NOUVELLE RÉVÉLATION : LA SOUPAPE DE SÛRETÉ DU PRESSURISEUR DE L’EPR EST DÉFAILLANTE

Un nouveau dysfonctionnement fragilise un peu plus les chantiers des réacteurs nucléaires EPR, déjà décrédibilisés par des retards, malfaçons et surcoûts en série. Cette fois-ci c’est un équipement capital pour la sûreté du réacteur nucléaire  – une soupape de sûreté du pressuriseur – qui est apparue à l’occasion d’un essai-test sur le chantier de l’EPR de Finlande en mars dernier. Cerise sur le gâteau : cette pièce défectueuse équipe aussi l’EPR en construction à Flamanville (Manche) et les deux EPR chinois déjà mis en service à Taishan.

Nouveau pépin sur l’EPR, à l’image de tout ce qui s’est passé jusqu’à présent sur ce qui a été vendu par la technocratie atomiste comme le summum de la modernité nucléaire tricolore. Cette fois-ci c’est l’EPR en cours de test à Olkiluoto en Finlande et construit par Areva/Siemens qui révèle le dysfonctionnement. Premier réacteur EPR à être construit au monde, l’EPR finlandais n’est toujours pas opérationnel et accuse onze ans de retard et un surcoût supérieur à 6 milliards d’euros.

Lors d’un test, une fuite s’est produite sur une soupape de sûreté, un équipement qui protège le circuit primaire où circule de l’eau sous très haute pression pour refroidir le réacteur dans lequel le combustible nucléaire est immergé et dont la fonction est de relâcher de la pression en cas d’excès pour éviter l’explosion. Heureusement ce test s’est déroulé en l’absence de combustible nucléaire dans le réacteur.

Dans l’EPR trois soupapes de sûreté chargé de réguler la pression et la température du circuit primaire sont implantées au sommet du pressuriseur. Une surpression non maîtrisée pourrait conduire à la rupture de la cuve, un accident majeur. Inversement, une soupape de sûreté qui ne se refermerait pas, pourrait conduire à la vidange du circuit primaire et à la fusion du combustible nucléaire. L’accident nucléaire à la centrale de Three Mile Island (États-Unis) en mars 1979 a été provoqué en partie parce qu’une vanne du pressuriseur ne s’est pas refermée, ce qui a entraîné la fusion partielle du combustible nucléaire.

Une fuite et aussi des fissures

Le « pilote mécanique » d’ouverture et de fermeture de la soupape de sûreté s’est mis à fuir lors du test d’étanchéité, puis des fissures sont apparues sur deux autres pilotes. L’étape clé de test avant le démarrage du réacteur plombe l’ambiance. Areva SA [1], principal constructeur du réacteur EPR finlandais, qui avait annoncé que le chargement du combustible nucléaire dans l’EPR aurait lieu ce mois-ci doit donc, encore une fois, revoir sa copie, ses prévisions, son planning. Penaud, le nucléariste reconnaît que « c’est un problème sérieux. On ne minimise pas la gravité ». Alors que le réacteur EPR est en construction en Finlande et en France depuis les années 2000, ces pièces fondamentales pour la sûreté du réacteur posent donc encore problème en 2020, personne n’avait rien vu rien constaté depuis le début! Ou bien avait-on tenté la dissimulation ?

Effectivement, car l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise avertit qu’elle ne peut autoriser ce chargement tant que la lumière n’aura pas été faite sur la défaillance de la soupape (fabriquée en Allemagne par l’entreprise Sempel ) et que des corrections n’auront pas été proposées. « C’est une défaillance très significative, cet équipement doit fonctionner de manière absolument fiable. Le niveau de sûreté nucléaire de ces équipements, qui font partie du circuit primaire, est le plus élevé de la centrale. » a expliqué au Journal de l’énergie Iiro Paajanen, en charge de la surveillance du réacteur nucléaire EPR pour l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise STUK.  STUK a donc dû informer de l’anomalie les différentes autorités de sûreté nucléaire, dont l’ASN en France, en charge des EPR dans le monde.

Quinze années d’incuries avec le soutien des gouvernements successifs

Depuis quinze ans donc (la construction a démarré en 2005) ce sont gabegies et incompétences techniques et technologiques qui s’exposent au grand jour. Et on n’évoque même pas le naufrage financier que cela représente. Cette nouvelle défaillance va inéluctablement entraîner un nouveau retard pour l’EPR de Flamanville construit par EDF et qui accuse déjà plus de dix ans de retard sur le planning initial et un surcoût de 9 milliards d’euros. Dans son rapport sur les difficultés de ce réacteur atomique à Flamanville, l’ancien patron du groupe PSA – Jean-Martin Folz – mandaté par le gouvernement identifie clairement les soupapes comme l’une des causes des « dérives » du réacteur : « ces soupapes fabriquées par un fournisseur allemand et issues de la technologie du réacteur Konvoi s’avèrent très difficiles à qualifier aux conditions normales et accidentelles selon les règles françaises ». Les soupapes du pressuriseur « devraient être définitivement qualifiées dans les prochains mois alors que leur livraison était initialement prévue en 2010 » précise-t-il.

