WASHINGTON INTENSIFIE SES VOLS DE BOMBARDIERS STRATÉGIQUES MENAÇANT LA RUSSIE ET LA CHINE

Alors même que les États-Unis sont dévastés par la pandémie de COVID-19, Washington intensifie les vols de drones et de bombardiers stratégiques à capacité nucléaire menaçant la Russie et la Chine.

Des informations ont fait surface mercredi que l’US Air Force a envoyé des bombardiers stratégiques B-1 depuis l’île pacifique de Guam et des drones-espions Global Hawk depuis la base aérienne de Yokota au Japon jusqu’à la mer de Chine méridionale. Quatre bombardiers B-1 et 200 aviateurs ont été déployés de Dyess Air Force Base en Amérique à Andersen Air Base à Guam. Le déploiement de drones-espions permet une surveillance continue des navires chinois le long du littoral chinois.

Le même jour, des avions de combat F-22 américains ont intercepté deux vols de bombardiers stratégiques russes TU-95 au large des côtes de l’Alaska, après que des responsables russes se sont plaints de vols provocateurs de bombardiers américains près des frontières de la Russie en Europe. Ceux-ci comprenaient des vols du 29 mai par des bombardiers B-1 dans la mer Noire et la mer Baltique, et un vol du 3 juin par un bombardier B-52 au-dessus de l’océan Arctique.

Ces événements sont un avertissement: l’impérialisme ne dort jamais. Alors que l’attention du monde était concentrée sur les demandes de Trump que l’armée américaine soit déployée contre le peuple américain pour écraser des manifestations de masse contre le meurtre de George Floyd par la police le 25 mai, Washington et ses alliés européens intensifiaient leurs plans de guerre. Ils agissent de manière agressive même si leurs principaux objectifs sont de grandes puissances dotées d’un vaste arsenal nucléaire.

Sur fond d’une colère sociale croissante face à la brutalité policière et à la négligence criminelle de l’aristocratie financière à propos de la pandémie de COVID-19, le danger que l’élite dirigeante essaie de réprimer les conflits de classe en lançant des guerres externes, ne fait que croître.

Le mois dernier, Washington a annoncé l’envoi de plusieurs B-1 en mer de Chine méridionale. «Lorsque le commandant en chef dit qu’il veut quatre lanceurs B-1B dans l’Indo-Pacifique, nous disons « ils y seront » même en cas de pandémie», a déclaré le colonel de l’US Air Force, Jose Sumangil. «Et c’est ce que nous avons fait dans un délai très court. Nous avons pu y arriver grâce à l’effort dans son ensemble de Team Dyess pour minimiser le risque de transmission de COVID-19 tout en maintenant nos capacités de mission.»

Le B-1B est un bombardier lourd stratégique supersonique capable de transporter une large gamme d’armes, y compris des missiles guidés et des bombes, ainsi que des bombes thermonucléaires B61 et B83. La bombe B83 a une puissance de 1,2 mégatonne de TNT, soit 80 fois plus que la bombe que Washington a larguée sur Hiroshima le 6 août 1945.

Le 29 mai, alors que des manifestations contre le meurtre de George Floyd éclataient à travers l’Amérique, le ministère russe de la Défense a rapporté: «Les forces de défense aérienne des districts militaires Ouest et Sud ont détecté des bombardiers stratégiques US Air Force B-1B au-dessus des eaux neutres de la mer Noire et de la mer Baltique [….] Des chasseurs russes ont été déployés pour les escorter […] Des équipages de chasseurs russes se sont approchés des cibles aériennes tout en respectant les distances de sécurité et les ont identifiés comme des bombardiers B-1B, et les bombardiers américains ont ensuite changé de cap, s’éloignant des frontières de la Fédération de Russie».

Les bombardiers avaient quitté Ellsworth Air Force Base dans le Dakota du Sud pour un vol sans escale vers l’Europe. Escortés par des avions de chasse polonais, roumains et ukrainiens et ravitaillés par un avion turc, les B-1 en route vers la mer Noire sont également entrés dans l’espace aérien ukrainien. La mer Noire abrite de grandes bases navales russes, dont Sébastopol en Crimée, une région majoritairement russophone anciennement en Ukraine que la Russie a annexée après le coup d’État de 2014 soutenu par l’OTAN dans ce pays.

Le lieutenant-colonel de l’armée de l’Air, Timothy Albrecht, a indiqué que le vol était un exercice visant à détruire la flotte russe de la mer Noire avec des missiles antinavires à longue portée (LRASM). Il a déclaré: «Le LRASM joue un rôle essentiel en garantissant l’accès de la marine américaine pour opérer à la fois dans les environnements océaniques et littoraux en raison de sa capacité accrue à distinguer les cibles à longue distance.»

Le 3 juin, deux jours après que Trump ait déployé des troupes dans la capitale américaine, un seul B-52 a été escorté par des avions de chasse norvégiens en Scandinavie près du territoire russe. «Le vol a impliqué des missions au-dessus de l’océan Arctique et de la mer de Laptev et l’avion a effectué un entrainement avec des F-16 et F-35 de Luftforsvaret », a annoncé le Commandement aérien allié de l’OTAN sur Facebook.

