GUERRE NUCLÉAIRE : LE SCÉNARIO DE LA FIN DU MONDE ?

Redoutée lors de la guerre froide, la guerre nucléaire totale s’est révélée être une menace si pesante sur le devenir même de l’humanité que les grandes puissances nucléaires se sont abstenues d’employer massivement l’arme nucléaire. Et pourtant, avec la démocratisation de cette technologie, des pays de plus en plus nombreux s’en emparent, avec le risque que l’un d’eux cède à un fanatique prêt à tout pour imposer sa vision du monde…

Sommaire

Guerre nucléaire : les risques actuels

Actuellement, les principaux risques d’utilisation d’armes nucléaires proviennent de la Corée du Nord, qui vient de réaliser avec succès plusieurs essais nucléaires dont un de 80 à 120 kt le 3 septembre 2017[1] et de l’Iran qui est soupçonné d’en développer sous couvert d’un programme civil de production d’électricité à partir d’énergie nucléaire. Ces bombes atomiques pourraient être utilisées contre la Corée du Sud, le Japon, les États-Unis (pour la Corée du Nord) et Israël et l’Arabie Saoudite (pour l’Iran).

Cependant, le danger planétaire pourrait plutôt venir des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui se réservent le droit de réaliser des « frappes nucléaires préventives« , principalement contre la Russie, accusée de tous les maux. Ces importants regains de tensions géopolitiques dans le monde pèsent sur l’avenir de l’humanité qui est, entrée dans une nouvelle guerre froide : les puissances nucléaires comme les États-Unis, la Chine, la Russie, Israël, l’Inde et le Pakistan renforcent leur capacité de dissuasion avec l’émergence de deux nouveaux blocs : États-Unis et Europe contre Russie, Iran et Chine.

Ainsi, les dépenses militaires mondiales ont augmenté depuis 2014 alors que d’importants conflits régionaux menacent la stabilité mondiale.

Enfin, la pandémie au COVID-19 a attisé les tensions entre les États-Unis et la Chine, au point que la nouvelle première puissance mondiale a déclaré début mai 2020 qu’elle triplerait son arsenal nucléaire de dissuasion.

La menace de la stratégie américaine

Les États-Unis, ancrés dans une politique interventionniste et impérialiste, se sont toujours gardés la possibilité d’effectuer des frappes nucléaires préventives. Cela « a été notre politique depuis longtemps et fait partie de nos plans pour l’avenir », a déclaré fin septembre 2016 le secrétaire à la Défense américain sur la base aérienne de Kirtland (Nouveau-Mexique, sud-ouest), qui accueille le centre de recherches atomiques.

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Cette doctrine est particulièrement risquée selon le sénateur démocrate Edward Markey : « Le risque d’une guerre nucléaire menace gravement la survie de l’espèce humaine. Malheureusement, en n’excluant pas d’être les premiers à utiliser l’arme atomique, les États-Unis augmentent le risque d’une escalade nucléaire involontaire ».

En effet, le président russe Vladimir Poutine a averti que la Russie riposterait à toute attaque nucléaire par des frappes nucléaires.

L’impuissance de la communauté humanitaire

C’est pourquoi, la question d’une guerre nucléaire reste d’actualité comme l’illustre la rencontre en mars 2013 de responsables humanitaires des Nations Unies et des membres de la société civile qui s’inquiètent de la capacité de réaction de la communauté humanitaire face à une explosion nucléaire.

« Les conséquences humanitaires d’une attaque ou d’un accident nucléaire seraient potentiellement dévastatrices et catastrophiques« , a prévenu le Directeur du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Genève, Rashid Khalikov.

Aujourd’hui, la communauté humanitaire avoue son impuissance à répondre efficacement à une telle situation, le mieux étant de tout faire pour prévenir le recours à de telles armes.

Comment réagir face à une explosion nucléaire ?

C’est tout l’objet du guide « Protective Action Guides and Planning Guidance for Radiological Incidents » rédigé par l’Agence américaine de la protection de l’environnement (EPA) en janvier 2017. Celui-ci décrit les précautions à prendre en cas d’attaque atomique, mais aussi d’accident nucléaire. Voici quelques extraits :

Si je suis dehors, que faire pour me protéger ?

« Couvrez-vous le nez et la bouche. Ne touchez pas les objets ou débris liés à l’émission radioactive. Allez à l’intérieur et restez-y. Rester dehors est la pire option en cas d’explosion nucléaire, cas les retombées radioactives pourront adhérer à la peau et aux vêtements« .

L’air est-il bon à respirer ?

« Il y a peu de chances que l’air reste respirable après une explosion nucléaire, car de la fumée et des retombées radioactives y seront présentes. Si vous êtes dehors, gardez vos nez et bouche fermés jusqu’à ce que vous entriez dans un bâtiment. Une fois abrité, fermez toutes les portes et fenêtres et éteignez les ventilateurs et climatiseurs« .