En 2014, il y a six ans donc – le « Journal de l’énergie » mentionnait encore un problème notable de conception des soupapes du pressuriseur de l’EPR de Flamanville. En 2017 et 2018, des dysfonctionnements des soupapes lors d’essais obligeaient EDF à en revoir plusieurs fois la conception. Mais en 2020, EDF n’a toujours pas pu justifier de la robustesse de ces soupapes de sûreté.  Dans quelle autre industrie de tels errements, erreurs et gabegies seraient autorisés? Seul le nucléaire bénéfice d’un droit démesuré à la faute sans qu’aucune sanction ne tombe, et sans que ne soit remis en cause le bien-fondé de tels investissements et travaux. Et tout cela avec l’argent – des milliards d’euros – des contribuables versé depuis des décennies pour sauver ce qui apparaît à présent comme la plus grande escroquerie de tous les temps couverte par la puissance publique.

Soupirs pour la soupape

La filiale Framatome d’EDF analyse dare-dare les causes qui peuvent relever aussi bien d’un problème de conception que de réalisation ou de conduite lors de l’essai. De son côté TVO, l’exploitant de l’EPR finlandais, étudie des pistes… Areva joue à celle qui maîtrise la situation : « on a proposé un plan d’action, si l’exploitant et l’autorité de sûreté finlandais l’acceptent, ce problème pourrait ne pas avoir d’impact sur le planning . Areva a une solution assez simple, solide. » Laquelle ? Mystère et boule de gomme. Des conséquences aussi en perspective pour les deux EPR déjà mis en service à Taishan (Chine) dont l’actionnaire à hauteur de 30 % n’est autre que … EDF?. Mais l’électricien nucléaire ne répond pas aux questions.

L’experte en sûreté nucléaire à l’IRSN, Karine Herviou précise «  On a peu de retour d’expérience sur ces soupapes. Le problème c’est qu’il n’y a pas de configuration identique (pilote et soupape) à celle de l’EPR sur un autre réacteur nucléaire en fonctionnement dans le monde. Il y a donc une difficulté à se rassurer sur la fiabilité de l’équipement… l’IRSN demande donc à EDF d’être prudent sur ces équipements». Et ce n’est pas nouveau car en 2018, la soupape inspirait déjà à l’expert officiel français de sûreté nucléaire, plus que des doutes : « Au regard de la complexité du fonctionnement de la soupape pilotée (…), l’IRSN estime indispensable qu’une surveillance renforcée de cette soupape pilotée soit mise en place lors des premiers cycles de fonctionnement du réacteur. » Et l’experte de poursuivre : « Visiblement, il y a encore des problèmespour vérifier que les systèmes ne se dégradent pas dans le temps, il n’est pas exclu de refaire des essais de basculement électrique, de fonctionnement de certaines pompes  à Flamanville aussi». Vogue la galère.

Le gouvernement français profite du coronavirus pour faire un nouveau cadeau à la nucléocratie et renier sa parole

Comme tout fou le camp dans et avec le nucléaire mais que les cabinets ministériels sont truffés d’énarques et polytechniciens au service de la destruction atomique : les ministres sont au garde à vous devant le lobby nucléariste. D’autant que le premier d’entre eux, un dénommé Édouard Philippe, est un ancien directeur de chez Areva. Profitant de la crise sanitaire du covid19 et des mesures de restriction des libertés pour la population, les petites mains sales et fébriles qui grouillent dans les sphères du pouvoir viennent de faire une nouvelle fleur à EDF et consorts. Ils se dédient et se défilent encore une fois de leurs propres décisions et engagements pour octroyer au nucléariste un nouveau délai dans l’achèvement du chantier de l’EPR de Flamanville. Un simple changement dans une ligne, transformer le 10 en 17, permet ainsi de trahir tous les engagements antérieurs souscrits quant à la date limite d’achèvement de l’EPR. 7 années de plus pour des centaines de millions d’euros ponctionnés encore sur le dos des consommateurs et contribuables. (voir article du « Canard Enchaîné)

[1] L’ancien géant de l’industrie nucléaire Areva a été démantelé en 2018 à la suite de résultats financiers catastrophiques. Areva SA est une société de défaisance qui gère le chantier de l’EPR finlandais. Orano gère maintenant les activités liées au cycle du combustible nucléaire. Areva NP est devenue une filiale d’EDF, baptisée Framatome.

source originelle : https://journaldelenergie.com/nucleaire/defaillance-epr-nucleaire-finlande/  de Martin Leers

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Par Rédaction, publié le mardi 2 juin 2020 à 18h01

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2020/06/02/Nouvelle-revelation-la-soupape-de-surete-du-pressuriseur-de-l-EPR-est-defaillante