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Cela souligne la complicité des alliés européens de Washington au sein de l’OTAN dans l’escalade des menaces contre la Russie et la Chine. Le secrétaire général de l’OTAN et l’ancien Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg a déclaré à la BBC que ces déploiements concernaient «l’approche globale de l’OTAN, car la Chine se rapproche de nous. Nous voyons ceci dans l’Arctique, nous voyons qu’ils investissent massivement dans les infrastructures essentielles en Europe, et nous voyons bien sûr la Chine opérer dans le cyberespace ».

Hier, Pékin a condamné comme «provocateur» le vol d’un avion de transport militaire américain C-40A au-dessus de Taïwan, le critiquant pour avoir remis en cause l’engagement de Washington envers l’unité de la Chine. Une porte-parole du bureau des affaires taïwanaises de Pékin a déclaré que le vol «portait atteinte à notre souveraineté, à notre sécurité et à nos intérêts en matière de développement et violait les principes fondamentaux du droit international et des relations internationales».

Le 5 juin déjà, le destroyer lance-missiles américain USS Russell avait transité par le détroit de Taïwan, ce qui a amené le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Geng Shuang à demander à Washington «d’éviter de nuire aux relations sino-américaines et à la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan».

Le recours croissant de Washington à la répression militaro-policière contre les travailleurs au pays va de pair avec une politique de longue date d’élimination de toutes les restrictions à son agression à l’étranger.

Il vise à supprimer la dernière limite fixée par traité sur son arsenal nucléaire, auquel le gouvernement Obama a alloué mille milliards de dollars en 2014-2024. Après que Washington a répudié le traité sur les missiles anti-balistiques (ABM) en 2001 pour construire des systèmes «Star Wars» ciblant des missiles ennemis, Trump a annulé en 2018 le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) signé en 1987. Désormais, Washington vise à répudier le Traité de réduction de nouvelles armes stratégiques (New START), signé à l’origine en 1991.

Alors que la Russie a proposé de prolonger le traité de cinq ans, Trump a refusé de négocier à moins que la Chine ne se joigne aux pourparlers et n’accepte des limites à son arsenal nucléaire. Cependant, Pékin a refusé.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a déclaré: «Comme chacun le sait, la puissance nucléaire de la Chine n’est pas du même ordre de grandeur que celle des États-Unis et de la Russie […] Ne pas participer aux pourparlers trilatéraux ne signifie pas que la Chine sera absente dans les efforts mondiaux de désarmement nucléaire. Ce sont les États-Unis qui ont entravé ces efforts et qui ont continué à emprunter la mauvaise voie d’un défaitiste». Hua a déclaré que Washington essayait de «faire porter le chapeau aux autres» pendant qu’il annule des traités de contrôle des armements.

En effet, les différents conflits américains avec la Russie et la Chine sont de plus en plus liés aux mesures prises par les régimes de Moscou et de Pékin pour dissuader Washington de les attaquer, y compris potentiellement avec des armes nucléaires. Ainsi, l’Institut français des relations extérieures (IFRI) pointe la dimension nucléaire du conflit sur la mer de Chine méridionale, où la Chine possède une base clé de sous-marins à missiles nucléaires sur l’île de Hainan. Il compare la politique de la Chine à celle de l’Union soviétique pendant la guerre froide consistant à cacher des sous-marins dans la mer intérieure d’Okhotsk, où ils pourraient menacer de lancer une contre-attaque sur les États-Unis si Washington attaquait l’URSS avec des armes nucléaires.

L’IFRI écrit: «Trop vulnérables aux moyens de guerre anti-sous-marins alliés pour effectuer des patrouilles dissuasives en dehors des eaux protégées, les sous-marins soviétiques de missiles nucléaires étaient confinés dans la mer d’Okhotsk fortement surveillée, s’appuyant sur la longue portée de leurs missiles balistiques pour créer une dissuasion nucléaire. De même, la construction d’avant-postes et d’aérodromes militaires sur les différentes îles contestées de la mer de Chine méridionale pourrait s’inscrire dans le cadre d’un effort plus vaste visant à construire un anneau de protection permettant aux sous-marins chinois de missiles nucléaires de patrouiller en toute sécurité

Ces conflits croissants et menaces de guerre nucléaire constituent un avertissement pour les travailleurs aux États-Unis et dans le monde. Plus l’opposition de la classe ouvrière s’élève contre les inégalités sociales et la répression policière, plus les classes dirigeantes impérialistes se tournent vers la guerre de manière agressive, quitte à imposer des conséquences les plus catastrophiques à l’humanité.

Par Alex Lantier, publié le 13 juin 2020 (Article paru en anglais le 12 juin 2020)

Photo en titre : Un chasseur B-1B Lancer du 9e Escadron (9th Expeditionary Bomb Squadron) survole la mer de Chine orientale le 6 mai 2020. (US Air Force / River Bruce)

https://www.wsws.org/fr/articles/2020/06/13/chin-j13.html