Si je suis en voiture, que dois-je faire pour me protéger ?

« Fermez les fenêtres et les trous d’aération. Désactivez le climatiseur ou le radiateur si les conditions météo le permettent. Si vous est en mesure de vous abriter dans un bâtiment, faites-le le plus vite possible. Sinon, rester à l’intérieur du véhicule est l’option la plus sûre. Essayez de trouver un endroit à l’ombre et de se brancher sur une radio pour recevoir des informations officielles« .

L’horloge de l’apocalypse

La menace nucléaire dans le monde est notamment illustrée par l’horloge de l’Apocalypse ou de la fin du monde (Doomsday Clock). Créée en 1947, peu de temps après les bombardements atomiques américains sur le Japon, et est régulièrement mise à jour depuis, par les membres du Bulletin des scientifiques atomistes, (BAS) basé à l’Université de Chicago. La menace d’une guerre nucléaire planétaire a très largement contribué à diminuer le nombre de minutes qu’il restait à l’humanité avant de sombrer. En 2012 elle indiquait 23 h 55, soit seulement 5 minutes avant la fin du monde.
En 2018, son aiguille s’était encore avancée, indiquant 23 h 58

Renata Dwan, directrice de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement, a averti en mai 2019 que tous les États dotés d’armes nucléaires les modernisaient, augmentant la menace d’apocalypse.

Les conséquences d’une guerre nucléaire

En septembre 2019, des chercheurs du programme de Princeton sur la science et la sécurité mondiale ont publié une vidéo qui montre « l’effet domino » de l’utilisation d’une seule arme nucléaire tactique (à faible rendement).

Le projet d’étude, appelé « Plan A » résume dans une vidéo édifiante, les conséquences de cette décision folle entre les deux super-puissances nucléaires : l’OTAN et la Russie.

« Ce projet est motivé par la nécessité de mettre en évidence les conséquences potentiellement catastrophiques des plans de guerre nucléaire américains et russes actuels. Le risque de guerre nucléaire a considérablement augmenté au cours des deux dernières années, les États-Unis et la Russie ayant abandonné les traités de contrôle des armes nucléaires de longue date, entamant le développement de nouveaux types d’armes nucléaires et étendant les circonstances dans lesquelles ils pourraient utiliser des armes nucléaires. » précise les chercheurs qui travaillent sur le Plan A.

Selon ce scénario, 34,1 millions de personnes mourraient en Europe en moins de 5 heures (la grande partie en moins de 45 minutes). 57,4 millions de personnes supplémentaires seraient blessées par les explosions.

Un scénario apocalyptique

  1. En quelques heures, 34 millions de personnes seraient tuées par l’effet direct des explosions nucléaires.
  2. Des incendies colossaux et incontrôlables générés par les bombes enverraient dans l’atmosphère 9 millions de tonnes de suie dans l’atmosphère. En moins de 50 jours, toute la planète serait affectée par les cendres.
  3. Pendant une décennie, les rayons du Soleil seraient alors en partie filtrés. Résultat : la température planétaire baisserait de 1,25 °C au cours des trois premières années ; les précipitations mondiales diminueraient de 10 % dans les deux à quatre ans suivant l’événement ; les gelées seraient plus fréquentes.
  4. La photosynthèse plus faible. L’agriculture serait alors durement affectée et donc les ressources alimentaires pour l’ensemble de l’humanité. En effet, les cycles agricoles seraient probablement désorganisés du fait de l’effet combiné d’un refroidissement, d’une moindre pluviométrie et de la baisse de l’intensité des rayons solaires à la surface terrestre. Ceci se traduirait par des interruptions à répétition des cycles de croissance dues au gel.
  5. Enfin, ce scénario s’accompagne d’une perte généralisée d’ozone stratosphérique avec des conséquences sensibles sur des populations très éloignées de la zone de conflit.

L’hiver nucléaire

L’hiver nucléaire est la conséquence planétaire la plus souvent avancée (notamment par les pacifistes) pour mettre en garde contre les conséquences d’une guerre atomique massive. Selon cette vision, la Terre serait alors enveloppée d’un écran de poussières radioactives empêchant l’énergie solaire de parvenir jusqu’à nous pendant une durée assez longue, ce qui ferait disparaître l’espèce humaine de notre planète.

En effet, sans l’énergie du soleil, les températures baisseraient et la photosynthèse serait compromise : les rendements agricoles s’effondreraient tandis que l’approvisionnement énergétique serait sollicité outre mesure pour chauffer les logements.

Dès 1982, des études russes et américaines ont évoqué les conséquences de frappes nucléaires : plus que la radioactivité élevée et les dégâts des explosions, l’humanité a bien plus à craindre d’un hiver atomique comme l’illustrent les recherches de deux scientifiques américains, Alan Robock et Owen Brian Toon. On parle souvent d’une guerre atomique massive entre la Russie et les États-Unis, mais il suffirait d’un conflit régional entre l’Inde et le Pakistan, qui se déchirent sur la région du Cachemire, avec un échange de 50 frappes chacun (seulement 0,4 % de l’arsenal nucléaire mondial) pour menacer de famine 1 milliard de personnes !

