielle depuis le 23 avril 2020, n’acte en rien une victoire des renouvelables sur l’atome. Tout juste, pour atteindre l’objectif fixé par la loi de ramener la part du nucléaire à 50 % du mix électrique en 2035, se voit-il fixer une trajectoire de fermeture de 14 de ses plus vieux réacteurs d’ici à 2035.

14 réacteurs à fermer d’ici à 2035…

À quatre exceptions près (très très hypothétiquement six) dont les deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) arrêtés en 2020, ces arrêts de réacteurs auront lieu « à l’échéance de leur 5ème visite décennale, soit des arrêts entre 2029 et 2035« , comme l’avait proposé EDF, l’unique exploitant nucléaire en France. À cette échéance, les réacteurs auront été largement amortis. Sur la base de ces critères, la PPE précise qu’EDF a proposé au Gouvernement d’étudier la mise à l’arrêt de paires de réacteurs sur les sites de Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines et Tricastin.

Toutefois, « attendre les 5ème visites décennales conduirait à arrêter en moyenne 2 réacteurs par an entre 2030 et 2035« , ce qui serait difficile à gérer, sur un plan social notamment. « Afin de lisser l’arrêt des réacteurs […] le Gouvernement demande à EDF de prévoir la fermeture de 2 réacteurs par anticipation des 5èmes visites décennales en 2027 et en 2028« , écrit la PPE. EDF a donc le choix, « sauf si l’ASN demandait d’ici là la fermeture d’autres réacteurs pour raison de sûreté« , ou si ces fermetures « conduisaient à ne pas respecter les critères de sécurité d’approvisionnement« .

… dont quatre d’ici à 2029

Le Gouvernement se réserve aussi la possibilité de « demander à EDF l’arrêt de deux réacteurs supplémentaires, en 2025 – 2026« , mais uniquement si trois conditions sont remplies à la fois : si la sécurité d’approvisionnement de nos voisins, engagés dans une sortie du charbon et du nucléaire, n’était pas menacée, que la dégradation des prix de marché était telle qu’elle justifierait une réduction de capacité anticipée et qu’en plus « une marge significative en matière de sécurité d’approvisionnement existerait sur les capacités nucléaires, permettant de faire face à une décision éventuelle de l’Autorité de sûreté du nucléaire de suspendre le fonctionnement de plusieurs réacteurs pour une raison de sûreté« . Autant dire que la probabilité de la fermeture de deux réacteurs dès 2025-2026 est très faible.

Et aucun site nucléaire ne sera fermé. Même Fessenheim pourrait trouver une seconde jeunesse dans le traitement des déchets métalliques du démantèlement. La PPE prévoyant dans les mesures à prendre de « soutenir le développement d’une filière du démantèlement, tant au niveau local qu’au niveau national« .

Besoin de renouveler le parc

Et au-delà de 2035, « l’objectif de diversification du mix électrique demeure« , écrit la PPE. Même si le gouvernement a mis à l’étude un scénario 100 % renouvelables à 2050, pour l’instant, pas question de sortir du nucléaire. « En l’état actuel des technologies, il n’est pas possible de déterminer avec certitude les technologies les plus compétitives pour assurer notre mix électrique à cet horizon, […] et il est nécessaire de préserver une capacité de construction de nouveaux réacteurs nucléaires appuyés sur une technologie et des capacités industrielles nationales« . La nouvelle PPE insiste aussi sur la « nécessité de la mise en service de nouveaux réacteurs« , dans le cas d’un maintien de la part du nucléaire à 50 % en 2050.

Pour mémoire, le parc nucléaire français est constitué de 58 réacteurs électronucléaires répartis sur 19 centrales différentes pour une puissance installée de 63,2 GWe et une production de 393,2 TWh en 2018, soit 71,7 % de la production électrique totale. Il est composé de 34 réacteurs 900 MWe, les plus vieux, qui seront fermés en priorité, 20 réacteurs 1 300 MWe et 4 réacteurs 1 450 MWe. Un réacteur EPR de 1650 MW, en construction sur le site de Flamanville qui en compte déjà deux, pourrait entrer en service en 2023 ou 2024.

Baisse très progressive de l’atome dans le mix

Le besoin en électricité est estimé à 440 TWh en 2023 et 426 TWh en 2028 (hors exports et pertes du réseau). Telle que prévue, la PPE ramènera la part du nucléaire dans le mix électrique français à 67 % (393 TWh) en 2023 et entre 59 et 61 % en 2028.

Préservation du recyclage jusqu’en 2040

Concernant le recyclage du combustible nucléaire usé, il sera préservé jusqu’à l’horizon des années 2040, date à laquelle « une grande partie des installations et des ateliers de l’usine de la Hague arrivera en fin de vie« , précise la PPE. Au-delà, « la filière devra s’interroger sur les orientations stratégiques qu’elle souhaite donner à sa politique du cycle du combustible« .

Enfin, la PPE « repousse à la prochaine révision de la PPE l’évaluation du potentiel des nouvelles technologies de SMRs » (Small Modular Reactor), ces petits réacteurs nucléaires modulaires dans le développement duquel EDF, le CEA et TechnicAtome viennent de se lancer, bien après tous leurs grands concurrents internationaux.

Par Aurélie Barbaux, publié le 23/04/2020 à 08H33

Photo en titre : Après l’arrêt de Fessenheim, la PPE prévoit l’arrêt de 12 autres réacteurs d’ici à 2035, dont seulement deux avant 2029, sans fermeture de site. © Wikimedia CC

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NDLR : on ne pourra pas dire qu’on ne le savait pas ! Et n’oublions pas le projet d’EDF pour 6 nouveaux EPR !