GRAND CHAMBOULE-TOUT DANS LES ARRÊTS DE TRANCHES NUCLÉAIRES D’EDF

Entre une baisse brutale de la consommation électrique et le confinement d’une grande partie de ses équipes et de ses sous-traitants, la pandémie a obligé EDF à revoir intégralement le programme de maintenance de son parc nucléaire à travers la France, grand carénage compris.

La situation est inédite. Entre une baisse brutale de la consommation électrique de 15 à 20 % en France et le confinement d’une grande partie de ses équipes et de ses sous-traitants, la pandémie a obligé EDF à revoir le 16 avril ses prévisions de production d’électricité nucléaire. Elle serait de l’ordre de 300 térawattheures (TWh) en 2020 contre 375 à 390 TWh prévus initialement, et comprise entre 330 et 360 TWh chaque année en 2021 et en 2022.

Et ce quelle que soit la demande de ses clients. Car si son plan pandémie a bien permis à EDF d’exploiter ses centrales nucléaires même avec des équipes réduites, son programme d’arrêt de tranches pour rechargement de combustibles, maintenance et visite décennales, a quant à lui complètement implosé.

Réduire la production

Pendant les deux mois du confinement, seules les équipes indispensables au fonctionnement et à la maintenance continue des centrales nucléaires ont pu être assurées. « Toutes les activités à caractère obligatoire ont été poursuivies », assure Étienne Dutheil, le directeur de la production nucléaire d’EDF. Mais la plupart des interventions pour chargement de combustibles et arrêt de tranches pour maintenance préventive ou visites décennales ont, elles, été stoppées. « La première semaine, nous avons arrêté les trois quarts des chantiers », précise le directeur de la production nucléaire.

Certes, des mesures barrières ont été mises en place sur les sites, en particulier dans les zones de forte affluence : à l’entrée, les vestiaires ont été réorganisés. « Cela limitait le nombre de personnes présentes sur le site en même temps et on a élargi les plages de travail et multiplié les équipes. On a ainsi pu faire revenir plus de gens sur les sites », se félicite Étienne Dutheil. Mais pas tout le monde. Ainsi à la centrale de Bugey, située à Saint-Vulbas (Ain), la visite décennale en cours et un arrêt simple pour rechargement de combustible sur un autre réacteur ont pu reprendre, et « nous sommes passés de 700 personnes à 1 500 personnes, alors qu’en temps normal nous serions 3 000 », reconnaît le dirigeant d’EDF.

Économiser le combustible

Petit à petit, l’activité reprend donc dans les centrales. Le 20 mai, Étienne Dutheil estimait le niveau d’activité entre 60 et 70 % par rapport à ce qu’il serait en temps normal. Mais seuls 38 des 57 réacteurs du parc étaient en fonctionnement. Retardés par le Covid-19, les travaux en cours sur Flamanville 1 et 2 (Manche), arrêtés depuis des mois, ont encore été repoussés à octobre 2020.

Outre les arrêts de tranches en cours, EDF a dû programmer des arrêts de tranches plus ou moins temporaires pour économiser le combustible à Dampierre 1 (Loiret), Cruas 1 (Ardèche), Chinon 2 (Indre-et-Loire), Saint-Laurent 2 (Loir-et-Cher), Chooz 2 (Ardennes). À la demande de RTE pour maintenir la tension en Bretagne, Civaux 2 (Vienne) n’a pas été arrêté, mais sa capacité de production a été réduite de 1 300 à 400 MW.

En effet, les arrêts de tranches en cours pour rechargement de combustibles, visite partielle pour maintenance préventive et visite décennale « se rallongeant à cause des effets de la crise sanitaire, on risquait de voir se chevaucher de nouveaux arrêts avec les arrêts en cours, ce qui aurait mis en péril notre capacité de production, explique le directeur de la production nucléaire d’EDF. Nous avons pris des hypothèses prudentes sur les durées d’arrêts avant et après le 1er septembre. Cela nous a donné une photo dans les six mois à venir notamment l’hiver, où la consommation repartira avec la baisse des températures et la reprise économique. »

Reprogrammer tous les arrêts de tranche

Pour être sûr de retrouver les moyens de production, « on a revu la programmation des arrêts de tranche pour en avoir moins cet hiver », précise Étienne Duthiel. Le nouveau planning est bien avancé mais toujours en cours. Les dates de programmation d’une trentaine d’arrêts ont déjà été modifiées. « Cela nous a conduit aussi à faire des arrêts de réacteurs pour économiser les combustibles, en priorité sur ceux qui étaient en début de cycle. Mais pas forcément durant plusieurs mois de suite et certains ont déjà été redémarrés ». Sur ces tranches-là, par exemple Dampierre, un arrêt simple pour rechargement cet hiver est supprimé et remplacé par une visite partielle plus tard.

Pour l’hiver prochain, EDF vise 90 % de disponibilité, avec 45 à 50 réacteurs disponibles et donc uniquement cinq à six réacteurs à l’arrêt, avant de remonter progressivement à une quinzaine en mars et une vingtaine en mai et durant l’été 2021. Si la nouvelle campagne d’arrêt pour 2020 est quasiment bouclée, « on a aussi produit un programme pluriannuel pour 2021 et 2022 qu’il reste à affiner, car on a des contraintes de disponibilités et de compétences à gérer ». Pour mémoire, les opérations réalisées durant les arrêts de tranches sont quasiment toutes réalisées par des sous-traitants.

Par Aurélie Barbaux (Services à l’industrie), publié le 26/05/2020 à 15H59

Photo en titre : EDF a dû reprogrammer tous les arrêts de tranche des 56 réacteurs nucléaires (en photo Tricastin) de son parc pour 2020, 2021 et 2022. © abarbaux

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