Luke Oman, spécialiste du climat au Goddard Space Flight Center de la NASA à Greenbelt, (Maryland) a indiqué dans une interview que les émissions provenant de multiples explosions nucléaires, contrairement à une éruption volcanique, sont constituées de suie (et non de particules de sulfate), ce qui pourrait faire diminuer la température dans des proportions bien plus importantes.

Bien qu’il soit certain qu’une guerre nucléaire serait sans aucun doute dévastatrice, le degré des dommages imposés à la Terre en général reste sujet à controverse, même si les simulations s’affinent régulièrement.

Comment se nourrir pendant l’hiver nucléaire ?

David Denkenberger, le président de l’ONG Alliance to Feed the Earth in Disasters (ALLFED), a listé les produits alimentaires que nous pourrions encore consommer après une guerre nucléaire planétaire.

Ce sont les champignons (très résistants) et les algues qui seraient les moins touchés par les conséquences d’une explosion nucléaire.

« L’algue est une vraiment bonne source de nourriture dans un scénario comme cela parce qu’elle peut pousser avec une lumière très faible. Elle croît également très rapidement. Lors d’un hiver nucléaire, la terre refroidira plus vite que les océans, donc les océans resteront un petit peu plus chauds. L’algue peut tolérer des températures relativement basses« , précise le scientifique.

Pour nourrir l’humanité lors d’un hiver nucléaire, Denkenberger estime que le monde aura besoin d’environ 1,6 milliard de tonnes de nourriture sèche par an. Les humains pourraient cultiver potentiellement cette quantité d’algue en trois à six mois…

Et si la technologie des bombes EMP rendait obsolète la guerre nucléaire ?

La dissuasion nucléaire pourrait toutefois jouer encore son rôle et empêcher qu’un pays se serve finalement de l’arme atomique tant les dégâts sur le long terme seraient planétaires. D’autant plus qu’il existe des armes bien plus dévastatrices pour la stabilité d’un état comme les bombes nucléaires à impulsion électromagnétique ou EMP.

Les bombes nucléaires EMP génèrent, une émission d’ondes électromagnétiques brève et de très forte amplitude (IEM), déclenchée dans la haute atmosphère (30 km d’altitude pour un grand rayon d’action). Ce sont des bombes relativement peu puissantes (de 1 à 10kt de TNT) et donc de taille réduite qui peuvent être lancées d’un satellite, d’un missile, d’un avion commercial ou militaire et même d’un ballon sonde météorologique !

Et pourtant, ce type d’arme est capable de paralyser un grand pays comme les États-Unis ou une région comme l’Europe. Comment est-ce possible ? L’explosion en elle-même, produite à haute altitude n’a aucune conséquence directe sur les infrastructures et les êtres vivants mais va générer une vague de rayons gamma qui, au contact avec les couches atmosphériques va créer une impulsion électromagnétique intense sur un immense territoire.

Les conséquences d’une attaque électromagnétique de grande ampleur

Elles seraient considérables à cause de notre civilisation dépendante de la technologie et de l’électricité :

  • les réseaux électriques tomberaient entraînant un black-out de grande ampleur ;
  • les systèmes informatiques et électroniques qui ne sont pas blindés seraient mis hors d’usage ;
  • les communications radio seraient indisponibles pendant quelques minutes

En fait, toute l’économie et la vie des habitants qui subiraient une telle attaque ne serait plus possible, entraînant à coup sûr des émeutes, pillages, de la famine et potentiellement des millions de morts, sans aucune conséquence massive pour le pays à l’initiative de l’attaque, puisque ce n’est pas une frappe nucléaire directe. Le pays attaqué n’aurait alors aucun autre choix que de capituler sans avoir pu se battre. En effet, même les systèmes militaires sont en partie vulnérables.

De telles bombes et stratégies militaires existent déjà depuis la première guerre froide en Russie mais elles sont maintenant aussi en cours de développement en Chine, Corée du Nord et Iran selon un rapport US déclassifié de 2017 qui réclame la mise en place de mesures de protection contre les EMP.

NOTE

  1. Les essais nucléaires sont détectés facilement car ils engendrent des séismes cartographiés en temps quasi réel.

Par Christophe Magdelaine / notre-planete.info, publié le 12/05/2020

Photo en titre : Essai nucléaire du 18 avril 1953 au Nevada (États-Unis) avec une bombe de 23 kilotonnes (Crédit : National Nuclear Security Administration / Nevada Site Office – Licence : CC BY)

https://www.notre-planete.info/terre/fin_du_monde/guerre-nucleaire-consequences.php

Sur ce site, vous pourrez visualiser une vidéo : Essais atomiques américains menés dans les années 1950 et déclassifiés début mars 2017(10 mn02)